La politique climat des entreprises s’impose dans la stratégie d’achat d’obligations de la BCE

La Banque centrale européenne qui est un acteur important du marché obligataire a décidé de verdir son bilan. Résultat, les engagements climatiques des entreprises seront désormais scrutés à la loupe dans le cadre de ses réinvestissement d'obligations corporate. Explication de méthode. 

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Christine Lagarde, nouvelle présidente BCE
La directrice de la BCE, Christine Lagarde, intègre pleinement le climat dans les risques financiers.

Veolia, EDF, Air Liquide, Total, Danone, Sanofi, Schneider Electric, Orange, Thales, Renault… Ces entreprises françaises ont émis des obligations détenues par la Banque centrale européenne. C’est le cas aussi de nombreux acteurs européens comme Stellantis, Holcim, Louis Dreyfus, Nestlé, GSK, Volkswagen, Borealis … A partir du 1er octobre 2022, la stratégie de décarbonation du bilan de la Banque centrale européenne entre dans une phase opérationnelle avec une conséquence directe sur le financement de ces entreprises. Celles qui performeront le moins en matière de lutte contre le changement climatique seront pénalisées.

Si le volume d’achat d’obligations d’entreprises (et d’achat d’actifs en général) de l’institution de Francfort reste toujours déterminé par son objectif de stabilité des prix, en revanche la composition de son portefeuille est amenée à évoluer.

Les émissions actuelles et futures prises en compte

La Banque centrale a ainsi dévoilé le 19 septembre le détail de l’outil d’évaluation qui la guidera dans ses réinvestissements. Les entreprises seront passées à une moulinette qui permettra de leur affecter un score (une note) qui combine trois critères : les émissions constatées de gaz à effet de serre, les émissions futures, et la qualité de l’information climat.

Le premier critère qui s’attache aux émissions constatées et aussi à l’intensité d’émissions par rapport au chiffre d’affaire est évalué par comparaison aux autres acteurs du secteur d'activité de l’entreprise et de tous les autres ("best-in-class" et "best-in-universe"). Celles qui performent le plus auront un meilleur score. Le deuxième critère qui s’intéresse au futur est fondé sur les objectifs annoncés de réduction. Là encore, celles dotées d’objectifs plus ambitieux seront mieux notées. Enfin, comme l’annonce de chiffres ambitieux mais trop généraux pourrait être sujet à caution  le troisième sous-score est fondé sur la qualité du reporting climat. L’objectif de la banque centrale est de pousser les entreprises à améliorer la qualité de l’information fournie en la matière. 

Effet d'entraînement

Cette nouvelle politique concernera environ 30 milliards d'euro de réinvestissement chaque année, ce qui correspond à peu près à 10 % de la totalité du portefeuille d’obligations d’entreprises actuellement détenu par la Banque centrale européenne (350 milliards d’euros). Isabelle Schnabel, membre du directoire de la BCE, a déclaré lors d’une conférence de presse en juillet : « Si vous comparez cela à d’autres banques centrales, c’est un montant substantiel, donc cela fait une différence». L’intégration de ce nouvel outil dans l’Eurosystème montre que le risque financier lié au climat est de plus en plus pris en compte. La BCE n’a pas indiqué à quel rythme elle allait opérer son basculement entre les entreprises les mieux et les moins bien notées. Pour l’instant, elle ne prévoit pas de revendre les obligations corporate déjà en portefeuilles mais explique qu’elle pourrait souscrire faiblement voire exclure de ses futures achats celles qui présentent des scores trop bas. Ce qui peut amener un effet d'entraînement sur le marché. Les entreprises sont prévenues.

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