C’est une seconde vie qui commence pour l’Hydroptère. Lancé en 1994 et détenteur de records de vitesse, ce navire avait été abandonné à Hawaï en 2015. Depuis quelques mois, le Français Gabriel Terrasse le restaure, avec l’aide du Technocentre d’Airbus (Loire-Atlantique). Objectif: en faire une véritable plateforme d’expériences scientifiques.
Les composites, fer de lance de l’Hydroptère
A sa naissance il y a plus de deux décennies, l’Hydroptère incorporait des matériaux innovants: les composites. Capable de résister à des pressions considérables, le navire est alors une révolution en termes de solidité. "L’Hydroptère a été fabriqué avec les matériaux et procédés implémentés sur la première poutre structurale en carbone des A340-500-600", rappelle Eric Rambaud, ancien directeur technique composite du Technocentre d'Airbus, qui travaille désormais sur le projet Hydroptère 2.0.
Roman Epitropakis Le bras de liaison de l'Hydroptère, une pièce directement issue de l'aéronautique. Crédit photo: Roman Epitropakis

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Aujourd’hui, les composites constituent près de la moitié de certains avions d’Airbus. Mais ils pourraient aussi trouver leur place dans le domaine maritime. Ces matériaux intéressent les équipes du Centre national d'études spatiales (CNES) qui cherchent à protéger… Les baleines! Le bruit induit par la cavitation des hélices perturbe fortement les cétacés, et donc leur capacité à communiquer et chasser. L’Organisation maritime internationale se penche sérieusement sur les problèmes de pollution sonore. La réglementation sur les émissions de bruit pourrait se durcir afin de mieux protéger les baleines. Dans ce contexte, les composites pourraient permettre de développer de nouvelles hélices pour les bateaux de transport, plus efficientes et plus silencieuses.
"Un gros fabricant de produits carbone (intrant des composites, ndlr) pour l’aéronautique a montré son intérêt à l’idée de développer avec nous ces nouveaux produits", confirme Gabriel Terrasse, sans révéler le nom de l’entreprise. L’Hydroptère constituerait un banc de test pour le vieillissement accéléré des composites sous forte contrainte d’efforts et en milieu salin, très corrosif.
Unsplash Mike Doherty La baleine à bosse est particulièrement concernée par la pollution sonore induite par le trafic maritime. Crédit: Unsplash, Mike Doherty
Une plateforme d’études et de démonstration
Gabriel Terrasse et Eric Rambaud souhaitent également faire de l’Hydroptère une véritable plateforme d’expérimentation scientifique pour la mer, au même titre que l’ISS pour l’espace, ou Polar Pod dans l’Antarctique. Le navire permettrait d’approfondir les recherches sur l’hydrodynamique, qui atteint des limites sur les grandes vitesses. Celles-ci pourraient être dépassées grâce à une meilleure compréhension des phénomènes physiques à bord de l'Hydroptère, un des bateaux les plus rapides du monde. Le développement de nouveaux foils pourrait par exemple diminuer le phénomène de cavitation qui génère une perte de portance des foils et une altération des matériaux.
L’Hydroptère intéresse également le CNES pour mettre en application les connaissances issues des données satellites. L’exploitation des mesures prises depuis l’espace devrait un routage optimisé des navires et ce faisant, une réduction de la consommation de carburant. "L'Hydroptère pourrait servir de démonstrateur pour les entreprises développant les applications basées sur ces données satellites, afin d'améliorer le routage des navires", précise Gabriel Terrasse.
Largage des amarres pour 2022
Les autres axes de travail sont nombreux: jumeaux numériques du bateau et son environnement, détection et évitement des objets flottants non-identifiés, développement de l’effet de sol pour faire voler le bateau comme un Ekranoplan… Le projet Hydroptère compte aujourd’hui sept personnes et autant de conseillers techniques issus de Dassault et Airbus. Encore démonté, l’Hydroptère doit prendre la mer d’ici 2022 avant de commencer, selon le calendrier prévisionnel, l’exploitation de sa plateforme en R&D.
Roman Epitropakis Gabriel Terrasse et Eric Rambaud aux côtés d'un des foils de l'Hydroptère. Crédit: Roman Epitropakis



