Les premières propositions de la filière textile française pour relocaliser sa production

La filière textile française veut capitaliser sur la dynamique collective enclenchée durant la crise du Covid-19. Des idées émergent pour renforcer la compétitivité des entreprises françaises du secteur et relocaliser certaines productions.

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Textile La Compagnie Dumas fabrication de masques
Quel rebond pour la filière textile française après la crise sanitaire ?

Dans la foulée de sa mobilisation exemplaire durant la crise du Covid-19, la filière textile française veut prendre un nouvel élan. Ses représentants sont réunis (virtuellement) par Bercy ce 8 juin pour évoquer l’après-crise, et la perspective de relocaliser durablement certaines productions en France. L’urgence est aussi de trouver un débouché aux millions de masques et tissus produits durant la crise mais non vendus à ce jour.

Une mission est confiée à Guillaume de Seynes, président du Comité stratégique de filière "Mode & Luxe", pour esquisser l'après-crise : quelles productions relocaliser en France ? Comment construire des modèles production intégrés, innovants et durables en régions ?

Alors que les entreprises tentent de reprendre leur production habituelle après avoir fabriqué des masques, non sans difficultés (les commandes étant encore au ralenti), les dirigeants du secteur veulent tirer les leçons de ces dernières semaines. "Il faut absolument convertir l’énergie géniale déployée durant la crise en quelque chose de plus pérenne", avance Guillaume Gibault, fondateur du Slip français. "Il ne faut pas que le soufflé retombe", ajoute Jean-Charles Potelle, PDG de Boldoduc, spécialiste lyonnais textiles techniques.

Numérique, robotisation... et souplesse

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La filière a su déployer un effort inédit de R&D collaborative en créant collectivement, en quelques semaines, de nouveaux modèles de masques non sanitaires. Pour y parvenir si rapidement, elle s’est largement appuyée sur les outils numériques, notamment une plate-forme d’échanges nommée "Savoir faire ensemble" (qui va devenir une marque). Ce mode de travail "en meute", collaboratif, pourrait perdurer au-delà de la crise, pour toutes les productions textiles, et pourquoi pas en y associant la distribution et le recyclage.

Beaucoup d’entreprises ont fait appel, durant la crise, à des couturières à domicile pour assembler des kits pré-découpés. La filière pourrait-elle s’appuyer sur cette main d’œuvre d’appoint pour ses productions habituelles ? "On dit à l’Etat : donnez-nous la possibilité de créer un contrat souple, facile à mettre en œuvre, pour faire travailler ces couturières à domicile, qui leur assurerait un complément de salaire ou de retraite", avance Marc Pradal, président de l’Union française des industries de la mode et de l’habillement. "Aujourd’hui, il faut soit faire un CDD ou un CDI, soit s’appuyer sur le régime d’auto-entrepreneur, qui n’est pas forcément adapté".

Le Comité stratégique de filière Mode Luxe a émis de premières idées fin avril, notamment pour améliorer l’outil industriel français. "Plus de flux d’information, plus de numérique, et une production robotisée, résume Marc Pradal. Ces technologies sont largement accessibles aujourd’hui et il faut mettre à jour nos méthodes pour améliorer notre productivité et notre compétitivité".

Le levier de la commande publique

Plus largement, la filière appelle à se poser la question des cycles de vie des produits pour la prise de décision, en intégrant ces critères aux appels d’offres. Si les collectivités et administrations sourçaient ne serait-ce qu’une partie de leurs achats textile en France, la filière pourrait respirer. "Cela créerait de l’emploi et pas qu’un peu", glisse le patron de Boldoduc. "Pendant la crise, j’ai embauché 120 personnes en trois semaines, et j’aurais pu en embaucher 3 000 si j’avais fait du 100% Made in France. Cela n’aurait pas été viable économiquement sur le long terme ni techniquement, mais le potentiel est là". Il y a des opportunités de relocalisation dans le textile technique, fonctionnel, tandis que le luxe pourrait conforter son empreinte en France.

Sur les produits de commodité et d’urgence, dans la santé en particulier, il faudra tirer des leçons des pénuries et tensions sur les prix sur les équipements de protection comme les surblouses. "Les centrales d’achat des hôpitaux se sont aperçues qu’il était plus économique et écologique d’utiliser des surblouses en tissu plutôt que du jetable", explique Marc Pradal.

"Les surblouses, sur les marchés publics classiques, étaient vendues moins de 5 euros. Le marché était fléché d’avance, peu d’industriels pouvaient répondre à ce type de commandes avec des produits fabriqués en Europe ou en Méditerranée, raconte Jean-Charles Potelle. Après le pic de la crise, des appels d’offres ont été passés avec des prix quasiment doublés. Cela veut dire que quand on veut faire travailler des industriels français et payer ses produits au bon prix, c’est possible".

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