Malgré les nuages à l’horizon, les intentions de recrutement de cadres ne faiblissent pas

Le refroidissement de l’économie française n’a pas encore d’effet sur les intentions d’embauches des cadres, qui progressent selon les dernières données de l'Association pour l'emploi des cadres (Apec). Les talents restent fortement sollicités et les entreprises doivent s’adapter.

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Embauche recrutement
Les cadres ont été fortement sollicités pour de nouvelles opportunités professionnelles fin 2022.

Les nuages s’amoncellent sur l’économie française qui devrait enregistrer une croissance de 0,1% puis 0,3% seulement au cours des deux premiers trimestres, selon l’Insee. Au quatrième trimestre 2022, l’emploi salarié dans le privé s’est stabilisé – avec seulement 3 000 emplois créés – après sept trimestres consécutifs de hausse bien plus nette. Sans impact négatif sur les intentions d’embauches des cadres pour l’instant, ce qui «a surpris», indique Gilles Gateau, directeur général de l’Association pour l'emploi des cadres (Apec), qui s’est exprimé jeudi 9 février lors d’un point presse.

En décembre dernier, l’Apec a cherché à en savoir plus sur les intentions d’embauche au premier trimestre 2023, avec deux enquêtes menées respectivement auprès d’un échantillon de 1 000 entreprises et de 2 000 cadres. «On s’attendait à un fléchissement des intentions d’embauches compte tenu des prévisions économiques sur l’année 2023, mais nous ne constatons rien de tel, a poursuivi Gilles Gateau. La dynamique est même encore plus forte qu’elle ne l’était au deuxième semestre de 2022.»

Niveau record dans les PME

Dans l’ensemble, 14% des entreprises envisagent de recruter au moins un cadre en ce début d’année, soit deux points de plus qu'en septembre. Avec un niveau de 22% dans les PME, un record depuis le début de cette mesure par l’Apec, il y a deux ans. Plus de six ETI et grandes entreprises sur dix ont aussi cette ambition, ainsi que 7% des TPE – des pourcentages en augmentation par rapport à l’enquête précédente.

Pour expliquer cette résilience des intentions d’embauches, Gilles Gateau formule une hypothèse : il serait actuellement difficile de mettre en pause un projet de recrutement étant donné l'allongement des délais pour attirer des candidats, dans un marché globalement à la main de ces derniers. Il fallait en moyenne entre huit et neuf semaines pour trouver le bon profil en 2022, contre onze semaines aujourd’hui selon l’Apec. Temporiser en attendant davantage de visibilité sur la conjoncture économique deviendrait donc plus risqué. «Certaines entreprises ont fait des ajustements forts au lendemain de la crise Covid et peinent aujourd’hui à recruter les compétences dont elles ont besoin», souligne le directeur de l'Apec.

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La chasse de têtes s'intensifie

Face à ces perspectives, 15% des cadres ont l’intention de changer d’entreprise sur les trois premiers mois de l’année, un niveau jamais observé en 2021 ni en 2022. La chasse de têtes s’intensifie et nourrit peut-être des envies de départ. En décembre, 36% des cadres indiquaient avoir été contactés par un cabinet de recrutement au cours des trois derniers mois, une proportion inédite sur les deux dernières années au moins.

Ce phénomène s’observe plus généralement dans les métiers de l'industrie et de l’ingénierie, selon une étude réalisée également en décembre par le cabinet de recrutement Fed Ingénierie. Sur les 182 professionnels questionnés, dont près de 30% œuvrent dans la production, 43% ont été sollicités plus de cinq fois au cours des six derniers mois pour une nouvelle opportunité professionnelle, par un cabinet de recrutement ou une entreprise. Et près d’un sur deux a rencontré entre deux et cinq entreprises lors d’entretiens d’embauche sur la même période.

Des ajustements dans les recrutements

Dans ce contexte, les entreprises qui ont réussi à recruter au moins un cadre en 2022 procèdent largement à des ajustements. Près de 60% d’entre elles disent avoir révisé à la hausse la rémunération proposée par rapport à ce qu’elles avaient prévu. Quatre sur dix ont recruté un cadre n’ayant pas toutes les compétences techniques et 36% un cadre avec moins d’années d’expérience qu’espéré. La flexibilité est moindre quand il s’agit d'embaucher des cadres plus expérimentés. L'Apec en conclut que les entreprises s’ouvrent bien plus volontiers aux juniors qu’aux seniors… Au moment où l’emploi des seniors est un sujet central de la réforme des retraites.

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