A qui va profiter l’alliance tricontinentale anti-Huawei dans la 5G et au-delà ?

Les Etats-Unis, le Royaume-Uni et le Japon auraient convenu de collaborer pour favoriser l’émergence de nouvelles alternatives à Huawei dans la 5G et au-delà. Une alliance qui pourrait aider les équipementiers japonais NEC et Fujitsu à revenir en force sur le marché. Mais pas seulement.

 

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NEC centre OpenRAN en UK
Centre d'excellence de NEC dans les équipements Open-RAN au Royaume-Uni

La géopolitique continue à rebattre les cartes dans les télécoms. Une alliance tricontinentale se dresse contre Huawei. Elle associe les Etats-Unis, le Royaume-Uni et le Japon, trois des pays les plus hostiles au grand équipementier chinois des télécoms.

Selon le journal japonais The Yomiuri Shimbun, ils auraient convenu de travailler ensemble pour favoriser l’émergence de nouvelles alternatives dans la 5G et au-delà.

Diversifier l'offre 

L’exclusion de Huawei (et de son petit-frère ZTE) dans de nombreux pays occidentaux comme les Etats-Unis, l'Australie ou la Nouvelle Zélande laisse aux opérateurs mobiles le choix entre principalement le suédois Ericsson, le finlandais Nokia et le coréen Samsung. L’alliance américano-anglo-japonaise viserait à diversifier l’offre sur la marché afin de garantir plus de choix et plus de concurrence.

Selon le cabinet LightCounting, Huawei et ZTE trustent 55 % du marché mondial des équipements d’accès mobiles (stations de base radio), tandis que Ericsson, Nokia et Samsung n’en détiennent ensemble que 43 %. Pour Washington, Londres et Tokyo, il est essentiel de soutenir l’émergence d’autres équipementiers de façon à réduire la part de marché des deux équipementiers chinois.

Le Japon met toute sa puissance technologique et industrielle sur la table avec l’espoir de faire revenir en force ses deux équipementiers NEC et Fujitsu. Ils ont joué un rôle moteur dans la 3G avant de se laisser marginaliser dans la 4G et encore plus dans la 5G. Selon le cabinet LightCounting, ils détiennent aujourd’hui chacun à peine 1 % du marché mondial.

Occasion inespérée pour NEC et Fujitsu

Le gouvernement britannique semble miser sur l’alternative japonaise, en testant les équipements 5G de NEC. Et en retour, l’équipementier japonais a décidé d’établir en novembre 2020 au Royaume-Uni son centre d’excellence mondial dans les équipements d’accès radio Open-RAN construits sur des serveurs banalisés. Une solution qu’il fournit déjà à l’opérateur nippon Rakuten, premier opérateur mobile au monde à avoir choisi de construire son réseau 5G avec seulement des équipements Open-RAN.

NEC a déjà noué une alliance avec l’opérateur télécoms historique japonais NTT, visant à offrir au Japon une alternative à Huawei dans la 5G et au-delà. Fujitsu est tenté de les rejoindre. Pour les deux équipementiers japonais, l’occasion est inespérée de retrouver leurs forces d’antan dans les réseaux mobiles.

Emergence d'équipements ouverts

Mais ils ne sont pas les seuls à prétendre profiter de ces bouleversements. Une myriade de nouveaux équipementiers promouvant des solutions ouvertes, construites par logiciel sur du matériel banalisé, émerge sur le marché. Parmi eux figurent Mavenir, Parallel Wireless, Ranplan Wireless, Mavenir Wireless et Aliostar. Ils proposent une alternative souple, économique et interchangeable aux solutions propriétaires traditionnelles de Huawei, Ericsson ou Nokia. Plusieurs grands opérateurs télécoms - dont Deutsche Telekom, Orange, Telefonica et Vodafone - soutiennent ce développement au sein de l’alliance Open-RAN.

" Ce type d’équipement pèse aujourd’hui moins de 1 % du marché, précise à L’Usine Nouvelle Stéphane Téral, analyste au cabinet LightCounting. A l’horizon 2020, la part pourrait monter à 5 % dans le monde mais à 25 % hors de Chine, qui a exclu l’installation de matériels Open-RAN dans ses réseaux. Sans le bannissement de Huawei, ce marché n’aurait jamais pu voir le jour. " C'est cette carte Open-RAN que NEC a choisie de jouer pour se faire une bonne place sur le marché, avec un début de succès en Europe, comme en témoigne son choix par Telefonica pour son réseau 5G en Allemagne .

Marché des stations de base radio en Q2 2020LightCounting
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