Enquête

Le réveil du textile en Provence-Alpes-Côte d'Azur - Un ancrage de plus en plus local

La filière régionale s’est bâtie sur la coopération euroméditerranéenne. Dans un souci d’essor durable, elle s’enrichit d’une industrie de fabrication à proximité.

Réservé aux abonnés
Image d'illustration de l'article
Brun de Vian-Tiran récupère des chutes de tissus et de tapis pour créer de nouveaux articles.

En dépit de la présence de quelques marques historiques (Souleiado, Hom, Olly Gan, JJ Garella, Parakian…), la filière textile et mode se met à bouillonner en Provence-Alpes-Côte d’Azur à partir des années 1990, après la naissance de la Maison Mode Méditerranée (MMM) à Marseille (Bouches-du-Rhône). Autour d’une identité euroméditerranéenne, de belles réussites émergent : Kaporal, Sessùn, American Vintage, Pain de Sucre…

En 2021, une nouvelle phase s’engage pour une production de proximité. "Je crois à un modèle local", confie Jina Luciani, à l’origine en 2008 de la marque Occidente (lingerie, maillots de bain…). Ses collections, élaborées à Nice (Alpes-Maritimes), se composent de textiles naturels certifiés biologiques. "Nous fabriquons à la demande, sur place ou dans la région, avec des ateliers partenaires. Nombre d’entre eux ont prospéré alors qu’à mes débuts, l’offre était quasi inexistante. Aujourd’hui, tous les créateurs montrent un élan naturel vers des démarches éthiques et durables."

Circuits locaux et technologies

Cette quête concerne aussi les entreprises plus anciennes. Brun de Vian-Tiran fabrique ses couvertures et ses plaids depuis 1808 à L’Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse). Pour ses fibres, la manufacture de 45 salariés et 10 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel noue des coopérations étroites avec des éleveurs [lire l’encadré]. Elle a lancé la "240", une couverture tissée en laine mérinos d’Arles antique collectée en Provence. "Tout est fait chez nous pour promouvoir une excellence française. Un renouveau est possible", assure son dirigeant, Jean-Louis Brun.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Directrice d’InserMode, un atelier d’insertion de 142 salariés associé au fabricant de vêtements et bureau d’études Fil Rouge à Marseille, Annie Carrai assure que "la pandémie a été un catalyseur pour faire prendre conscience de l’importance du circuit court et des valeurs solidaires" L’entreprise a investi 200 000 euros pour implanter en 2021 plus de 250 machines dans 1 700 m² de locaux. Face à la demande, elle prévoit de s’agrandir jusqu’à 3 000 m². "Les consommateurs réclament de la fabrication française, les marques y répondent en relocalisant créations et productions. Qui l’aurait envisagé il y a dix ans?", se réjouit Annie Carrai. Près de Tarascon (Bouches-du-Rhône), Les Olivades imprime et fabrique depuis 1818 des tissus pour les arts de la table et de la décoration. La PME de 10 salariés et 1 million d’euros de chiffre d’affaires a acquis une machine numérique et recruté pour accélérer ses créations de dessins. "Nous voulons augmenter notre activité d’impression à façon. Nous recevons des demandes sans avoir prospecté car notre marque reflète un ancrage local historique", témoigne Nicolas Boudin, le directeur commercial.

Finances et compétences

La filière elle-même s’adapte. La MMM se transforme en fonds de dotation "en gardant sa singularité géographique", souligne sa fondatrice, Maryline Bellieud-Vigouroux. Né fin 2019, le collectif interprofessionnel Fask (Fashion Skills, 120 membres) monte une école de production à Marseille, la Fask Academy. Selon Jocelyn Meire, son président, qui évalue à 350 000 euros l’investissement en machines, "90 % des entreprises sont freinées par le manque de compétences disponibles. Les jeunes alternants seront formés en produisant dans l’atelier de fabrication. Un créateur pourra y faire réaliser sa collection. Un tel outil peut aider à redéployer une industrie en Provence".

De son côté, le pôle optique-photonique Optitec coopère avec le pôle textile rhodanien Techtera sur les textiles intelligents. "Nous œuvrons sur des technologies aptes à favoriser la relocalisation d’activités", affirme Corinne Farace, la déléguée générale de Techtera. "L’objectif est de viser une dualité de marchés, avec des technologies complexes pour la défense et d’autres pour le grand public, comme le sport. Et d’intéresser nos membres à un secteur qu’ils n’auraient jamais prospecté!", précise Marc Ricci, le directeur d’Optitec. À Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône), Racer (25 salariés, 7,5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2019) symbolise cette ambition, avec ses gants chauffants pour la moto, l’équitation, le parapente…, qui équipent déjà les pilotes de la Patrouille de France et du Rafale. La PME planche sur l’intelligence artificielle et les exosquelettes, étudie des projets avec le CEA… "Nous voulons croître sur notre savoir-faire technologique, mais nous travaillons aussi sur des cuirs écoresponsables, l’éco-conception, le recyclage, en vue de créer le premier gant vert", confie Florent Katchikian, son président. 

Proneem encapsule des actifs naturels

Proneem, fondé en 2003 par Nathalie Hagège, docteure en biochimie, intègre dans des tissus (coussins, vêtements, literie, sport...) des actifs naturels micro-encapsulés afin de les rendre anti-acariens, antibactériens, antiodeurs ou anti-insectes, mais aussi chauffants, hydratants, tonifiants... La société marseillaise de 17 salariés a breveté son actif Proneem pour la literie et obtenu une autorisation européenne de mise sur le marché dans le cadre de la réglementation Biocide. Référencée par diverses marques (Dodo, Habitat, Tex de Carrefour...), elle a lancé le 15 mai, après six mois de recherches en partenariat avec le Comité national olympique et sportif français, un masque de sport ViralStop anti-Covid-19, annoncé comme "ultra-filtrant" et "ultra-respirant". Des athlètes ont contribué à sa mise au point et à son expérimentation. Les fibres du tissu externe sont imprégnées du traitement ViralStop pour bloquer virus, bactéries, odeurs et champignons. Il résisterait à vingt lavages à 60 °C. L’entreprise a fait valider sa promesse par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), par l’État, par l’Institut français de la mode, du textile et de l’habillement et par des laboratoires spécialisés.

©N. Tucat/AFP

Brun de Vian-Tiran crée une collection upcyclée

Entreprise du patrimoine vivant, la PME vauclusienne de 45 salariés Brun de Vian-Tiran, soucieuse de réduire le gaspillage, a travaillé avec une designer, Aurélia Martin, et avec la directrice artistique Pauline Ricard-André sur une collection d’accessoires (sacs, seaux, coussins...) "100 % upcycling", à partir de chutes de tapis d’Avignon, de couvertures et plaids en alpaga et de rubans en feutre de Mérinos d’Arles antique. L’initiative lui a permis d’élargir la clientèle de sa boutique d’usine. "Le panier moyen se situe entre 350 et 400 euros. Auparavant, nous recyclions par retissage les matières inutilisées. Maintenant, nous avons une gamme de produits à prix accessibles, uniques et made in France. C’est un moyen aussi de rappeler que nous travaillons des matières saines", souligne son dirigeant.

 

La région Provence-Alpes-Côte d'Azur en chiffres

Etablissements 313

Salariés 1 772

Fabrication de textiles 702

Habillement 759

Cuir et Chaussures 311

Source : Urssaf (décembre 2019)

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
78 - Rambouillet
Date de réponse 30/04/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs