C’est dans les locaux de la première licorne industrielle tricolore que la ministre déléguée en charge de l’Industrie, Agnès Pannier-Runacher, et le secrétaire d’Etat au numérique, Cédric O, doivent présenter, mercredi 19 janvier, un plan de soutien aux start-up industrielles et deeptech. Exotec, qui conçoit et fabrique des robots pour la logistique à Croix, en périphérie de Lille (Nord), est érigée en modèle de réussite, elle qui est valorisée deux milliards de dollars un plus de six ans après sa naissance à Télécom Paris Tech.
« Dans un récent rapport, l’inspection des finances et le conseil général de l’économie pointaient que 100 sites industriels pourraient être créés chaque année si nos start-up industrielles construisaient leurs usines en France, fait valoir auprès de L’Usine Nouvelle Agnès Pannier-Runacher. Cela représente 20 sites supplémentaires par rapport à ceux construits cette année. C’est ce potentiel que nous voulons aller chercher. »
Le nouveau plan de soutien, financé dans le cadre de France 2030, veut répondre à un double objectif : faire émerger plus de start-up industrielles et s’assurer, surtout, qu’elles s’industrialisent bien en France. « Trop souvent, soit elles revendent leur R&D, soit elles sous-traitent leur production, généralement loin des frontières européennes », explique-t-on à Bercy, toujours en citant un rapport reçu en septembre, dont les conclusions ont inspiré la stratégie dévoilée le 19 janvier.
Subventionner la création d'une première usine
Dotée de 2,3 milliards d’euros, cette stratégie repose sur deux grands volets : la mise en place de plusieurs mécanismes de financement et la création d’un accompagnement sur-mesure, piloté par la French Tech. « Les start-up industrielles et PME innovantes ont un rôle majeur à jouer dans la reconquête industrielle de notre pays, argue Agnès Pannier-Runacher. Alors qu’un tiers d’entre elles sont positionnées sur des ruptures technologiques fortement créatrices d’emplois, nous devons lever les freins au développement, au financement et à l’industrialisation de leurs projets sur notre territoire. »
Côté financement, quatre leviers vont être actionnés. Le premier, doté de 550 millions d’euros sur quatre ans, veut directement soutenir la création de premières usines. Un appel à projets est ainsi ouvert, ce 19 janvier et jusqu’en 2026, pour financer sous forme de subventions et avances remboursables la création de premiers démonstrateurs industriels, lignes de production et usines. Le second levier s’attaque à l’actuelle insuffisance du financement bancaire, alors que les start-up industrielles sont plus consommatrices en capitaux que celles du numérique. La banque publique d’investissement (Bpifrance) se voit donc confier une enveloppe de 150 millions d’euros pour octroyer des prêts garantis sur 10 à 15 ans, allant de 3 à 15 millions d’euros.
Financer la création de fonds venture industriel
Troisième rouage : le fonds SPI (Société de projets industriels) de Bpifrance, lancé en 2015 pour 7 ans et qui arrivait à échéance, est renouvelé, avec une dotation portée à un milliard d’euros (contre 700 millions pour le premier volet). Il doit permettre de financer en fonds propres des projets industriels, avec des tickets allant de 5 à 200 millions d’euros.
Enfin, un quatrième mécanisme vise lui à doper l’écosystème de financement auquel les pépites tricolores peuvent s'adresser. Bpifrance se voit confier une enveloppe de 350 millions d’euros pour soutenir la création de fonds de capital-risque dédié à l’industrie. Sans oublier en parallèle le renforcement des aides destinées aux deeptech, ces jeunes pousses portant des technologies de rupture, que sont aussi 40% des start-up industrielles. Une nouvelle enveloppe de 150 millions d’euros vient ainsi s’ajouter au plan deeptech porté depuis 2019 par Bpifrance.
Sur le volet accompagnement, Bercy veut tenter de reproduire les recettes gagnantes de la French Tech. C’est donc cette mission, sous tutelle ministérielle, qui va animer un guichet unique dédié à l’accompagnement des start-up industrielles. Celles-ci pourront y remplir des questionnaires et faire remonter leurs demandes, afin d’être mises en lien avec les bons interlocuteurs (préfectures, France industrie, Institut national de la propriété industrielle, ...), pour être aidées sur les aspects administratifs, fonciers, de recrutement ...
100 nouveaux sites industriels par an visés
« Les start-up industrielles sont devenues une tendance de fond au sein de la French Tech, argumente Cédric O. Elles contribuent à redynamiser les territoires en y apportant de l’innovation et de l’emploi. » Le secrétaire d’Etat rappelle ainsi qu’Exotec prévoit de recruter 500 ingénieurs en R&D d’ici 2025, tout comme Aledia près de Grenoble, et que Ynsect et Innovafeed ont mis en place des programmes de formation pour recréer des emplois industriels.
Avec toutes ces mesures, le gouvernement entend poursuivre ses actions en faveur de la réindustrialisation de la France et de sa souveraineté technologique, notamment en termes de santé, d’alimentation et d’électronique. « Cette stratégie incarne parfaitement l'esprit du plan France 2030 : nous faisons le pari des acteurs émergents et de l'excellence technologique pour relever les défis de notre temps et contribuer à notre réindustrialisation », insiste Cédric O.
Concrètement, le gouvernement affiche deux objectifs chiffrés pour l’horizon 2025 : arriver à 500 créations de start-up deeptech par an (contre 250 aujourd’hui) et voir 100 nouveaux sites industriels émergés sur le territoire chaque année (contre 84 aujourd’hui). Dont combien créés par des start-up ? « Avoir 20 à 30 projets par an de nouveaux venus seraient une cible réaliste », répond Bercy, qui reconnait que malgré les exemples emblématiques d’Exotec ou Innovafeed, les créations d’usines restent aujourd’hui l’apanage des grands groupes.



