« Nous pratiquons le nowcasting, par opposition au forecasting », expose Thanh-Long Huynh, le patron de la start-up QuantCube : la vision immédiate plutôt que de la prévision. Anticiper de quelques mois une situation économique, identifier la dynamique de développement d’une région avant ses concurrents ou comprendre l’activité de l’un d’eux à partir des images de ses sites de production, c’est l’expertise de QuantCube dans laquelle a investi l’agence de notation Moody’s. En mixant des compétences en intelligence artificielle et des données en temps réel, ce qui est caché ou incertain se découvre.
Parmi les données utilisées par QuantCube, il y a les textuelles du net (articles, réseaux sociaux), l’activité des plateformes de réservation, les systèmes de détection de trafic aérien ou maritime ou les images satellitaires. Le corpus s’étend au fil du développement de la start-up parisienne créée en 2013, qui compte désormais une soixantaine de salariés. Ces capacités ont très vite intéressé les traders, banques et sociétés de gestion toujours en quête d’anticipation, de données fines et fiables dans des pays où l’appareil statistique est parfois défaillant. « Nous avons par exemple des demandes sur l’Inde pour savoir d’où vient la croissance économique et où se positionner », confie le jeune patron issu de l’École nationale de la statistique et de l’administration économique (Ensae).
En décryptant des images fournies par le programme Sentinel-2 de l’Agence spatiale européenne (ESA), la société détecte l’évolution des superficies urbanisées, ce qui donne un indicateur de croissance urbaine. L’entreprise analyse aussi le commerce international et les supply chain en suivant la position de plus de 80 000 navires en temps réel ou l’évolution de la production industrielle dans une centaine de zones dans le monde. Pour cela, elle s’appuie sur Sentinel-5P qui détecte les compositions atmosphériques. Une analyse hyperspectrale évalue la concentration de dioxyde de soufre et d’azote, marqueurs d’une activité de production.
Un partenariat avec Eramet
Au-delà des financiers, certains industriels ont bien compris l’intérêt des compétences de QuantCube. Eramet collabore ainsi avec la start-up pour des indicateurs ou des études ad hoc. « Nous pouvons identifier 95% des flux de matières premières sur nos marchés, sans attendre les statistiques d’import-export, ce qui nous donne trois mois d’avance », illustre Antoine Delavenne, de la direction de la stratégie du groupe minier français.
Au-delà des images gratuites de l’ESA, Eramet achète aussi des images de très haute qualité à Airbus pour en savoir plus sur certains sites. En combinant l’expertise de ses miniers et les algorithmes d’analyse d’images de QuantCube, il devient possible de reconstituer la production d’un concurrent (mesure du volume des pyramides de minerais, évolution de la profondeur de la fosse) et même d’évaluer son coût d’exploitation à partir des équipements présents sur le chantier comme les pelles ou les excavateurs.
Antoine Delavenne a convaincu Eramet de s’intéresser à ces nouvelles méthodes d’intelligence économique. Ancien de chez Total, il en avait validé l’intérêt. « Les pétroliers y ont recours depuis quelques années déjà, c’est plus rare ailleurs. » Pour convaincre le management, mieux vaut entreprendre avec modestie et dans une logique partenariale. « Avec QuantCube, nous avons commencé par un modèle de prévision de prix sur une matière, qui intégrait plusieurs types de données dont des images satellitaires, qui a donné de bons résultats », témoigne Antoine Delavenne. À qui le tour ?
L'Usine Nouvelle À Wuhan, en Chine, les satellites visualisent le taux de concentration du dioxyde d’azote (NO2) dans l’atmosphère pour illustrer la chute de l’activité liée au Covid et au confinement en mars 2020, puis sa reprise à partir d’avril.



