Tant qu’à anticiper les conséquences du changement climatique, autant essayer de faire les bons choix tout de suite ou, a minima, les moins mauvais. La pratique n’est pas si simple. La Cour des comptes en a fait l’un des axes de son rapport consacré à la politique d’adaptation française, publié en mars.
Faute d’État «suffisamment stratège», les pouvoirs publics risquent de financer des mesures de court terme et, au final, de favoriser une mal-adaptation. «En ne prenant pas en compte le long terme, on peut augmenter la vulnérabilité», met en garde Alexandre Magnan, chercheur au Cawthron institute, en Nouvelle-Zélande.
Les erreurs à éviter ? Le financement de canons à neige en est un exemple typique. Leur coût pèse lourdement sur les finances des stations de montagne pour une efficacité limitée à moyen terme. Idem pour l’installation intensive de climatiseurs.
Pas de solution unique
Cela entraîne une hausse des émissions de gaz à effet de serre – et donc aggrave le dérèglement climatique – et accentue en ville les phénomènes d’îlots de chaleur. «Dans certains cas, on aura toujours besoin de climatisation. La technologie, en soi, ne constitue pas une mal-adaptation. L’erreur est de ne compter que sur une solution sans en considérer d’autres», résume Vincent Viguié, chercheur au Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (Cired).
Autre exemple : la construction d’une digue contre la mer encourage les nouvelles constructions dans la zone menacée, faisant grimper la facture d’une éventuelle catastrophe. Les connaissances sur les effets du changement climatique sont par ailleurs en constante amélioration. Il faut donc s’adapter, mais en ayant conscience de devoir peut-être réajuster les choix d’ici quinze à vingt ans. « La solution miracle n’existe pas. Il faut agir en se laissant le maximum de portes ouvertes », résume Alexandre Magnan, qui a déjà été sollicité pour former Veolia ou Engie à éviter la mal-adaptation. Même si les décideurs publics en sont encore loin, le chercheur considère que la prise de conscience est plus rapide du côté des entreprises.
La réflexion progresse aussi chez les bailleurs multilatéraux. L’Agence française de développement (AFD) évalue désormais les projets financés selon leur capacité à atténuer le changement climatique et à éviter la mal-adaptation. «On en connaît les facteurs de risques», indique Catherine Simonet, chargée de mission à la direction climat et nature. Elle cite les tensions sur les usages que peuvent provoquer des projets d’irrigations, même en goutte à goutte, dans des zones en stress hydrique. Contrairement aux années précédentes, aucun projet n’a été écarté pour mal-adaptation en 2023.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3736 - Novembre 2024



