Dans l’agroalimentaire, "les entreprises ne se demandent plus ce qu’elles vont sortir comme nouveauté, mais dans quoi elles vont mettre leur produit", assure Fabrice Peltier, designer et consultant. Prises en étau entre des consommateurs moins tolérants à l’égard du plastique et des législations française et européenne plus contraignantes, les marques cherchent des alternatives. Nestlé a investi 1,8 milliard d’euros pour atteindre son objectif de 100 % de plastiques recyclables ou réutilisables d’ici à 2025 et inauguré son Institute of packaging sciences en septembre 2019.
Début septembre, le groupe suisse remplaçait l’emballage multicouche aluminisé de ses bouillons cubes Maggi par de la cellulose enduite, recyclable dans le flux des papiers-cartons. Son chocolat en poudre Nesquik all natural a également changé de tenue, pour un sachet composé à 97 % de cellulose. "Le papier est l’une des alternatives qui offre le plus d’opportunités", a reconnu Véronique Cremades-Mathis, la responsable monde de l’emballage durable chez Nestlé.

Omniprésent comme emballage secondaire et présentoir, le papier-carton restait plus rare au contact des aliments, à l’exception des produits secs (pâtes, riz, sucre...). Pour conquérir les rayons charcuterie, biscuits, fruits et légumes sous vide et la restauration rapide, cette fibre naturellement absorbante devait se doubler de polymères et/ou d’aluminium. Un casse-tête à recycler. Mais la cellulose, généralement issue de forêts écogérées et recyclée à près de 70 % en France, n’a pas dit son dernier mot.
En 2019, sous l’égide du cabinet de conseil (Re)Set, des entreprises ont proposé leurs solutions papier à Carrefour, Système U et à leurs fournisseurs pour les produits vendus sous marque de distributeur. "La cellulose pourra remplacer, à moyen terme, la plupart des plastiques dans l’emballage alimentaire", considère Franck Gana, le cofondateur de (Re)Set. Parmi les innovations, l’utilisation d’un graphène « low cost » provenant de déchets, ou celle du chitosan – issu de carapaces de crustacés et d’insectes ou de la paroi de champignons – pourrait apporter un effet barrière très performant à l’eau et à l’oxygène.

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Grâce à (Re)Set, la Laiterie de Saint-Denis-de-l’Hôtel (LSDH) et le transformateur britannique de papier Sirane ont développé des sachets en papier translucide, pour remplacer le plastique des salades Les Crudettes, qui devraient être commercialisés au printemps prochain. L’innovation "repose sur la combinaison d’un papier calibré – poids, épaisseur, longueur de fibre – et d’une enduction sans polymère", explique Véronique Richard, la responsable commerciale de Sirane. Ce papier recyclable sera thermoscellable à basse (75 °C) et haute (160 °C) température.
Du papier imperméable
Car la scellabilité était jusque-là un frein. Pour y remédier, Ima Ilapack, l’un des principaux fournisseurs d’équipements de conditionnement d’emballages souples, a adapté ses machines. "Si nos cadences industrielles demeurent 10 à 20 % inférieures à certains plastiques, elles ont doublé en un an, annonce Grégoire Duvot, le directeur général de l’entité française. Je fais partie de ceux qui pensent que le papier va se généraliser. Le consommateur ne fera pas marche arrière sur le plastique. On passe de productions anecdotiques à une industrialisation de masse dont les premiers produits seront en rayon en 2021. En 2024, ce sera une bonne partie du marché." Sur le premier semestre 2020, le fabricant d’ensacheuses a observé une hausse de 50 % de ses ventes d’équipements sur base papier (5 % en 2019).
À Grenoble, le Centre technique du papier (CTP) planche sur des technologies de rupture. Sortie de ses labos, la chromatogénie rend le papier hydrophobe par réaction chimique. Déjà adoptée par une entreprise de Corée du sud, elle sera prochainement industrialisée en Europe. "On dépose quelques gouttelettes d’une huile végétale réactive, comme de la cire", résume Philippe Martinez, le responsable du projet. La solution requiert une faible quantité d’alcool polyvinylique, un polymère hydrosoluble connu des papetiers et emballeurs pour faire barrière aux graisses et à l’oxygène, sans obérer la recyclabilité. "Nous en utilisons entre 0,2 et 0,4 gramme par mètre carré, contre 5 à 10 grammes lors d’une enduction plastique." Traité dans la masse, ce papier résistant à l’eau, à la vapeur, à la graisse et à l’oxygène pourrait remplacer la couche d’aluminium des briques de type Tetrapack. Le CTP teste aussi une machine pilote de lamination humide, qui "apporte à des cartons standard un traitement barrière aux graisses, à l’oxygène et à tous les contaminants volatils, arômes et odeurs", résume David Guérin, le manager de l’équipe surfaces et produits fonctionnels. "On produit un matériau stratifié avec deux tailles d’éléments fibreux, l’un pour les propriétés mécaniques et la rigidité, l’autre pour la barrière", explique l’ingénieur. Il fait référence aux microfibrilles de cellulose (MFC), auxquelles s’intéresse de près le cartonnier britannique DS Smith.
"La barrière fonctionnelle en plastique sera très tôt prohibée par le consommateur et par la réglementation", reconnaît Yann Blanc, le directeur commercial, du marketing et de l’innovation de DS Smith en France, qui espère "industrialiser dans les trois à cinq ans des solutions qui utilisent des microfibrilles, des nanofibrilles ou encore des terpènes [résines végétales, ndlr]". Si nombre de papetiers savent produire des MFC, le procédé reste onéreux. "Plus elles sont fines, plus elles sont performantes et plus elles sont coûteuses", confirme David Guérin. Des cartons alliant lamination humide et chromatogénie pourraient, demain, substituer des emballages en polystyrène, les plus courants et les moins recyclés de l’agroalimentaire.
La bouteille en papier devient réalité

L’année 2021 pourrait être celle de la « paper bottle ». Les géants de la boisson sont dans les starting-blocks. En novembre, The Absolut Company (Pernod Ricard) testera auprès de ses consommateurs 2 000 exemplaires d’un prototype qui contiendra ses produits Absolut Vodka et Absolut mixt RTD. Conçue en collaboration avec Paboco – qui travaille également avec The Coca-Cola Company, le brasseur Carlsberg et L’Oréal –, cette bouteille en papier étanche résiste aussi à la pression du gaz carbonique. À l’intérieur, une fine couche de polyéthylène téréphtalate recyclé (rPET) fera barrière à l’eau et à l’oxygène. Absolut est suivi de près par un autre acteur des spiritueux, Johnnie Walker. Au printemps 2021, la marque du groupe Diageo commercialisera une bouteille 100 % papier. L’innovation résulte cette fois des travaux menés avec Pulpex, partenaire entre autres d’Unilever et de PepsiCo. Ces derniers ont d’ailleurs annoncé qu’ils commercialiseront leur propre bouteille papier en 2021.



