Estelle, Hinda, Christel, Catherine. Ne cherchez pas d’autres prénoms féminins que ces quatre-là dans les directions générales des quarante plus grandes entreprises cotées de France. Hormis Veolia, Bureau Veritas, Orange et Engie, les 36 autres sont fermement tenues par des hommes.
Trois ans après l’adoption de la loi Rixain – qui impose aux sociétés de plus de 1000 salariés un comité exécutif composé de 30% de femmes en 2026, de 40% en 2029 – les entreprises ne sont pourtant pas restées les bras croisés. Selon l’étude de Michel Ferrary, professeur affilié à Skema Business School, la part des femmes dans les instances dirigeantes des sociétés du CAC 40 (identifiées à partir des rapports annuels 2024) est désormais de 27,9%.
La loi a mis une certaine pression, puisque entre 2021, date de son vote, et 2024, la part des femmes a gagné 9 points, contre seulement 5 sur la période précédente de 2017-2021. Si l’on compte encore peu de directrices générales, le paysage des Comex se féminise.
Dans le détail, l’affaire se corse. Car les entreprises s’adonnent à une pratique qualifiée par Michel Ferrary d’«ajout de chaises autour de la table». «Dans les conseils d’administration, on a réellement remplacé des hommes par des femmes ; dans les Comex, souvent, on ajoute des femmes», éclaire-t-il. Ainsi le nombre cumulé de membres des comités exécutifs du CAC 40 a augmenté de 15 personnes entre 2023 et 2024, par l’ajout de 16 femmes... et le départ d’un seul homme !

- 1784.36+3.25
2024
Smic brut mensuel - moyenne annuelleen €/mois
- 145.1+0.21
Décembre 2025
Indice mensuel du coût horaire du travail révisé - Salaires et charges - Tous salariés - Industrie manufacturière (NAF rév. 2 section C)base 100 en décembre 2008
- 0.86893-0.42
8 Avril 2026
Livre sterling (GBP) - quotidien£ GBP/€
Michelin et Airbus bons élèves
Par ailleurs, la moyenne est l’arbre qui cache la forêt. EssilorLuxottica ne compte aucune femme dans son instance dirigeante, STMicroelectronics, Bouygues et ArcelorMittal une seule, quand Schneider Electric en aligne sept et Capgemini dix. Des chiffres parfois liés au nombre de membres de la direction : trois chez EssilorLuxottica, 35 chez Capgemini. Plus un cercle de dirigeants est étoffé, plus il semble facile d’y intégrer des femmes. Capgemini avec sa grande instance atteint ainsi un taux de féminisation de 28%, quand STMicroelectronics, avec 8 membres, stagne à 12%. Lorsque la parité des Comex n’est pas au rendez-vous, les entreprises invoquent souvent un déficit de femmes cadres et ingénieurs.
La réalité montre que le plafond de verre n’est pas qu’une affaire de vivier. Ainsi Danone qui compte 53% de femmes cadres n’en admet que 20% à son Comex, quand Safran avec 26,2% de femmes cadres a réussi à en inviter 26,3 % à sa direction. «Cela illustre les orientations du directeur général. Chez Danone, la diversité était meilleure sous l’ère Emmanuel Faber qu’avec son actuel DG, Antoine de Saint-Affrique», commente Michel Ferrary.
D’autres entreprises font des efforts : Airbus compte 25% de femmes à son Comex, mais pas plus de 18% parmi ses cadres. «Mais Michelin est beaucoup plus efficace qu’Airbus dans son recrutement, car dans un secteur assez masculin, la société compte 30% de femmes parmi ses cadres», affirme le professeur. Et 40% à son Comex. #



