Le Royaume-Uni met le cap sur la technologie de réseaux mobiles Open RAN. Le gouvernement britannique a décidé que cette technologie nouvelle à base de logiciel devrait représenter 35 % des réseaux d’accès radio installées dans le pays en 2030. L’objectif est de diversifier les sources d’équipement tout en améliorant la sécurité et la résilience des réseaux 5G, alors qu’il prévoit l’extinction des réseaux 2G et 3G en 2033. Un montant de 300 millions d’euros est alloué au soutien de cette migration, unique dans le monde.
Les réseaux d’accès radio (RAN, pour radio access networks) ou stations de base radio font l’interface radio entre les terminaux mobiles et le cœur du réseau, qui transporte et traite les données. Ils se présentent aujourd’hui comme des boîtes noires renfermant le cœur du savoir-faire des équipementiers télécoms traditionnels comme Nokia, Ericsson et Huawei. Plus que de simples antennes, ils combinent de façon intime matériels radios et logiciels de traitement.
Une armée d’acteurs émergents
La technologie Open RAN consiste à dissocier ces deux parties et à déporter les fonctions de traitement numérique dans des datacenters pour les faire tourner sur des matériels banalisés, des serveurs standard, avec tous les avantages de la virtualisation, c’est-à-dire de la mutualisation des ressources : réduction de la taille des sites, baisse de la consommation d’énergie, flexibilité de déploiement, etc. Elle promet à l’opérateur télécoms de se libérer de ses équipementiers télécoms traditionnels avec la possibilité de remplacer facilement un fournisseur par un autre (les solutions Open RAN sont interchangeables), de faire jouer la concurrence et de faire baisser les coûts. C’est important puisque selon LightCounting, un cabinet américain spécialisé dans les télécoms, les équipements RAN constituent jusqu’à 70 % du coût total d’un réseau mobile. « Notre analyse montre que cette technologie réduit de 40 % les investissements et de 30 % les coûts d’exploitation par rapport à un réseau mobile traditionnel », a affirmé à L’Usine Nouvelle Stéphane Téral, analyste chez LightCounting.
Jusqu’ici, seuls deux opérateurs mobiles au monde ont choisi de construire leurs réseaux 5G intégralement en technologie Open RAN : Rakuten, au Japon, et Dish Network, aux États-Unis. La technologie intéresse tous les opérateurs télécoms, sauf en Chine, où le gouvernent a fait le choix de l’interdire pour des motifs de sécurité. En Europe, c’est l’opérateur espagnol Telefonica qui se montre le plus offensif avec un vaste plan d’expérimentation visant l’installation et le test de pas moins de 800 sites radio Open RAN dans les quatre réseaux mobiles clés du groupe dans le monde : Movistar en Espagne, O2 au Royaume-Uni, O2 en Allemagne et Vivo au Brésil. Il veut aller vite et passer au déploiement commercial en 2022, avec l’ambition de constituer 50 % de ses réseaux d’accès radio dans le monde par la technologie Open RAN en 2025. D’autres, comme Deutsche Telekom, Vodafone et Orange, en seraient encore au stade précoce de test.
Le gouvernement britannique parie sur NEC
L’intérêt de la technologie RAN est d'être portée par une armée d’acteurs émergents venus du monde du logiciel, tels que les américains Mavenir, Altiostar et Paralell Wireless, pressentis comme les stars des réseaux mobiles de demain. Selon LightCounting, Altiostar s’impose comme le leader. Ce n’est pas un hasard si parmi ses investisseurs de référence figurent Qualcomm, le numéro un mondial des puces mobiles et premier pourvoyeur de brevets dans les technologies 3G, 4G et 5G, Cisco, premier constructeur de routeurs, ou encore les opérateurs télécoms Rakuten et Telefonica. Altiostar a pris une telle importance que son plus grand client, Rakuten, s’est décidé à le racheter en août 2021.
Depuis qu’il a interdit les équipements 5G de Huawei à partir de janvier 2021, le gouvernement britannique voit dans la technologie Open RAN le moyen de réduire sa dépendance vis-à-vis de Nokia et d’Ericsson, les deux principales alternatives à l’équipementier chinois. Il a fait le pari sur l’équipementier télécoms japonais NEC, chargé de mener des expérimentations avec ses matériels radio et les logiciels Open RAN d’Aliostar. Pour la phase de déploiement, il pourrait également faire appel à Fujitsu, l’autre équipementier japonais, ou au sud-coréen Samsung, qui misent tous les deux sur la technologie Open RAN pour sortir de leur position d’acteurs de niche sur le marché des équipements de réseaux mobiles.
Le coup d’envoi de cette révolution est bel et bien donné, et le plan du Royaume-Uni ne fait qu’accélérer le mouvement. Selon Stéphane Téral, l’Open RAN pourrait représenter un pactole de 2,5 milliards de dollars à l’horizon 2025, soit environ 10 % du marché total des réseaux d’accès radio.



