Jusqu’à présent, OVHcloud faisait simplement office d’intermédiaire. Le fournisseur français de cloud mettait en relation ses clients avec des calculateurs quantiques hébergés chez leurs constructeurs, ou via un simulateur aux capacités limitées. Plus maintenant. Depuis le début de l’année, OVH opère, dans ses locaux, une machine de la pépite française Quandela. Un changement minime pour ses clients. Mais une nouveauté majeure, autant en interne que pour son fournisseur.
Car une fois la machine installée dans le datacenter de Croix (Nord) par les équipes de Quandela, «elle est maintenant opérée à 100% par OVH», assure Miroslaw Klaba, son directeur de la R&D, qui reconnait qu’en cas de problème «on peut appeler Quandela pour demander une analyse à distance, voire une intervention sur place».
Éloigner Quandela de sa machine
Après avoir choyé ses calculateurs dans ses locaux, la start-up de Massy (Essonne) voit ses petits quitter le nid. «Quandela doit pouvoir faire fonctionner ses machines à distance. Nous avons insisté pour qu’il n’y ait pas toujours un employé à côté de la machine pour corriger chaque problématique de production, relate Miroslaw Klaba. Ils ont développé un système de télémétrie pour s’assurer que la génération de photons est correcte, monitorer la température et s’assurer de l’état du système.»
Un nouveau cap pour les deux partenaires. «Cela les a forcés à prendre du recul, et nous à prendre la main sur la machine», observe le responsable. «Nous pouvons ainsi comprendre les contraintes d’un calculateur de ce genre-là, relate-t-il. Cela nous fait découvrir tous les éléments autour – comme la température – qui peuvent avoir un impact sur la structuration du service.»
Un accélérateur quantique comme un GPU
Pour OVHcloud, ces premiers pas doivent aboutir à l’intégration des calculateurs quantiques dans son offre, au même titre que d’autres ressources comme les accélérateurs graphiques (GPU). «Le but est que l’accès au quantique soit aussi facile, relate le responsable. Mais nous sommes conscients que le mode de fonctionnement de ces machines est très différent.»
L’entreprise travaille ainsi à la création d’algorithmes permettant d’allouer, selon les tâches, tout ou partie d’un problème à un accélérateur quantique. «C’est le cas d’usage qui définit le mode d’utilisation des ressources : la cybersécurité peut ne faire appel qu’à du quantique, alors que les statistiques financières peuvent se composer de différents types d’algorithmes», souligne Miroslaw Klaba.
Reste que, pour le moment, aucune approche du calcul quantique ne s’est imposée. Il faudra donc, à terme, diversifier les technologies quantiques accessibles sur le cloud d’OVH. «On regarde ce qui se fait sur le marché, mais nous n’avons pas encore fait notre choix : nous ferons selon l’évolution de la feuille de route de chacun», avance le directeur de la R&D.
Optimisation, simulation, cybersécurité...
En attendant, la plateforme de Quandela est déjà utilisée par des instituts de recherche – en majorité – ainsi que des équipes de R&D privées, pour des usages autour de l’optimisation sur de grandes quantités de données (dans la logistique, les transports ou l’optimisation de flux) ainsi que sur la modélisation du vivant (dans la chimie ou la biologie moléculaire). «Aucune utilisation n’a encore démontré de retour sur investissement, prévient Miroslaw Klaba. Mais c’est un investissement fondamental pour prendre de l’avance sur la concurrence.»
OVHcloud s’est d’ailleurs lui-même prêté à l’exercice, identifiant un cas d’usage dans la génération de nombres aléatoires pour sécuriser ses communications. «C’est presque un prétexte pour rentrer dans la techno et mettre les mains dedans, pour continuer d’explorer», pointe Miroslaw Klaba. Cela ne fait que commencer.



