Réunissant 39 instituts, soit quelque 35 000 professionnels de la recherche, le label Carnot est depuis 2006 un outil phare de la recherche partenariale en France. Chaque année, les laboratoires labellisés, réunis dans l'Association des instituts Carnots (AIC), se partagent un abondement financier de l'Etat, en fonction du volume des recettes tirées de leurs contrats de recherche avec des entreprises partenaires. Alors que le projet de Loi de programmation pluriannuelle de la recherche prévoit de doubler cet abondement, L'Usine Nouvelle s'est entretenue avec Alain Duprey, à la tête de l'AIC, à propos des apports de la loi pour la recherche partenariale.
L'Usine Nouvelle – Le projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR) est présenté mercredi 22 juillet en Conseil des ministres. Quel bilan en tirez-vous pour la recherche partenariale ?
Alain Duprey .- La recherche partenariale était l’un des trois piliers sur lesquels portait la réflexion autour de la loi. Aujourd’hui, le bilan est plutôt positif, avec une augmentation substantielle des moyens qui lui sont accordés. Je pense notamment aux thèses Cifre [augmentées de 50% d’ici 2027], un dispositif piloté par l’ANRT pour financer des doctorants à cheval entre une entreprise et un laboratoire. On peut aussi mentionner le doublement des chaires industrielles et les laboratoires communs, qui sont gérés par l’Agence nationale de la recherche (ANR). Enfin, il y a les Instituts Carnot, qui obtiennent un doublement de leur soutien financier (62 millions d'euros actuellement) sur la période de la loi. Ces derniers ont fait leurs preuves puisque de 2006 à 2019, leur activité directe de recherche pour les entreprises a été multipliée par 2,5. En contrepartie de l'augmentation prévue par la LPPR, nous avons affiché notre ambition d’atteindre plus d’un milliard de chiffre d'affaires avec les entreprises à horizon 2030, sachant qu’aujourd’hui, nos contrats de recherche sont financés par les entreprises à hauteur de 500 millions.
Pourquoi faut-il développer la recherche partenariale ?
La LPPR focalise son effort sur les dispositifs qui ont fait leurs preuves. Aujourd’hui, si l’on se penche sur l'enjeu de la relance économique face à la pandémie, nous sommes convaincus qu’elle passera par le rapprochement public-privé et la recherche partenariale. Nous avons une recherche au meilleur niveau international en France. Utilisons-la et sachons la transformer pour qu’elle ait un impact sur le bien-être de nos concitoyens, qu’elle se traduise en termes de croissance et d’emploi. Sur ce point, notons aussi que la LPPR facilite la mobilité des chercheurs. Au niveau de l’évaluation, elle ne met plus l’accent que sur les résultats scientifiques purs, mais prend en compte aussi, notamment, l’implication du scientifique dans un partenariat avec une entreprise. C’est une reconnaissance de l’apport de ce type de recherche.
Le monde universitaire a fortement contesté cette loi, critiquant la mise en compétition et le manque de postes, mais aussi parfois les risques de perte d’indépendance d’une recherche trop proche des préoccupations du monde économique. Ces craintes sont-elles justifiées ?
Il ne faut pas tout mettre dans le même panier. Il est légitime de vouloir stabiliser un certain nombre d’emplois de recherche. Mais il ne faut pas opposer cela à la recherche partenariale. Il n’y a pas d’antinomie entre le fait de faire de la très bonne recherche au meilleur niveau international et celui de travailler avec ou pour des entreprises. Il faut trouver un juste équilibre entre les programmes et les projets qui répondent aux besoins des entreprises et la recherche plus libre d’emploi, qui va permettre de préparer les besoins de demain encore non explorés par le monde économique. Par ailleurs, travailler avec les meilleures entreprises permet aux scientifiques de se confronter à des problématiques qui correspondent à des défis scientifiques au meilleur niveau. Dans le monde, les laboratoires qui publient le plus sont généralement ceux qui travaillent le plus avec les entreprises.
N’y a-t-il pas un risque de conflit d’intérêt ?
L’enjeu est de trouver ce bon équilibre entre sujets plus en amont et sujets plus pilotés par un besoin exprimé par le marché, par une filière industrielle. Cela ne pose pas de problème dès lors qu’un laboratoire aura défini une stratégie de recherche claire, qui lui permet de doser correctement les différentes composantes de son activité.
Qu’attendez-vous du débat parlementaire, qui devrait se tenir à l'automne ?
Sur le plan budgétaire, la LPPR est une prise de conscience que nous sommes à un tournant et que nous devons nous appuyer sur une recherche forte. Ensuite, tout dépendra de la traduction de la loi de la recherche dans les lois de finance qui vont suivre. Car le diable se cache dans les détails. Pour cela, nous attendons un soutien ferme des élus sur la recherche partenariale, qui est intimement lié à la relance, mais aussi à notre santé économique à long-terme.



