C’est par le président Emmanuel Macron en personne que le sauvetage de l’usine Recipharm de Monts (Indre-et-Loire) avait été annoncé en mai dernier, lors du sommet Choose France. Menacée de fermeture en 2024 - alors même que l’Etat avait soutenu à hauteur de 15 millions d’euros le groupe suédois dans la fabrication de vaccins anti-Covid19 -, cette reprise par le groupe marocain Laprophan avait été un soulagement pour les 222 salariés de l’usine. D'autant plus que le précédent projet de reprise, porté par le français Astrea Pharma, avait capoté au dernier moment.
Le candidat à la reprise est crédible. Le groupe marocain (860 salariés, 120 millions d’euros de chiffre d’affaires) fabrique en sous-traitance ou en marque propre plus de 400 spécialités, notamment des anesthésiques, des antalgiques et des antibiotiques. Seule une clause suspensive manquait pour qu'il appose sa signature sur l'accord final de vente. Un dénouement prévu au plus tard le 1er août.
Quelle est cette clause ? Selon Michaël Montajol, secrétaire du CSE et représentant FO, «Laprophan souhaitait négocier avec le principal client de l'usine (Aspen, qui représenté 80% de la production, NDR) des volumes suffisants et un prix revu à la hausse qui assure une pérennité à troisans».
Baisse de commandes du client ou stratégie du groupe suédois?
Or ce client aurait annoncé une baisse des commandes de 50% sur l’année 2025, bien loin des volumes espérés par le repreneur. Un postulant jugé trop gourmand par la direction actuelle de Recipharm, qui a annoncé le lundi 24 juin en CSE l’arrêt des négociations.
Les représentants des salariés ont une tout autre lecture des événements. «Cette négociation n’aboutit pas car la direction de Recipharm l'a décidé», avance à L’Usine Nouvelle Serge Aumont, délégué syndical FO de l'usine pharmaceutique. Pour le syndicaliste, les négociations ont été refermées trop rapidement, sans volonté réelle de dialogue avec le groupe marocain. «La direction a coupé court à ces négociations. Or on s’est battus pour maintenir les activités et les 222 emplois, d’autant que les besoins en médicaments sont toujours réels. On a l’impression que le but de la direction, dès le départ, était de fermer le site, quel que soit le repreneur et quels que soient les soutiens des politiques». «Nous avons besoin de produire en France et il faut reprendre les discussions, dont nous sommes tenus à l’écart», regrette le délégué syndical.
La nouvelle a causé beaucoup d’émoi sur le site de Monts où les salariés sont «hautement qualifiés et retrouveront difficilement un emploi équivalent sur le territoire», rappelle Serge Aumont.
Les représentants vent debout et la Région réclame une médiation nationale
Vent debout contre cette décision, les représentants du personnel réclament la démission du directeur du site de Monts et se préparent à une nouvelle mobilisation pour tenter de remettre la négociation sur de bons rails. Le président de région Centre-Val de Loire François Bonneau «en appelle à Bercy pour la mise en place d’une médiation permettant la reprise des négociations» a-t-il indiqué par communiqué. Pour la collectivité, il est «impératif et urgent de lever les obstacles survenus lors des négociations et rassurer les salariés sur leur devenir et le maintien de leurs emplois».
La direction de l'usine a précisé par mail à nos confrères de France Bleu qu'elle ne ferait "aucun commentaire" sur la situation en cours. La direction a indiqué aux salariés qu'elle reviendrait vers eux «dans un délai de trois semaines».



