Une étape importante pour la recherche dans la fusion nucléaire. Mi-février, le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) a maintenu un plasma à une température stationnaire de 50 millions de degrés Celsius pendant 1 337 secondes (plus de 22 minutes) au sein de son tokamak West, opéré sur son site de Cadarache (Bouches-du-Rhône). De quoi battre de 25 % le record établi fin janvier par le tokamak chinois East, situé à Hefei, dans la province de l’Anhui.
Un symbole plus qu’une victoire. Car dans les deux cas, le défi de dépasser les 1 000 secondes a été relevé. «C’est une durée qui nous permet de simuler un temps d’exposition proche de celui d’une machine qui fonctionnerait 24 heures sur 24», explique Jérôme Bucalossi, du CEA. L’expérience démontre que le plasma et ses dégagements de chaleur sont maîtrisés dans des conditions de fusion proches de celle d’Iter, le titanesque réacteur thermonucléaire expérimental en construction à Cadarache.
De quoi confirmer différents choix, tels que l’utilisation du tungstène comme matériau pour la paroi de confinement du plasma, les systèmes de pompage de chaleur, les algorithmes de contrôle... Et ainsi paver la voie à Iter. Car les tokamaks East et West testent à plus petite échelle les conditions de fusion nucléaire au sein du projet international, qui doit servir à démontrer qu’elle peut produire plus d’énergie qu’elle n’en consomme.
Pour rappel, la fusion nucléaire vise à reproduire les réactions l’œuvre au cœur des étoiles, en imposant à des atomes légers des conditions de pression et de température telles qu’elles contraignent leurs noyaux à fusionner en un élément plus lourd, dégageant ainsi d’énormes quantités d’énergie. Avec l’espoir de pouvoir ainsi produire une énergie abondante, décarbonée et peu génératrice de déchets.
Le seuil des 1 000 secondes ayant été franchi, la durée de référence que cherchera aussi à atteindre Iter, les équipes de West vont désormais s’attaquer à la puissance du plasma, qui était de 2 mégawatts (MW) lors du record de février. L’enjeu : augmenter progressivement la puissance injectée pour atteindre les 10 MW, un niveau proche de ceux qui seront à l’œuvre dans une centrale de fusion.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3741 - Avril 2025



