Le maire d’un village de la Marne l’affirme : en dépit des importantes rentrées fiscales que les éoliennes garantissent à sa commune, il n’en acceptera pas de nouvelles. "Trop de nuisances, les habitants n’en veulent plus." À Rouen (Seine-Maritime), dont la métropole abrite 24 sites Seveso, les candidats aux municipales sont appelés à tirer les enseignements de l’incendie de Lubrizol. Les usines ont-elles encore leur place en ville ? La même question se pose dans la Métropole du Grand Paris, où l’industrie doit se battre pour prendre sa part d’un foncier que tous s’arrachent. Autour de l’étang de Berre, dans les Bouches-du-Rhône, les élus ont choisi la concertation pour dessiner l’avenir industriel du territoire avec les habitants, inquiets des taux anormalement élevés de certains cancers.
À l’occasion des élections municipales des 15 et 22 mars, "L’Usine Nouvelle" a exploré ces différents territoires. En première ligne auprès des citoyens, les maires concentrent toutes leurs attentes. À eux de concilier développement et environnement.
Sensibilisés aux questions climatiques, les citadins français semblent prêts à enfourcher leur vélo. La bicyclette est la petite reine des programmes ! Les restrictions de circulation automobile dégagent moins de consensus. Paris a annoncé la fin du diesel en 2024, Strasbourg en 2025, Grenoble en 2030. Dans ces villes, certains opposants promettent de revenir sur ces promesses ou de les reporter. À Rouen, le contournement routier continue de diviser les candidats, et dans la métropole Aix-Marseille, l’absence de transports en commun efficaces pénalise l’économie.
Soft power et proximité

- 1784.36+3.25
2024
Smic brut mensuel - moyenne annuelleen €/mois
- 7.9771+0.54
1 Avril 2026
Yuan chinois (CNY) - quotidien¥ CNY/€
- 0.3-40
Trim 3 2025
Salaire ouvriers - Ensemble DE à RU% sur dernier mois du trimestre précédent
Les municipalités recourent de plus en plus aux énergies durables pour leurs propres bâtiments. Mais les alternatives au charbon et au pétrole soulèvent toujours des protestations. Contre les éoliennes, mais aussi contre les méthaniseurs, qui transforment des déjections animales et des végétaux en gaz, assurant la survie de nombreux agriculteurs. Et si la préoccupation pour le bien-être animal monte, les riverains ne veulent pas de poulailler de plein air à leurs portes… "Expliquer ne suffit plus, il faut impliquer les habitants, conseille Gwénaël Guyonvarch, le directeur exécutif adjoint des territoires à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Les projets participatifs, pour les énergies renouvelables, sont un moyen assez puissant d’avancer. Les maires disposent d’un soft power important. Proches des habitants, ils peuvent renforcer l’acceptabilité des projets."
Face aux attentes parfois contradictoires de leurs habitants, les maires doivent faire converger transition écologique et développement économique. "Un nouveau rôle émerge pour nos collectivités, celui d’ensemblier, analyse Delphine Bourdin, la conseillère développement durable de France urbaine, l’association des grandes villes. Elles sont en première ligne pour mettre en réseau et construire des projets de territoires, en se préoccupant de métabolisme urbain, par exemple." Une approche qui consiste à identifier l’ensemble des flux entrants et sortants d’une métropole, en eau, déchets, énergie…, afin de les mutualiser.
Dans le Nord, la communauté urbaine de Dunkerque porte un projet d’économie circulaire dans une zone industrielle. Plaine Commune, une intercommunalité de Seine-Saint-Denis, se focalise sur la valorisation des déchets du bâtiment, la métropole de Bordeaux (Gironde) sur la collecte de biodéchets. Boostée par la mise en place par les industriels d’une filière de la déconstruction navale, la métropole de Brest (Finistère) a lancé le programme "Réussir les transitions dans l’économie" pour développer l’économie circulaire.
Autre thème émergent : la stratégie territoriale alimentaire. La maire de Paris, Anne Hidalgo, promet, si elle est réélue, d’acheter des terres agricoles aux portes de Paris pour y faire pousser des légumes bio qui alimenteront les cantines scolaires. La métropole de Lille (Nord) s’est lancée dans un ambitieux plan en faveur du "manger local". Pour lutter contre l’artificialisation des sols et préserver les ressources en eau potable, les territoires de 21 communes ont été figés. Ils ne connaîtront plus d’extension urbaine, seront densifiés. "Les maires n’ont plus le même pouvoir. Le pouvoir économique est devenu intercommunal", souligne Gwénaël Guyonvarch. Les citoyens n’ont pas toujours conscience de ce basculement vers des structures non élues. "À terme, cela va poser un problème", estime Jérôme Fourquet, de l’Ifop. La France compte encore quelque 35 000 communes…



