Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire y voit la mère des batailles : réindustrialiser la France et reconstituer le tissu d’usines qui s’était étiolé ces dernières décennies. Le gouvernement n’a pas ménagé ses efforts en ce sens. Avec le projet de loi industrie verte, examiné à partir du 17 juillet à l’Assemblée nationale, les délais d’implantations de nouvelles usines vont être raccourcis. Des milliards d’euros affluent en faveur de l’industrie : subventions massives pour les gigafactories de batteries et de semi-conducteurs, aides à la relocalisation du plan France Relance, plan d’investissement France 2030, baisse des impôts de production, même si celle-ci pourrait in fine s'avérer moins rapide que prévue…
Selon le bilan exclusif réalisé par l’Usine Nouvelle, ces différentes mesures semblent porter leurs fruits. Au premier semestre 2023, le pays a compté davantage de nouvelles capacités de production opérationnelle que de fermetures ou de menaces de fermetures sur des sites existants. Avec un bémol toutefois : l’écart entre les deux se restreint. Sur les six premiers mois de l’année, le solde net entre nouvelles usines et fermetures de sites est de 7. Contre 18 en 2022 et 30 en 2021.
27 nouvelles usines ouvertes
Pour établir ce bilan, nous avons épluché l’ensemble des articles publiés sur notre site internet par nos journalistes à Paris et nos correspondants en région depuis le début de l’année. Même s’il ne prétend pas à l’exhaustivité – et laisse de côté notamment les plus petits sites, impliquant des investissements inférieurs à un million d’euros – ce décompte se base sur une masse d’informations significative. Nous avons retenu les nouvelles usines inaugurées depuis janvier, mais aussi les centres de recherches ou plateformes logistiques servant des groupes industriels. Les projets d’investissement annoncés mais qui mettront pour certains plusieurs années à sortir de terre, comme par exemple l’arrivée de ProLogium, n’en font pas partie. A l’inverse, nous comptabilisons les fermetures annoncées de sites ainsi que les redressements et liquidations judiciaires, tant que ceux-ci n’aboutissent pas à une reprise des sites.
Dans le détail, 31 nouvelles usines ont démarré leur production sur le territoire ces six derniers mois. Un chiffre dans la tendance des 40 répertoriées sur toute l’année 2022, voire supérieur, même si les mois de juillet et août sont souvent plus faibles en inaugurations. A ces ouvertures de sites, il faut par ailleurs ajouter 21 extensions de sites, qui dopent parfois de façon importante la capacité de production d’implantations déjà bien ancrées dans les territoires.

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Trim 4 2025
Salaire ouvriers - Ensemble DE à RU% sur dernier mois du trimestre précédent
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10 Avril 2026
Livre sterling (GBP) - quotidien£ GBP/€
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Décembre 2025
Indice mensuel du coût horaire du travail révisé - Salaires et charges - Tous salariés - Industrie manufacturière (NAF rév. 2 section C)base 100 en décembre 2008
De ces nouvelles capacités de production, la plus emblématique est sans conteste ACC. La première gigafactory française, co-entreprise de Stellantis, Mercedes-Benz et TotalEnergies, compte pour l’instant 350 salariés à Douvrin (Pas-de-Calais), mais les effectifs devraient dépasser 1 200 employés d’ici 2025. Elle symbolise surtout la transformation indéniable du tissu industriel, observée sur ce premier semestre : l’accélération des investissements dans les technologies vertes constitue le principal moteur des nouvelles usines ouvertes depuis le début de l’année. Verkor en est lui aussi un exemple. La start-up, qui ambitionne d’ouvrir sa propre gigafactory de batteries en 2025, vient d’inaugurer à Grenoble son site de R&D où doit être installée sa première ligne pilote.
Technologies vertes, luxe et santé
Autre exemple sur des secteurs eux aussi émergents : à Béziers, dans l’Hérault, Genvia a lancé sa ligne pilote d’électrolyseurs, qui doivent servir à la production d’hydrogène. Il faut aussi ajouter la nouvelle cimenterie d’Hoffman green cement en Vendée et sa technologie innovante pour décarboner la production de ciment, qui a mobilisé 22 millions d’euros d’investissement. Mais également l’usine de fabrication de pompes à chaleur du groupe Intuis dans la Somme, inaugurée en juin, et l’extension de celle du groupe Atlantic implantée à Billy-Berclau (Pas de Calais), avec 300 emplois à la clé d’ici 2025.
A côté de cette lourde tendance de la décarbonation, des secteurs traditionnels tirent les ouvertures d’usines. C’est le cas du luxe : en six mois, Hermès a ouvert deux usines, dans les Ardennes et dans l’Eure, avec près de 600 emplois au total. Dans la santé, Carbogen Amcis s’est doté d’une nouvelle usine dans le Puy-de-Dôme. Idem pour le fabricant de biomédicaments Yposkesi à Evry-Courcouronnes (Essonne).
Cette tendance peut-elle encore se maintenir ? La hausse des taux d’intérêt complique le financement des nouvelles usines par les industriels, déjà habitués à jongler avec les difficultés à trouver le foncier disponible et les compétences. « Ce n’est pas l’hémorragie. Mais par rapport aux deux dernières années, on observe un ralentissement des projets de nouvelles implantations dans l’industrie », reconnaît Guillaume Gady, le directeur général d’Ancoris, un cabinet spécialisé dans l’implantation des entreprises sur le territoire. Au premier semestre, le cabinet a détecté 124 demandes de groupes industriels, contre 151 au première semestre 2022 et 198 au premier semestre 2021. « Potentiellement, cela devrait conduire à moins d’ouvertures d’usines d’ici 18 mois, le temps moyen pour implanter et construire une usine », conclut l’expert, qui pointe toutefois une stabilisation du nombre de gros projets industriels, impliquant plus de 150 emplois.
Des sites menacés plus nombreux
Dans le même temps, les sites industriels sous la menace de fermeture sont un peu plus nombreux. Sur les six premiers mois de l’année, l’Usine Nouvelle a répertorié 24 sites placés sous procédures judiciaires ou dont l’arrêt a été annoncé. Un chiffre identique à celui répertorié pour l’ensemble de l’année 2022. Le plasturgiste Knauf va arrêter quatre de ses sites, dans le Loiret, la Seine-Maritime, le Bas-Rhin et la Charente-Maritime. Latécoère, qui vient de procéder à une nouvelle recapitalisation, va arrêter son usine de Montredon (Haute-Garonne), dont l’activité va être transférée au Mexique et en République tchèque. Spécialisées dans les pièces pour le ferroviaire, les aciéries de Ploërmel (Morbihan) sont placées en redressement judiciaires depuis fin avril. Ce décompte ne comprend pas les sites pour lesquels une solution a été trouvée in extremis, comme Navya, repris à la barre du tribunal par Gaussin au printemps.
De fait, l’horizon s’obscurcit pour les industriels. Là aussi, la tendance n’est pas surprenante. Depuis le début de l’année, l’Urssaf a repris peu à peu ses assignations sur la dette sociale. Au global, les défaillances au deuxième trimestre ont retrouvé leur niveau de 2016. Et le nombre de défauts augmente en particulier pour les PME-ETI, au plus haut niveau depuis 2013, au plus fort de la crise des dettes souveraines. « Dans l’industrie manufacturière, 14 % des défaillances concernent habituellement des entreprises de plus de 50 salariés. Là, nous sommes plus à 20 % », remarque Thierry Million, le directeur des études d’Altares, avec une centaine de grosses entreprises industrielles en défaut au deuxième trimestre.



