On n’est jamais mieux servi que par soi-même, dit-on… Depuis trente ans, les industries textiles de Bourgogne-Franche-Comté doivent lutter contre la fuite de leurs clients vers des prestataires asiatiques. En choisissant de travailler davantage pour elles-mêmes, avec leur propre marque, elles confirment l’adage. À Orchamps (Jura), Jura Textiles, qui produit des éléments décoratifs et d’aménagement d’extérieur, a perdu 40 % de son chiffre d’affaires entre 2012 et 2020, passant de 3 millions à 700 000 euros. Ses principaux clients, des centrales d’achat, ont préféré la Chine. "Avec notre propre marque, nous avons augmenté nos marges de 3à30%, se réjouit Renée Demon, qui a cofondé l’entreprise en 1992. Pour vendre nos produits, nous nous sommes tournés vers des sites marchands généralistes ou spécialistes de la décoration."
Les chaussettes Monnet, créées en 1930 à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire), ont elles aussi choisi de produire sous leur propre marque. "Plutôt que d’utiliser l’outil de production en sous-traitance, ce choix nous a permis de perdurer quand la grande distribution a comparé les coûts de production et est partie ailleurs", se félicite Daniel Porte, le dirigeant. Pour maintenir un chiffre d’affaires de 2,3 millions d’euros en 2020, lui et ses 23 salariés ont su innover. "Nous faisons le choix du haut de gamme et de l’innovation comme stratégie de rentabilité. Nous comptons aussi sur l’export, contrairement aux entreprises françaises qui se montrent encore timides." À Coublanc (Saône-et-Loire), Coublanc Textiles a vu le jour en 1913 en concevant des tissus pour parapluies. La PME, qui a réalisé 2,5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2020, fabrique aujourd’hui des tissus techniques pour la santé, la sécurité (comme des rideaux antifeu) et l’automobile. Avec 20 salariés, elle envisage à son tour de créer sa marque d’habillement, comme l’explique Thierry Daboval, qui l’a rachetée en 2007 : "L’avenir repose sur notre capacité à réaliser un produit fini en lin pour assurer la vente directe de chemises et de jeans auprès du grand public."
Modernisation et sur-mesure
À Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), les chemises Gauthier jouent sur deux tableaux, la sous-traitance et la marque en nom propre. Créée en 1947, l’entreprise compte 25 salariés et mise sur la qualité pour maintenir son chiffre d’affaires de 1 million d’euros. "Il faut associer qualité du travail et formation continue, qualité des matières et fournisseurs, et ne pas oublier la qualité technique du matériel", précise Bernadette de Saint-Jean, qui a racheté l’entreprise en 2006 avec son époux. Un point de vue partagé par Thierry Daboval. "Nous avons un parc de 70 machines dont les dernières générations nous permettent d’aller plus vite, et surtout de passer des matières plus techniques, tout en attirant de jeunes recrues."

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À Tonnerre (Yonne), la Compagnie Dumas (45 salariés), spécialiste de la petite literie (couettes et oreillers) fondé en 1910, a fait le choix de l’automatisation et de la mécanisation de son outil de production. "Entre 2020 et 2021, nous avons investi 1,5 million d’euros pour monter en cadence et proposer des finitions plus étanches et plus résistantes", insiste Édouard Dumas, cinquième génération à la tête de l’entreprise familiale. Pour préserver son chiffre d’affaires (11,6 millions d’euros en 2020), il mise sur ses propres produits, mais met aussi l’accent sur sa capacité à réaliser des solutions sur mesure. Il fabrique notamment les coussins d’Air France. "Nous pouvons faire de la petite ou de la grande série, pour des décorateurs d’intérieur, par exemple, précise le dirigeant. Après avoir testé et été insatisfaits des finitions en Inde, ils reviennent vers nous."
Un Clus’ter solidaire
Avec l’idée de réimplanter une activité textile dans le Jura, le pôle de coopération économique Clus’ter Jura envisageait début 2020 de créer une école de production textile pour des jeunes en difficulté. La crise sanitaire a modifié le projet. Le pôle a profité du projet national Résilience, porté par des PME œuvrant à une relocalisation "inclusive" du textile, pour acquérir du matériel et des compétences afin de lancer la production de masques en tissu. Si en mai 2020 l’atelier Résilience était en phase de test avec dix équivalents temps plein, désormais il s’inscrit dans une logique de fabrication industrielle à petite échelle, avec plus de 27 équivalents temps plein. Quelque 50 000 euros ont été investis, notamment dans un parc de machines. Hébergé dans un ancien établissement et service d’aide par le travail (Esat) de Lons-le-Saunier (Jura), l’atelier réalise trois typologies de production : du travail à façon, de la sous-traitance pour des jeunes marques ou des créateurs et le développement d’un modèle sur mesure pour répondre à un client. Après avoir développé une production destinée aux professionnels, il envisage d’avoir son propre catalogue pour le grand public.

© Atelier Textile Jurassien
Matières Premières durables
À Besançon (Doubs), les ingénieures textiles Lucie Ceresa et Clara Merdinoglu ont créé en février 2020 la marque de mode Matières Premières avec l’ambition de développer une industrie textile plus durable. Leur marque s’appuie sur des fournisseurs français, voire régionaux, certifiés Oeko-Tex ou GOTS, pour garantir une chaîne de production éthique et environnementale. Les entrepreneuses ont défini un cahier des charges des pratiques et des matériaux à adopter pour s’assurer de la transparence et de la traçabilité de leurs partenaires. Les vêtements ne sont réalisés qu’avec des matières recyclées, coton ou polyester, et produits dans des ateliers d’insertion. Les collections Matières Premières sont ensuite vendues en ligne et dans un concept store parisien.
La région Bourgogne-Franche-Comté en chiffres
Etablissements 111
Salariés 4 407
Fabrication de textiles 652
Habillement 1 008
Cuir et Chaussures 2 747
Source : Urssaf (décembre 2019)



