Les fenêtres ont été brisées et devant les bâtiments de tôle gisent des restes de mobilier. À l’entrée de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), la friche des usines Nordéon et Marvell Glass n’en a plus pour très longtemps. À l’abandon depuis la liquidation des deux sociétés en 2017, le site de sept hectares a été racheté par la communauté d’agglomération et va être rasé à l’été 2023. «Nos zones d’activités seront remplies d’ici à cinq ans, il fallait recréer de la disponibilité. Et les friches seront bientôt la seule solution pour constituer du foncier économique», remarque Sébastien Martin, le président du Grand Chalon, qui a déjà prospéré sur la friche Kodak. Avec la raréfaction du foncier, les friches retrouvent une nouvelle valeur. «La bonne nouvelle, c’est qu’il y en a beaucoup», se félicite Patrick Viterbo, le directeur de Brownfields, un aménageur spécialisé dans la reconversion de friches.
Dans une estimation déjà ancienne, l’Ademe évalue à 100 000 hectares la superficie des anciennes usines, terrains ferroviaires, militaires ou bâtiments abandonnés. Lancé il y a un an, le site Cartofriches en a répertorié 7 100 potentiellement valorisables. Dans les territoires tendus, où le foncier coûte cher, aménageurs et promoteurs immobiliers n’ont pas attendu pour exploiter leur potentiel. En Ile-de-France, «à l’intérieur de la frontière de l'A86, les friches deviennent une denrée rare. Il y a dix ans, nous ne regardions pas des projets de moins de 10 hectares. Désormais, nous nous positionnons sur des terrains de 1,5 hectare», reconnaît Philippe Arfi, le directeur de Goodman France, qui supervise le réaménagement des docks de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), transformés en un bâtiment logistique de quatre étages.
Dix fois plus cher que du terrain agricole
Ailleurs, l’équation économique reste plus compliquée. «Dans les territoires moins attractifs, où le prix des terrains est bon marché, le coût de la reconversion ne permet pas de rentabiliser les opérations», remarque Laurent Chateau, le responsable friches de l’Ademe. Sébastien Martin confirme que «le principal frein est celui des moyens». La réhabilitation de la friche Nordéon va coûter près de 1 million d’euros par hectare, dix fois plus cher que du terrain agricole. Et encore : l’ancien propriétaire Philipps, dont les lettres se devinent toujours sur la tour de l’usine, s’était engagé à dépolluer une partie du site où se fabriquaient des néons, et y a injecté 10 millions d’euros. L’État et la Région ont mis aussi la main au portefeuille. Ils ont apporté près de la moitié des 7 millions d’euros de travaux, dont 2,6 millions via le fonds friches institué en 2020. L’opération reste malgré tout déficitaire.
«Incontestablement, le fonds a boosté les opérations de reconversion», salue Georges Lingenheld, le président du groupe de construction dont il porte le nom. Alors que l’Ademe n’y consacrait que 10 millions d’euros par an en 2010, les 750 millions d’euros du fonds friche ont servi à financer la disparition de 3 300 hectares de friches. Le gouvernement a confirmé qu’il débloquerait de nouveaux moyens dans le fonds vert pour les collectivités locales de 1,5 milliard d’euros en cinq ans. Mais les réhabilitations de friches ne sont pas la réponse à tous les besoins fonciers de l’industrie. Sur les 1 400 projets financés par le fonds friche, moins de 80 serviront à implanter des activités industrielles. Même si le niveau de la dépollution est dicté par l’usage final – et sera moins intense pour un data center qu’une école – «les projets de logements sont les plus faciles à rentabiliser, surtout en cœur de ville», reconnaît Lucas Chevrier, chargé de recherche pour Intercommunalités de France.

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D’autres obstacles freinent la réhabilitation des friches. «La démarche reste complexe et comporte des risques, si l’on trouve des pollutions plus importantes», pointe Elsa Raymond, la chargée de mission aménagement au Grand Chalon, qui supervise le dossier de Nordéon, pollué au mercure et aux solvants. Et elle prend du temps. «Les techniques de dépollution sont devenues matures. Mais il faut plusieurs études de terrain pour valider le niveau de pollution, étalées sur deux saisons dans le cas de solvants chlorés. On ne peut pas le faire en quelques mois», détaille Laurent Chateau. De nouveaux impératifs de déconstruction circulaire doivent aussi être pris en compte pour valoriser les matériaux. Pour simplifier la requalification de certains sites, un statut de tiers demandeur a été créé, qui permet de transférer la responsabilité de la dépollution d’un site industriel classé au nouveau propriétaire du terrain. À Reichstett, dans la proche périphérie de Strasbourg (Bas-Rhin), Brownfields a reconverti les 100 hectares de l’ancienne raffinerie de Petroplus avec ce dispositif. Le parc de 85 hectares accueille désormais une quarantaine de sites, dont le centre logistique du groupe Hager, à Vendenheim. «Au total, il a fallu six ans pour mener à bien l’opération, ce qui est peu pour un projet de cette ampleur», pointe Patrick Viterbo. Une centaine de procédures de tiers demandeur a déjà été mise en œuvre.
Les PFAS, nouveau casse-tête des sols pollués
Selon les statistiques de la base Basol, du ministère de la Transition écologique, datant de 2021, 9 329 sites pollués sont recensés. Deux tiers des pollutions proviennent d’hydrocarbures et les métaux lourds sont la deuxième source de pollution. Mais un nouveau polluant inquiète les autorités. Ce sont les substances chimiques perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (PFAS) utilisées dans de nombreuses applications industrielles qui ont défrayé la chronique près de Lyon avec la plate-forme chimique de Pierre-Bénite ou en Belgique, à Zwijndrecht, près d’Anvers avec l’industriel 3M. Les PFAS sont dans le collimateur des autorités sanitaires européennes en raison de leur forte résistance à la dégradation et des risques pour l’environnement et la santé. « Nos adhérents sont pour le moment au stade de la R & D. Aujourd’hui, il n’y a ni référent ni réglementation sur les PFAS ni seuil, et les analyses coûtent très cher, explique un porte-parole de l’UPDS, le syndicat qui regroupe les professionnels de la dépollution. Or, ces substances chimiques ne sont pas biodégradables. » Veolia, via sa filiale Sarpi Remediation, assure proposer des solutions à ses clients « capables de piéger les molécules qui subissent ensuite le même traitement que les déchets dangereux. Les efforts en R & D portent sur des technologies pour la destruction des molécules », mais elles ne seront pas au point avant quelques années.
Olivier Cognasse



