« Redevenir une grande nation d’innovation et de recherche » et réindustrialiser le pays. C’est l’objectif ambitieux qu’assigne Emmanuel Macron à son plan France 2030, dernier grand programme du quinquennat. Pour y parvenir, l’État va mobiliser 30 milliards d’euros sur cinq ans, dont trois à quatre dès 2022, pour investir dans des technologies d’avenir et bâtir de nouvelles filières industrielles.
« Nous devons dès maintenant nous dire dans quels secteurs nous pouvons être en tête en 2030 », pointe le chef de l’État. Même si l’Élysée se défend de tout saupoudrage, la quinzaine de filières ciblées embrasse large. France 2030 doit investir 1 milliard d’euros dans le nucléaire, notamment pour développer de petits réacteurs modulaires (SMR). Des milliards d’euros sont promis à l’agriculture, à la filière des semi-conducteurs (5 milliards), à l’espace (1,5 milliard), à la décarbonation de la production d’acier et de ciment (5 milliards), à la robotique industrielle (800 millions d’euros) et à l’hydrogène. Le plan se fixe aussi pour objectif d’atteindre 2 millions de véhicules électriques ou hybrides produits en France en 2030, de faire voler un avion bas carbone, de produire 20 biomédicaments sur le territoire et d’ouvrir 100 usines par an créées par des deeptechs.
Révolution culturelle
France 2030 n’est pas le premier plan industriel que la France connaît. Pour faire la différence, Emmanuel Macron veut impulser une « petite révolution culturelle ». Avec un modèle en ligne de mire, celui de SpaceX. « L’innovation de rupture ne se fait pas dans les grands groupes. Ce n’est pas une offense, c’est la réalité », estime le chef de l’État, pour qui « il faut accepter de financer vite et de manière simple l’innovation où elle est ».
Pour créer les conditions d’émergence de champions, il va falloir accélérer les décisions d’investissements publics, ouvrir le jeu à de nouveaux acteurs et accepter la prise de risques. « Il y aura beaucoup d’échecs. La seule chose qui est nécessaire, c’est qu’ils puissent être le plus rapides et le moins coûteux possible », prévient-il. L’Élysée a décidé de se laisser jusqu’à début 2022 pour affiner le pilotage de son plan. Les arbitrages seront surveillés de près par les industriels. Pour Frédéric Sanchez, le PDG de Fives, « plus que les choix des filières, qui me semblent pertinents, c’est la gouvernance qui fera la différence. Tout l’enjeu est dans l’exécution ». Alexandre Saubot, le président de France Industrie, abonde : « La manière dont sera piloté le plan est le point le plus important. »

Vous lisez un article publié dans L'Usine Nouvelle n°3699 de novembre 2021



