Le conglomérat Thyssenkrupp amorce sa mutation vers un modèle de holding

Confronté à la concurrence mondiale et à l’érosion de ses marges, le conglomérat allemand Thyssenkrupp a précisé les grandes lignes de sa restructuration, visant à transformer ses divisions en filiales indépendantes pour leur donner plus d’autonomie et de capacités d’investissement. Mais les représentants syndicaux et politiques s’inquiètent d’un éventuel démantèlement et refusent les licenciements secs.

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Siège social Thyssenkrupp
Le siège social de Thyssenkrupp à Essen (Allemagne).

Mettant un terme à son modèle historique de conglomérat intégré, le géant multisectoriel allemand Thyssenkrupp accélère sa transformation en une holding stratégique, composée d’unités opérationnelles autonomes. L’entreprise, née en 1999 de la fusion entre le sidérurgiste Krupp, fondé en 1812, et le spécialiste des rails Thyssen, créé en 1867, a en effet dévoilé lundi 26 mai les grandes lignes de sa réorganisation. «L’objectif central est de rendre progressivement toutes les branches d’activité autonomes et de les ouvrir à des participations extérieures», indique la direction.

La démarche a déjà été amorcée, fin février 2025, avec l’annonce de la cession d’une participation minoritaire dans la division navale Thyssenkrupp Marine Systems (TKMS). La prochaine étape consistera à introduire en Bourse cette filiale spécialisée dans les sous-marins, d'ici à la fin de l'année 2025, après l'approbation des actionnaires lors d'une assemblée générale extraordinaire prévue le 8 août 2025.

Une coentreprise entre Thyssenkrupp Steel Europe et EPG

Autre opération sur les rails : le projet de création d’une coentreprise à parts égales entre Thyssenkrupp Steel Europe et la holding EPG du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky. Cette division sidérurgique emploie environ 16000 personnes, sur les 96000 employés de Thyssenkrupp au total, et a généré un chiffre d’affaires annuel de 12,1 milliards d’euros. Mais, pour le groupe, il s’agit de partager les investissements entre les deux partenaires, tout en se désengageant partiellement de ce secteur à très forte concurrence mondiale et à faibles marges.

La restructuration se poursuivra ensuite avec d’autres entités. Le segment encore jeune des «Decarbon Technologies», qui regroupe les technologies de réduction du CO2 de Thyssenkrupp, devrait également devenir autonome à terme, «une fois que les marchés des technologies vertes auront pris suffisamment d’élan». De même que les segments Services matériaux et la division Automobile – lourdement impactée par la surcapacité en Allemagne et contrainte à annoncer 1800 suppressions de postes en mars 2025 – qui doivent également être cotés en Bourse.

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De vives inquiétudes dans les milieux syndicaux et politiques allemands

À l'exception du joint-venture avec EPG, Thyssenkrupp prévoit de conserver des participations majoritaires dans les autres activités. «L’autonomie future de nos segments renforcera leur agilité, leur capacité d’investissement et leur responsabilité en matière de résultats», a déclaré Miguel López, président du directoire depuis deux ans. Avec cette réorganisation, il s’inscrit donc dans une tendance suivie par d’autres grands conglomérats comme Siemens ou General Electric : celle de la décentralisation opérationnelle, qui permet à chaque entité de mieux s’adapter à son marché, de lever ses propres capitaux et d’attirer des partenaires stratégiques ciblés.

Si l’annonce a d’ailleurs été bien accueillie en Bourse, elle suscite toutefois de vives inquiétudes dans les milieux syndicaux et politiques. La ministre de l’Économie du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie Mona Neubaur (Verts) a mis en garde contre les conséquences d’un éventuel démantèlement du groupe. Rappelant que la région avait engagé 700 millions d’euros de subventions publiques pour soutenir la transition vers une production d’acier bas-carbone. «Un plan solide et un dialogue avec les salariés sont indispensables pour que cette transformation ne se fasse pas à leur détriment», a-t-elle averti.

Une prudence partagée par le syndicat IG Metall qui estime que les représentants du personnel n’ont pas été suffisamment concertés et qui attend un projet «concret». «Nous exigeons des engagements clairs en matière d’emploi et de maintien des sites. Les licenciements économiques doivent être exclus», a martelé Jürgen Kerner, numéro deux d’IG Metall et vice-président du conseil de surveillance du groupe. De son côté, Miguel López a promis de fournir plus de précisions sur la feuille de route stratégique au conseil de surveillance, d’ici à la clôture de l’exercice 2024/2025, prévue fin septembre 2025.

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