Les amateurs de jeux vidéo désespèrent de trouver les cartes graphiques indispensables à l’amélioration de leur expérience de jeu sur PC. Ces cartes, qui épaulent le processeur principal dans les tâches de traitement graphique et de visualisation, sont devenues une denrée si rare qu’elles s’arrachent à prix d’or.
Selon Nvidia, le principal fournisseur mondial de processeurs graphiques, la demande dépasse de 30 à 40 % l’offre sur le marché, provoquant une flambée des prix de 50 à 100 %. " Une carte, qui vaut normalement 700 euros, se négocie maintenant jusqu’à 1 500 euros ", explique un porte-parole de l’entreprise à L’Usine Nouvelle. Une situation qui profite à plein aux scalpeurs, ces personnes qui, à l'aide de programmes informatiques automatisés, rachètent des stocks entiers de produits très demandés pour ensuite les revendre plus cher.
Bond des ventes de PC
Alors comment en est-on arrivé là ? La première réponse tient à la pandémie du Covid-19 qui a stimulé comme jamais les usages vidéo en raison du temps plus long passé à domicile. En témoigne le bond de 13,1 % des ventes de PC en 2020 selon le cabinet IDC. Cette augmentation, la plus forte en dix ans, est tirée à la fois par le télétravail et le besoin de divertissement chez soi à travers les jeux vidéo.

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La crise du Covid-19 a dans le même temps boosté les usages numériques et accéléré la transformation digitale des organisations, entraînant une hausse des investissements dans les datacenters des géants de l’internet et du cloud. Cela se traduit par une demande accrue de processeurs graphiques pour l’accélération de certaines tâches dans les centres de données comme celle de l’intelligence artificielle.
Car le traitement graphique s’est étendu ces dernières années au delà des jeux vidéo pour des tâches d’accélération de calcul dans les supercalculateurs, les datacenters, la voiture autonome ou encore l’intelligence artificielle. Pour la première fois en 2020, Nvidia a vu ainsi son chiffre d’affaires dans ces nouvelles applications dépasser son revenu dans les jeux vidéo. Tout un symbole !
Moyen idoine de cryptominage
Mais un autre phénomène pour le moins inattendu est venu amplifier le problème de pénurie : l’effervescence des cryptomonnaies comme le bitcoin avec leur adoption récente par de grandes banques, des entreprises et des hommes d’affaires influents comme Elon Musk, le patron de Tesla et SpaceX, qui n’a pas caché avoir investi 1,5 milliard de dollars dans le bitcoin. Les cryptomineurs ont vu dans la technologie de traitement graphique le moyen idoine d’accélérer les tâches de leurs algorithmes de minage en attendant de passer à la solution plus efficace d’Asic, de circuit dédié. Ce qui a provoqué une préemption d'une partie du marché des cartes graphiques dédiées normalement aux jeux vidéo.
" Avec la hausse des prix de l’algorithme de cryptominage Ethereum, il y a des indications que les cryptomineurs sont derrière la pénurie de cartes graphiques, a expliqué Colette Kress, la directrice financière de Nvidia, lors de la présentation des résultats annuels le 24 février 2021. Nous aimerions que nos cartes graphiques GeForce se retrouvent chez les joueurs. " Le problème c’est qu’il est très difficile de contrôler l’utilisation finale du fait de la dispersion du marché au-delà des deux gros fournisseurs : Nvidia et AMD. Ils sont les seuls à maîtriser leurs processeurs et cartes graphiques. Ils vendent leurs processeurs graphiques à d’autres constructeurs de cartes graphiques. Si bien que le cabinet Jon Peddie Research dénombre pas moins de 54 fournisseurs de cartes graphiques dans le monde.
Résultats exceptionnels de Nvidia et AMD
Tous ces facteurs expliquent les résultats exceptionnels engrangés par Nvidia et AMD en 2020. Alors que le marché des puces a progressé de 8 % selon le cabinet VLSI Research, le chiffre d’affaires de Nvidia a bondi de 53 % à 16,7 milliards de dollars et celui d’AMD de 45 % à 9,8 milliards de dollars. Et les perspectives en 2021 s’annoncent tout aussi radieuses.
La situation incite Nvidia et AMD à augmenter leurs productions. Mais ils sont handicapés par leur statut de sociétés fabless, reposant pour la fabrication de leurs processeurs sur les fondeurs TSMC, Samsung et GlobalFoundries. Or les capacités de production chez ces fondeurs de puces sont aujourd’hui saturées, comme en témoigne la pénurie actuelle de puces pour l’automobile. Si bien que Nvidia avertit qu’il faudra attendre encore des mois et des mois avant de voir les choses revenir à la normale. En attendant, la société a décidé de limiter la vente de ses cartes graphiques à deux par foyer. Elle a également pris l’initiative d’intégrer dans ses cartes un logiciel qui dégrade les performances de cryptominage pour décourager les cryptomineurs de préempter des cartes graphiques dédiées au monde des jeux vidéo. Elle se prépare dans le même temps à commercialiser en mars 2021 des cartes dédiées au cryptominage. Une façon de capter cette opportunité sans pénaliser les joueurs.
Intel, nouveau venu sur le marché
Selon Jon Peddie Research, les cartes graphiques ont représenté un marché mondial de 14,8 milliards de dollars en 2019, et ce chiffre devrait grimper à 20,3 milliards de dollars en 2023. Au troisième trimestre 2020, Nvidia anime avec ses puces 73 % des 11,5 millions de cartes graphiques écoulées et AMD les 27 % restants. Quant à Intel, il est nouveau sur le marché des processeurs graphiques discrets. Son arrivée en mars 2021 dans les carte graphiques pourrait aider à apaiser les tensions sur le marché.
Répartition des ventes de cartes graphiques par fournisseur de processeur

(Source: Jon Peddie Research)



