Elles ont l’allant des pionnières, celles à qui rien ne résiste. Une quarantaine de futures opératrices en confection retournent sur les bancs du lycée Voltaire d’Orléans (Loiret) depuis le début du printemps. "J’ai l’impression de revivre", lâche Laurence Gartner, ex-infirmière épuisée par les horaires décalés des urgences et en réanimation, où elle a œuvré une vingtaine d’années. À 44 ans, cette passionnée de couture se reconvertit dans la maille stretch. Bientôt, elle assemblera des maillots de bain et des sous-vêtements pour Scavi, filiale européenne du groupe franco-vietnamien Corèle, sous-traitant qui emploie 15 000 personnes au Vietnam et au Laos, et réalise 310 millions d’euros de chiffre d’affaires.
D’ici à la fin de l’année 2021, elles seront 50 à Saran (Loiret), puis 200 en 2022, espère Pierre Fournier, qui pilote cette implantation choisie pour sa proximité avec le siège administratif de Corèle à La Chapelle-Saint-Mesmin (Loiret). "Nous relocalisons une ligne de production parce que nos clients, les grandes marques de lingerie, veulent afficher l’étiquette “made in France”", explique-t-il.
La région Centre-Val de Loire a dépensé 500 000 euros, avec le soutien de Pôle emploi, pour créer ce cursus ad hoc avec le Greta et l’Afpi. "Nous n’avons plus de diplômés en confection dans nos listes. Il a fallu repenser les modules et trouver des candidats via la méthode de recrutement par simulation(MRS)", détaille Patrick Boissy, le directeur de Pôle emploi Loiret.
Cet exemple emblématique n’est pas isolé. À Villemandeur (Loiret), France Luxury Shirt recrute également. Cette dynamique positive ne doit pas masquer la saignée qu’a subie l’industrie du textile dans la région depuis trente ans. Comme en témoigne Jacques Martin-Lalande, le dirigeant de Confection d’Argent à Argent-sur-Sauldre (Cher), où une quarantaine de personnes fabrique des manteaux haut de gamme.

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Entre marché de niche et haut de gamme
Aujourd’hui, ce secteur, hors cuir, ne représente plus qu’une soixantaine d’entreprises et 2 000 emplois selon l’Agence de développement économique Dev’Up, dont un tiers dans le prêt-à-porter. Ces dernières ont résisté grâce à un positionnement haut de gamme ou bien grâce à une niche, à l’instar des couettes et oreillers Lestra à Amboise (Indre-et-Loire), une PME de 220 salariés et 39 millions d’euros de chiffre d’affaires. "Le coût du transport d’une couette nous a préservés de la concurrence asiatique. Et nous investissons 1million d’euros par an pour améliorer en permanence notre compétitivité", explique Éric Andres, le président de ce fournisseur de la grande distribution et de l’e-commerce, en marque de distributeur et en marque propre avec Blanrêve.
Historiquement, le sud de la région, le Berry, a été une terre de drapiers. Le drap cardé a fait la fortune des Balsan. Fondée au XVIIIe siècle, la manufacture royale de Châteauroux (Indre) a fabriqué les uniformes des Poilus pendant la Grande guerre. Devenue une friche industrielle au début des années 2000, la ville vient d’achever sa réhabilitation. Deux activités industrielles perdurent en périphérie de la ville. Sous l’appellation Balsan, le groupe belge Belgotex exploite à Arthon, sur 45 000 m², une usine d’environ 200 salariés dédiée à la fabrication des moquettes en lés. L’ETI française Marck et Balsan a, elle, repris la branche confection. Elle produit des uniformes depuis son usine de Montierchaume, qui emploie une centaine de personnes. Cette société s’appuie sur six unités de production en France, et trois ateliers en Tunisie pour les grandes séries. Le numérique a bouleversé ce marché. "Des mesures prises le matin sont sur les tables de coupe le soir. Nos clients n’ont plus à constituer des stocks dans les casernes", souligne Laurent Marck, son directeur général qui milite pour la préservation des savoir-faire.
Medical Z, des grands brûlés au cancer
Spécialisé dans les textiles de réparation pour les grands brûlés, le tourangeau Medical Z s’apprêtait à sortir une gamme de soutiens-gorge adaptés aux femmes ayant subi une mastectomie lorsque la pandémie de Covid-19 a bouleversé la donne. "Notre projet a été repoussé d’un an", explique Yann Zagamé, le président de cette société fondée par son père en 1981, qui réalise environ 11 millions d’euros de chiffre d’affaires en intégrant la filiale de sous-vêtements Z Sport. Lancée en 2021, cette diversification "naturelle", dit-il, répond aux cancers du sein : plus de 40 000 cas par an en France, environ 200 000 aux États-Unis, où Yann Zagamé vit depuis 2013 afin de diriger la filiale d’outre-Atlantique. Après les prises de mesures, Medical Z adapte le modèle à l’usine de Saint-Avertin (Indre-et-Loire). "Notre activité grands brûlés nous a permis de sourcer des tissus élégants, confortables, et adaptés à des peaux et à des morphologies sensibles car sans armatures et cousus par des coutures plates", explique le dirigeant, qui a développé par ailleurs un atelier polymères pour réaliser des prothèses sur mesure.

Medical Z Le spécialiste des vêtements compressifs produit à Saint-Avertin un soutien-gorge post-mastectomie.à Saint-Avertin (Indre-et-Loire). © Medical Z
Sodiclair optimise les chutes
Le sur-mesure a l’inconvénient de générer beaucoup de chutes. Sodiclair découpe, colle et assemble des stores et des rideaux depuis son usine de Pontault (Eure-et-Loir), mais la crise de 2008 et l’effondrement des commandes des écoles, crèches et entreprises l’a poussée à se remettre en question. Son président, Stéphane Berretti, a mis l’accent sur l’e-commerce pour cibler le grand public. Grâce à son site, il sauve l’entreprise. En contrepartie, le rebut augmente. "Au début, c’était deux à trois bennes par mois", se souvient-il. Aujourd’hui, alors que l’activité a plus que doublé, l’entreprise n’en évacue plus qu’une par mois. Entre-temps, la PME a lancé une gamme de coussins confectionnés à partir de ces rebuts, puis des petits stores pour les fenêtres de type Velux. "Nous donnons aussi des sacs de chutes aux écoles alentour pour les loisirs créatifs", complète Stéphane Berretti, dont l’entreprise réalise aujourd’hui 12 millions d’euros de chiffre d’affaires, en hausse de 20 %.
La région Centre-Val de Loire en chiffres
Etablissements 157
Salariés 4 908
Fabrication de textiles 1 163
Habillement 936
Cuir et Chaussures 2 809
Source : Urssaf (décembre 2019)



