En ce temps de crise, faut-il envisager d'abandonner la mondialisation ? Ce matin du 13 mai, le Sénat organisait une vidéoconférence en compagnie de différents intervenants, comme l'économiste Patrick Artus, l'essayiste Nicolas Bouzou, le PDG de Michelin Florent Menegaux, ou encore l'ancien ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg. Tous étaient invités à réfléchir à l'après Covid-19, et aux solutions envisageables pour une meilleure indépendance économique française.
A défaut de remettre en cause tout le système, Arnaud Montebourg s'est prononcé en faveur d'un rapatriement d'une partie de la production. "Il ne s'agit pas de savoir si on abandonne la mondialisation. Les choses sont beaucoup plus résistantes qu'on le croit, a avancé le fondateur de la marque Bleu Blanc Ruche. Il faut plutôt trouver comment bien faire pour la France. Comment on fait pour corriger un certain nombre d'excès. Ce n'est pas qu'une question technique, mais politique."
"Conserver une base productive, c'est garder son indépendance"
Évoquant les racines françaises que le groupe a su conserver, l'ancien ministre n'a pas hésité à qualifier l'équipementier automobile Michelin de bon exemple. "D'autres ont préféré aller vendre ce qui représentait le patrimoine industriel français à des intérêts étrangers, s'est-il désolé. Si l'on veut inverser ce mouvement, il va falloir déterminer quelle valeur nous attachons à notre indépendance. Certains pays considèrent que conserver une base productive, c'est garder son indépendance. C'est ma conviction."
Pour illustrer son propos, Arnaud Montebourg prend en exemple la production de médicaments. "Nous sommes dépendants de la Chine pour au moins un millier de principes actifs. La Sécurité sociale n'a jamais voulu faire du prix un outil de notre indépendance en terme d'approvisionnement. L'industrie pharmaceutique française a abandonné les médicaments dits 'bas de gamme', ce qui a pu entraîner récemment des rationnements de Doliprane".
Des coopératives de production de médicaments
Ainsi, imaginer la relocalisation de la production de médicaments "bas de gamme" mais essentiels pourrait être une solution à ses yeux. "Il ne s'agit pas de pousser l'industrie à prendre en charge ce type de médicaments, explique-t-il. Si les industriels ne veulent pas se remettre à en produire, on pourrait créer, avec les mutuelles et la Sécurité sociale, des coopératives de production de ces produits. Une sorte d'entente coopérative, où l'État, des entreprises privées et des financeurs, travaillent ensemble à la production de stocks nécessaires".
Arnaud Montebourg s'est également prononcé en faveur de plus de localisme dans l'agroalimentaire. "Si l'on peut proposer un produit traçable français et de qualité, le consommateur suivra", pense-t-il. Évoquant également les aides d'État aux entreprises pour faire face à la crise, l'ancien ministre estime que celles-ci doivent être converties en subventions pour les plus petites structures. "A l'inverse, les aides doivent entraîner des prises de participation de l'État dans le capital des plus grands groupes français, conclut-il.



