Le port de Marseille veut rester dans la course

En lançant le French smart port in Med, le port de Marseille mobilise son écosystème pour gagner en compétitivité et se diversifier. Un défi qui doit encore faire ses preuves.

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Au cœur du port de Marseille, les centres de données MRS2 et MRS3 d’Interxion participent de la transformation du hub logistique et hub numérique.

A l’abandon depuis 1944, l’ancienne base sous-marine allemande du port de Marseille (Bouches-du-Rhône) est en travaux. Dans ses murs de béton surplombés de plaques d’acier corten de couleur rouille, l’opérateur de centres de données Interxion souhaite établir, à l’été, son vaisseau amiral. Il hébergera ses bureaux marseillais et un datacenter massif, en pointe sur les économies d’énergie, refroidi grâce à une rivière souterraine. Symbole de la transformation numérique du port.

Alors qu’une quinzaine de câbles sous-marins intercontinentaux arrivent dans la région, "la planète numérique a vu dans Marseille une opportunité de se développer, notamment pour joindre l’Est", détaille le directeur de l’aménagement du port, Renaud Paubelle, qui facilite les opérations administratives et physiques nécessaires à l’atterrage de futurs câbles intercontinentaux. "Pour nous, Marseille est d’abord une porte pour les données, au plus près des câbles, explique le PDG d’Interxion, Fabrice Coquio. En favorisant les connexions, nous apportons les infrastructures physiques qui permettront les échanges et le déploiement du smart port."

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Aux allures de gigantesque bunker, la façade de béton armé du futur datacenter de 7 500 m² témoigne du passé militaire de cet ancien entrepôt. © Pascal Guittet

Cette étiquette, marketing et encore peu visible lorsque l’on arpente les quais phocéens, désigne un projet partenarial : le French smart port in Med, qui vise à transformer le premier port de France. Porté par le Grand port maritime de Marseille (GPMM), la CCI métropolitaine Aix Marseille Provence (CCIAMP) et Aix-Marseille Université (AMU), piloté par un aréopage d’acteurs publics et privés, il doit mobiliser les outils numériques afin de permettre au port de rester compétitif face aux grands docks d’Europe du Nord. Tout en diminuant son impact environnemental. Le rendre "plus fluide, plus vert, innovant et créateur d’emplois", résume Stéphane Reiche, le délégué général du GPMM.

Le défi n’est pas simple. Le port est ancien et étendu, divisé entre les bassins Est, qui accueillent passagers et marchandises au sein même de la ville, et la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer. Longtemps pétrolier, il doit se diversifier. "Le numérique apparaît comme une nouvelle source de revenus qui, en même temps, rend les activités existantes plus efficaces et attractives", estime Stéphane Reiche. Dans le cadre de la convention partenariale, quatre programmes se détachent : la création d’un écosystème de recherche sur la logistique maritime piloté par l’AMU, la mise en place d’une plate-forme rassemblant les données du port pour favoriser l’innovation, la labellisation d’initiatives existantes et un concours annuel sur le port intelligent, qui associe jeunes pousses et grands groupes autour de défis.

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Ces groupes électrogènes de 2 MW assurent une alimentation électrique de secours pour garantir la continuité de service du centre de données. © Pascal Guittet

La course au temps et à la traçabilité

Cette feuille de route vise à "mobiliser l’écosystème portuaire local au service de sa transformation numérique et de la création d’emploi", argue Jean-François Suhas, le président du conseil de développement du GPMM. Qui y voit là également l’occasion de gommer l’image d’enclave étatique qu’a pu avoir le port autonome.

Si tous les défis portés par la première édition du concours ont débouché sur une preuve de concept, peu ont été déployés en grandeur nature. L’interface logicielle de localisation des remorques à quai, développée pour La Méridionale par Nauvelis afin de faire gagner du temps aux transporteurs, a été retardée. Les algorithmes d’intelligence artificielle conçus par Navalgo pour CMA CGM afin d’estimer les dates d’arrivée des navires sont, eux, encore en cours d’élaboration.

Mais plus globalement, la numérisation progresse. Du côté des opérations, un nouveau cargo community system (CCS) développé par la PME Marseille Gyptis International (MGI) est déployé depuis 2018. "Il permet aux différents métiers en lien avec le déchargement des conteneurs de partager leurs informations automatiquement", détaille Rémi Julien, le président du directoire de MGI. Une manière de gagner du temps et de la visibilité sur la logistique tout en garantissant la traçabilité des conteneurs. De leur côté, les capteurs connectés de l’entreprise marseillaise Traxens équipent déjà des milliers de conteneurs transportés à travers les mers du monde. Avec des défis aussi divers que la réfrigération verte des conteneurs, la conduite écologique des navires et la fluidification du trafic portuaire grâce à l’IA, la deuxième édition du concours ambitionne d’approfondir le mouvement.

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Un poste électrique a été réaménagé pour transformer l’alimentation 20 000 volts d’EDF en 11 000 volts, permettant d’alimenter les ferrys à quai. © Pascal Guittet

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