Reportage

[Municipales] A Nantes, les pièges d’une forte croissance

L’attractivité économique de la métropole nantaise exacerbe les problèmes, notamment l’insécurité, omniprésente dans le débat électoral, et la défiance vis-à-vis des grands projets.

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La poussée urbaine, notamment sur l’île de Nantes, et ses conséquences sur l’environnement jouent un rôle clé dans la campagne électorale.

Des grues hérissent le ciel de l’île de Nantes (Loire-Atlantique). La sixième ville de France attire. Les Nantais sont désormais 310 000. L’aire urbaine, la huitième de France, a gagné en moyenne 13 500 habitants par an depuis 2011 et en compte près de 1 million. Nantes bénéficie aussi d’un tissu d’entreprises diversifié, dopé notamment par une forte poussée du numérique. Les informaticiens n’ont que l’embarras du choix, entre les start-up et les grandes sociétés du digital.

"Les business units installées ici par certains grands comptes de l’informatique grossissent au détriment de leurs équipes en Ile-de-France", observe-t-on à l’agence Nantes Saint-Nazaire Développement, chargée de la prospection d’entreprises. Oui.sncf, le site marchand du groupe ferroviaire, et la banque en ligne Nickel figurent parmi ces gros recruteurs. Les écoles forment 1 000 informaticiens par an. "Il en faudrait le double", relève le Syntec numérique. L’agglomération a également su conserver un tissu industriel avec un pôle aéronautique puissant (Airbus, Daher, ACB…), des activités navales (Naval Group), une filière agroalimentaire dotée du deuxième marché d’intérêt national de France, des biotechnologies…

Le taux de chômage à 6,5 %, l’un les plus bas des grandes villes de France, est un autre voyant vert. La métropole peut donc se permettre d’être sélective. Nantes Saint-Nazaire Développement a défini cinq secteurs de prospection prioritaires – le numérique, les industries créatives, le manufacturing, les énergies marines renouvelables et le nautisme – et, dans chacun, une cinquantaine d’entreprises à cibler en premier lieu. Parmi les belles prises de 2019 figure le toulousain Airseas, qui développera à Nantes ses cerfs-volants géants pour bateaux de commerce. Selon Nicolas Debon, le directeur général de l’agence, ces thèmes convergent vers deux axes principaux, l’usine du futur et la santé du futur, qui impliquent là encore une forte dimension numérique. En revanche, les projets dévoreurs d’espace et faibles en valeur ajoutée, comme la logistique, ne font plus l’objet d’une attention particulière. "On n’est plus dans l’attractivité tous azimuts", résume le directeur, évoquant aussi une "attractivité raisonnée" visant à concilier le développement et la préservation des atouts du territoire que sont "la qualité de vie, l’employabilité, un taux de chômage faible et une dynamique entrepreneuriale".

Pression immobilière

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Car l’attractivité a ses revers. Et ils rejaillissent sur la campagne électorale. La sécurité, en particulier, s’est imposée comme le thème prédominant, mis en exergue par les listes LR, menée par Laurence Garnier, et RN, d’Éléonore Revel. La candidate LREM, la députée Valérie Oppelt, n’est pas en reste, proposant même des drones et une brigade cynophile. La maire (PS) sortante, Johanna Rolland, ne nie pas le problème, promettant une police des transports, 70 agents supplémentaires et un surcroît de caméras de surveillance. Elle souligne cependant que la sécurité est d’abord une compétence de l’État et que les effectifs de la justice et de la police nationale n’ont pas suivi l’essor de la ville. La sécurité ferait presque oublier l’autre effet de la poussée urbaine, la hausse continue des prix du logement. Déjà, dans le quartier République, sur l’île de Nantes, la métropole vient d’ouvrir une nouvelle tranche de 80 hectares à l’urbanisation. Et de nouveaux espaces s’annoncent au sud de la Loire, dans la ZAC des Isles et dans l’ancien quartier industrialo-portuaire du Bas-Chantenay, à l’ouest. Cette pression immobilière nourrit l’autre grand débat de la campagne : l’environnement. EELV, qui a obtenu 24,3 % des suffrages lors des dernières élections européennes à Nantes, entend jouer sa carte là où Johanna Rolland se positionne déjà sur une ligne "social-écologique". Les principales candidates – toutes des femmes entre 28 et 45 ans – surenchérissent, y compris à droite : plus d’espaces verts, d’arbres, de transports en commun, de pistes cyclables, quand bien même Nantes se classe déjà au deuxième rang des villes cyclables françaises, selon la Fédération des usagers de la bicyclette.

De nombreux projets contestés

De fait, la notion d’attractivité fait peur. Sur sa gauche, Johanna Rolland affronte la liste EELV menée par Julie Laernoës, issue de la majorité municipale, et une autre proche de LFI, conduite par Margot Medkour, sur une ligne dénonçant "la compétition entre les villes, la priorité de l’attractivité tous azimuts". Pour cette dernière, c’est "l’hyper-métropolisation" qui engendre, entre autres maux, l’insécurité. Cette défiance cible aussi les grands projets, tels la reconstruction prochaine du centre hospitalier universitaire sur l’île de Nantes, un chantier de 1 milliard d’euros dont le démarrage est imminent, et l’Arbre aux hérons. Cette sculpture métallique géante, destinée à animer l’ancien quartier du Bas-Chantenay, est présentée comme un élément majeur d’attractivité par l’équipe de Johanna Rolland, le "symbole du grain de folie à la nantaise". L’Arbre suscite également un certain engouement du côté des industriels, qui y voient un hommage au savoir-faire métallurgique régional. Pour la liste LFI, il représente en revanche "le symbole de ces grands projets inutiles qu’il faut abandonner".

Depuis le combat pour l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, une partie de l’opinion est devenue hypersensible aux grands projets. La construction d’un nouveau stade privé de football, désormais abandonnée, a soulevé une opposition virulente, tandis qu’un mouvement de type zadiste semble se dessiner à l’encontre d’une nouvelle zone d’activités portuaires destinée aux énergies marines renouvelables, au Carnet, dans l’estuaire de la Loire, où l’on envisageait d’installer jadis… une centrale nucléaire.

"Réduire l’attractivité, c’est se tuer à petit feu"

Yann Trichard, Président de la chambre de commerce et d’industrie de Nantes Saint-Nazaire

La sécurité est omniprésente dans la campagne. Est-ce primordial ?

Nantes est une métropole en hypercroissance, un peu comme une entreprise qui double de taille tous les trois ou quatre ans. La ville a gagné 100 000 habitants en dix ans. Elle a des sujets à traiter et la sécurité en est un. Nous demandons un travail commun de tous les acteurs, dont les collectivités et l’État, et que les entreprises puissent installer des caméras devant chez elles pour assurer une vidéosurveillance globale et tracer les actes malveillants.

Faut-il réduire l’attractivité ?

Réduire l’attractivité, c’est se tuer à petit feu. Mais cela ne veut pas dire faire n’importe quoi. L’idée est de choisir pour gagner en éclectisme, accueillir d’abord les entreprises qui enrichissent l’écosystème, qui comblent les manques et non pas celles qui n’apportent pas de valeur ajoutée particulière. De façon à ce que, lorsqu’un cadre s’installe ici, son conjoint ait la possibilité de trouver un emploi.

Quels grands projets soutenez-vous ?

La zone d’activités liées aux énergies marines renouvelables est un projet majeur. Il faudra aussi réfléchir à l’aménagement portuaire et s’interroger sur le bien-fondé de draguer l’estuaire de la Loire jusqu’à Nantes, ce qui est très coûteux. Je crois à l’Arbre aux hérons, un projet emblématique. Il sera à Nantes ce que la tour Eiffel est à Paris. La ville se développe et son taux de chômage baisse. L’enjeu est de relancer des écoles, des formations courtes qui répondent aux besoins des entreprises.

 

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