Qu’on se rassure. Si le numéro 45-8 mérite sa place dans l’actualité, il ne désigne pas un énième point de détail juridique de la Constitution, mais des coordonnées géographiques. Plus exactement la latitude et la longitude de l’Europe de l’ouest, soit la zone choisie par la start-up 45-8 Energy, née à Metz (Moselle) en 2017, pour tenter d'extraire de l’hélium et de l’hydrogène naturel.
Un positionnement qui pourrait bien porter ses fruits, alors que l’entreprise de 27 personnes a annoncé mardi 4 avril la clôture d’un tour de table de 20 millions d’euros. Elle s’est notamment financée auprès de Heling, une filiale du family office de la famille Bouygues dédiée aux métiers du sous-sol, qui devient le premier actionnaire de la start-up. Elle obtient ainsi les moyens de mettre en œuvre son premier pilote de production sur le site de Fonts-Bouillants, dans la Nièvre, avec l’ambition de produire de l’hélium, un gaz non renouvelable qui a récemment été reconnu comme stratégique par la Commission européenne, dès mai 2024.
Construire l’industrie de l’hélium et de l’hydrogène natif
Dans le détail, 45-8 Energy veut extraire de l’hélium et de l’hydrogène des poches naturelles où ces gaz, d’intérêt industriel pour le premier et énergétique pour le second, sont produits et s’accumulent ou s'échappent le long de failles. Ils se comportent de manière similaire au pétrole, ruisselant au sein de roches poreuses, mais se trouvent «à des profondeur moindres, ce qui fait que les forages sont similaires à ceux utilisés pour l’eau et ont peu d’impact», garantit le fondateur de la start-up Nicolas Pelissier.
L’ingénieur géologue, qui a longtemps travaillé dans les géosciences pétrolières, sait qu’il fait un pari. Celui de développer, puis d'imposer, de nouvelles méthodes d'extraction. Aujourd'hui, la vaste majorité de l’hydrogène provient du vaporeformage du méthane, au prix d’importantes émissions de CO2. De même, l’hélium provient aujourd’hui de certains gisements de gaz naturel, où il n’est présent qu’en toutes petites quantités et ne peut être récolté économiquement qu’en tant que coproduit des usines de liquéfaction de gaz existantes, qui servent à transporter le méthane par bateau.

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Autrement dit : les deux gaz sont aujourd’hui liés à la production d’énergies fossiles, là où 45-8 a pour ambition de «les produire de manière éco-responsable pour les valoriser en circuit-court», résume le dirigeant. L’hélium, pourtant cher et stratégique pour plusieurs secteurs industriels dont la microélectronique ou la recherche de pointe, est par ailleurs sujet à des pénuries à répétition et «importé à 100% en Europe, qui est pourtant un grand marché mondial».
Répondre à 30% des besoins d’hélium français
«Nous explorons des gisements où l'on trouve de l'hélium aux-côtés d’hydrogène natif, de CO2 et de diazote, et où les teneurs peuvent dépasser le pourcent», détaille l'ingénieur géologue, en chiffrant qu’aujourd’hui l’hélium est parfois extrait à des teneurs plus de 20 fois moindres. 45-8 Energy prévoit aussi d’économiser sur les coûts d’investissement, grâce à des forages moins profonds et moins invasifs, ainsi que sur le transport de l’hélium, qui peut représenter les deux-tiers du prix de la molécule.
Pour l’instant, 45-8 Energy explore deux zones en France : Fonts-Bouillants dans la Nièvre, qui fait 251 kilomètres carrés, et Avant-Monts Franc-Comtois dans le Doubs, sur une superficie de 306 km2. La première unité de production, à l’échelle pilote, doit être construite cet été pour entrer en production début 2024, sans que ne soient dévoilés d'objectifs de production. Le pilote vise une source qui ne contient pas d'hydrogène et mettra notamment à profit une nouvelle technologie de séparation des gaz permettant d’obtenir de l’hélium pur, ce qui serait une première en Europe assure Nicolas Pelissier sans s’étendre sur les détails techniques en l’attente d’un brevet. Selon l’entrepreneur, les deux gisements qu’il développe en France, dont le premier arriverait à l’échelle industrielle en 2026, pourraient permettre de répondre à environ 30% des besoins de l’Hexagone en hélium d’ici 2030. 45-8 Energy affiche aussi une licence d’exploration en Allemagne, et a fait deux autres demandes, l'une au Kosovo et l'autre dans un site tenu secret, «avec un grand industriel».
Et l’hydrogène natif dans tout ça ? Le potentiel de cette source d’énergie, qui utilise les réactions naturelles qui fabriquent de l’hydrogène en continu à certains endroits de la planète reste discuté par les scientifiques. De l’hydrogène est présent en faibles quantités dans le gisement du Doubs, mais «l’hélium est plus mature : c’est le cash-flow d’aujourd’hui quand l’hydrogène fera la croissance d’après demain», juge Nicolas Pelissier, en pointant que l’hydrogène naturel gagne en légitimité et qu’une multitudes d’entreprises tentent d’investir le filon.



