Le plan de relance atteint ses objectifs économiques... sans transformation de l’appareil productif

Le comité d’évaluation du plan France Relance s’est penché sur le bilan de l'initiative lancée pour contrer la crise sanitaire en septembre 2020 et dotée de 100 milliards d'euros de budget sur deux ans. Son président Benoit Coeuré porte un regard plutôt positif sur l’action gouvernementale. Mais s’avère impuissant pour l'instant à évaluer l'impact transformatif du plan sur l’économie française.

 

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Les objectifs macro-économiques de court terme du plan de relance de 100 milliards ont été atteints, estime le Comité d’évaluation du plan de relance piloté par France Stratégie. Cette initiative, d’une taille comparable à celles mises en œuvre par nos principaux partenaires européens (à l’exception du plan de l’Italie, beaucoup plus élevé) a, comme en Allemagne, mis l’accent sur le soutien de l’offre plus que de la demande. «L’objectif d’un retour de l’activité économique à son niveau d’avant-crise avant l’été 2022 est en passe d’être tenu. Il le sera même sans doute dès le quatrième trimestre 2021», affirme Benoit Coeuré, l’ancien membre du directoire de la BCE.

Du côté de l’emploi, qui était le deuxième objectif macro du plan (une baisse du chômage dès 2021, par rapport à l’été 2020), là encore les résultats sont au rendez-vous. «Les chiffres d’emplois sont supérieurs aux prévisions, rapporte Benoit Coeuré tout en précisant,  qu’il est difficile de quantifier la contribution spécifique du plan de relance par rapport à d’autres facteurs conjoncturels ». Et globalement le taux d’investissement des entreprises a dépassé de deux points son niveau d’avant crise au deuxième trimestre 2021. Cet indicateur-ci n’était même pas évoqué dans les objectifs initiaux du Plan de relance. 

Efficacité du déploiement sur les PME

La manière dont le plan a été rapidement déployé sur le terrain est soulignée. Fin août, la moitié du plan de 100 milliards était engagé et un tiers était décaissé. Le comité estime que l’objectif d’engager 70 milliards avant la fin de l’année est parfaitement atteignable. Le comité a étudié dans le détail cinq dispositifs du plan de relance : la rénovation énergétique des logements privés avec Ma prim Rénov’, celle des bâtiments publics, le soutien à l’investissement et la modernisation de l’industrie, le guichet industrie du futur, le plan « 1 jeune, 1 solution ».

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En ce qui concerne l’enveloppe de 2,5 milliards de projets industriels, c’est-à-dire tous les appels à projets «relocalisation de secteurs stratégiques», modernisation de l’auto et l’aéro et projets à fort impact territorial, le comité a estimé qu’avec 61 % de l’enveloppe attribuée à des PME, ces fonds avaient eu un impact positif. Ils ont ciblé plus particulièrement des entreprises de l’auto et de l’aéronautique qui étaient les plus fragilisées. D’autre part, le guichet Industrie du futur, doté de 900 millions d’euros, permettant d’acquérir des machines ou technologies de production a lui aussi rencontré un grand succès. Les PME/TPE ont bénéficié de 96 % de l’enveloppe. La moyenne de subvention est de 114 000 € et le taux de recours a parfois dépassé 10 % des entreprises dans les départements les plus industriels.

Un impact «transformatif» pas assuré

Reste deux points d’interrogation pour le comité qui sont en grande partie liés au mode opératoire.  En privilégiant la rapidité de distribution des fonds sur le terrain, il n’est pas sûr que les projets élus aient été ceux dotés du plus fort impact transformatif, ni sur les enjeux de décarbonation, ni sur la résilience des chaînes industrielles. «On a ratissé large, et on ne sait pas mesurer l’impact global sur les chaînes de valeur», résume le président du comité. Autre écueil : les potentiels effets d’aubaine. «Les PME avaient des projets mais elles n’en avaient sans doute plus les moyens de les financer et ne se seraient pas lancés avec les incertitudes sur l’avenir. Du côté des grandes entreprises et des ETI  on a pu avoir l’impression d’un pipeline de projets qui sont passés d’un financement privé à un financement en partie public», affirme Benoit Coeuré.

Le ministère des finances confiant

Bercy s’en défend estimant que «si cela a pu être le cas sur les premiers appels d’offre d’octobre, les suivants ont permis de faire émerger de plus en plus de projets et d’entreprises dont on ne connaissait même pas le nom». Quant au guichet Industrie du futur, s’il n’a pas financé exclusivement des passages à l’industrie 4. 0, il aurait permis toujours selon une source à Bercy «de remettre à niveau de nombreuses entreprises pour aborder la phase suivante. Un tiers des entreprises industrielles ont pu rattraper leur retard pour se moderniser puisque 8 500 à 9 000 sur les 28 000 à 30 000 existantes se sont équipées grâce au guichet».

Pour le président du comité d’évaluation, ces résultats sont en phase avec un plan qui était à moitié sur un objectif de relance qui est atteint et à moitié sur un objectif de transformation dont l’avenir dira s’il a été engagé. C’est de toute façon plutôt « France 2030 » qui est clairement positionné sur cet objectif. Ainsi les 400 millions sur la robotique et la numérisation de l’industrie annoncée le 25 octobre par Emmanuel Macron devrait viser exclusivement à accompagner la transformation de sites vers la machine intelligente pour déployer « une vraie transformation numérique » selon les mots du président.

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