Enquête

Le réveil du textile en Ile-de-France - L'art de vivre à la française

L’attractivité de Paris dans les milieux de la mode, du patrimoine et de la décoration de luxe explique la présence de créateurs, sièges sociaux et négociants. Mais la production textile reste peu présente.

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Les Passementeries de l'Ile-de-France

À Bezons (Val-d’Oise), l’usine de TenCate Geosynthetics est l’un des principaux maillons de la chaîne de production du premier fabricant mondial de géotextiles et géosynthétiques industriels. "Nous fabriquons des nappes de textiles non tissés qui ont des fonctions de séparation des matériaux, de protection et de filtration, utilisées dans les infrastructures routières et ferroviaires, dans le bâtiment, dans la construction de plates-formes", détaille Christophe Dupont, le directeur de l’établissement qui emploie une centaine de salariés.

Proche des chantiers du Grand Paris, cette usine a pleinement sa raison d’être en Ile-de-France. Dans l’habillement, la confection, qui continue à faire travailler près de 9 000 salariés dans la région, a quitté le quartier du Sentier, à Paris, pour s’installer en périphérie, surtout avec de grands entrepôts logistiques comme celui de Carrefour, à Vert-Saint-Denis, et de Sarenza, à Réau, tous deux en Seine-et-Marne.

Création et production artisanale

Mais la plus grande région française, au-delà d’être un pôle administratif et de négoce de la filière textile, se caractérise surtout, dans ce secteur, par ses activités de création et de production artisanales liées à la mode et au luxe. Chanel et Hermès ont choisi la Seine-Saint-Denis pour implanter des activités de R & D et de haute couture, entraînant dans leurs sillages la création d’une filière de formation aux métiers de la mode. Même si ce pôle monte en puissance en Ile-de-France, aux yeux du monde entier, la mode, c’est Paris. "Être à Paris, c’est dans notre ADN. Ce que l’on vend, c’est l’art de vivre à la française. Tous les grands décorateurs, même s’ils sont présents dans le reste du monde, sont aussi installés à Paris", témoigne Emmanuel Lelièvre, le patron de la maison Lelièvre, un éditeur de tissus, tapisseries et papiers peints. L’entreprise, qui fait fabriquer dans d’autres régions, a conservé dans le Sentier son show-room et son studio de création composé de six personnes.

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La maison Malhia Kent, qui crée des tissus pour la haute couture et le prêt-à-porter haut de gamme, les produit également en province. Elle a cependant installé sa quinzaine de stylistes à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Là, la créativité de son équipe s’appuie sur un système informatique qu’elle dit sans équivalent. "Nos 14 135 fils actifs sont gérés numériquement au gramme près par un programme. Chaque fil a une adresse et peut être retrouvé en 15 secondes. Cela nous donne une réactivité incroyable quand un client nous demande de modifier un tissu", explique Ève Corrigan, sa présidente.

L’ameublement, la décoration de luxe et le marché de la conservation du patrimoine constituent des débouchés pour les entreprises franciliennes. La maison Lelièvre a fourni des tissus pour la restauration de l’Hôtel de la Marine à Paris, et participé au chantier de rénovation du prestigieux Hôtel du Palais, à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques). Eurolitex, dont les ateliers sont implantés à Pontcarré (Seine-et-Marne), a également concouru à la réalisation de ce dernier projet. "Nous avons eu la chance d’œuvrer à la renaissance des décors de fenêtres et de lits de ce bijou architectural", témoigne Sabine Cattazzo, sa fondatrice. L’entreprise qui emploie une vingtaine de salariés travaille beaucoup pour l’hôtellerie haut de gamme et de luxe, l’aménagement des bateaux de croisière, la décoration de résidences seniors. De son côté, la société Doudoux et Oberti, créée en 1926, fait rayonner l’art de la passementerie auprès d’une clientèle internationale de décorateurs et d’architectes d’intérieur. Sa petite manufacture de Belloy-en-France est la dernière en activité dans ce village du Val-d’Oise qui en comptait une dizaine dans les années 1930.

À l’opposé de ces métiers traditionnels, la région voit parallèlement se développer le secteur des vêtements intelligents et connectés à usage médical. Bardés de capteurs incorporés dans le tissu, ces tee-shirts et bonnets collectent en continu des données physiologiques qui fournissent de précieuses informations à la base d’une télésurveillance du patient. Les équipements de la medtech parisienne Chronolife permettent par exemple de surveiller des pathologies chroniques telles le diabète ou l’insuffisance cardiaque. Bioserenity, incubée au sein l’Institut du cerveau et de la moelle épinière, à Paris, oriente ses développements vers des vêtements connectés permettant notamment de surveiller l’activité des personnes épileptiques ou cardiaques.

Bilum fait renaître les matières

Bilum donne une seconde vie à des matières vouées à l’élimination. Implantée à Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), cette TPE récupère bâches publicitaires, voiles de bateau, blousons de la gendarmerie et gilets de sauvetage pour les recycler, entre autres, en porte-monnaie, sacs de voyage et parapluies. "Nous prenons avant tout des matières très résistantes, sinon notre activité n’aurait pas de sens", explique, sa fondatrice, Hélène de La Moureyre. L’entreprise travaille principalement pour de grandes marques qui lui confient leurs matières. Bilum a par exemple réalisé pour Air France une collection de trousses de toilettes confectionnées à partir des housses de siège du Concorde. Elle vend également au grand public. À Choisy-le-Roi, l’entreprise de sept salariés a installé un atelier de préparation des matières (lavage et découpe) et un autre de confection pour réaliser les mini-séries ou les réparations. L’essentiel de sa production est assuré par sept ateliers partenaires spécialisés dans la maroquinerie, la papeterie, ou encore le travail du textile.

Doudoux et Oberti, propriétaire des Passementeries de l'Ile-de-France, a pu conserver sa manufacture dans le Val-d'Oise. © Jimmy Delpire/Inwie

La région Ile-de-France en chiffres

Etablissements 1 437

Salariés 17 513

Fabrication de textiles 1 988

Habillement 11 244

Cuir et Chaussures 4 281

Source : Urssaf (décembre 2019)

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