Le confinement n’a pas été inactif pour tous les acteurs régionaux du numérique. Grenoble a continué à creuser son sillon dans la deeptech. La French tech one Lyon Saint-Étienne a changé de visage et féminisé sa gouvernance. Fondatrice de la start-up Troops, Émilie Legoff a accédé à sa présidence. Une féminisation à contre-courant de l’image véhiculée par ce secteur. Côté auvergnat, l’optimisme est moins de mise. Seules deux levées de fonds ont eu lieu en 2020. Les jeunes pousses les plus prometteuses attendent des jours meilleurs.
Braincube : dit merci au Covid-19

Créé il y a douze ans à Issoire (Puy-de-Dôme) par trois ingénieurs, Braincube est un précurseur de l’industrie 4.0. La société a conçu une solution pour maximiser la productivité des industriels. "Le numérique a joué un rôle crucial lors du confinement. Nous avons vu une exceptionnelle progression des utilisateurs uniques chez nos clients ayant recours au machine learning. Ils sont passés de 22 000 en mars à plus de 37 000 en juillet", se réjouit l’un de ses fondateurs, Laurent Laporte. Braincube est présent en France, au Brésil et aux États-Unis pour accompagner plus de 250 clients, dont 50 % des industriels du CAC 40. La société compte 150 salariés et vise 30 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2020.
Ieva : connecte les produits de beauté aux bijoux
Rien n’échappe à la numérisation. Pas même la cosmétique. Les bijoux et les montres de Ieva enregistrent les données d’environnement de vie (sommeil, luminosité, pollution, bruit) et d’activité physique. À partir de ces données, une application propose à l’utilisateur un kit personnalisé de produits capillaires et de soins du visage. La société lyonnaise créée par Jean-Michel Karam, qui a déjà deux success stories à son actif (Memscap et Ioma), a levé 17 millions d’euros auprès de Crédit mutuel Innovation et de SEB Alliance. Et a racheté en juillet le réseau de boutiques de l’Atelier du sourcil pour donner une impulsion commerciale à sa pépite.
Carbiolice : rend le plastique propre

Créé en 2016 à Riom (Puy-de-Dôme), Carbiolice continue à faire parler de lui. La start-up a développé, en collaboration avec le leader mondial des enzymes Novozymes un additif enzymatique qui, ajouté à la fabrication des emballages plastiques d’origine végétale, permet de les rendre 100 % compostables en conditions domestiques en vingt jours. Une invention qui lui a valu cette année la une de la revue "Nature" et la remise par l’association Europa Bio du prix 2019 de la biotech la plus innovante d’Europe. Carbiolice emploie 25 salariés. Son capital social est détenu par Carbios, Bpifrance et Limagrain Céréales Ingrédients.
Beelse : butine dans le cloud manufacturing
Beelse est un pionnier du cloud manufacturing. Son logiciel permet à ses clients de lancer une production n’importe où dans le monde en ayant connaissance à tout moment de la disponibilité du parc mondial d’imprimantes 3D. Ils disposent en quelque sorte d’un entrepôt numérique. Plus besoin de stock physique.
Avec ce service, le groupe grenoblois ARaymond a pu remporter un important contrat. La SNCF, qui a un besoin important de pièces de maintenance, fait aussi appel au logiciel de Beelse, de même que le Cern et l’enseigne d’outillages professionnels et de matériaux de construction L’Entrepôt du bricolage. "La crise sanitaire et le blocage des chaînes logistiques mondiales qui en a découlé ont joué en notre faveur", reconnaît Yannick Marion, le cofondateur de la société savoyarde.
Trixell : met les bouchées doubles
L’activité de Trixell a été démultipliée par l’épidémie de Covid-19. Pour faire face à l’accroissement de la demande en équipements de radiographie, la filiale de Thales a décidé de doubler la production de détecteurs numériques dans son usine de Moirans (Isère). Elle compte en produire 400 par semaine à terme. Ses détecteurs à rayons X équipent des tables à rayons X et des systèmes portables utilisés pour produire des radiographies de haute résolution. Ils peuvent être intégrés à des installations en salle ou combinés à des systèmes mobiles, au chevet du malade. Dotés d’un mode de tomosynthèse, ils génèrent des images 3D proches de celles obtenues avec un scanner pour une analyse plus fine des lésions. Depuis le printemps, les équipes de l’entreprise iséroise ont été renforcées, des intérimaires recrutés.
Perfect Memory : joue les têtes d’affiche à Hollywood
Spécialiste de l’archivage de big data, Perfect Memory, créé à Clermont-Ferrand en 2008, est devenu un acteur incontournable de la deeptech. Rachetée en 2018 par Implid, la société a connu une croissance soutenue et compte une trentaine de salariés, répartis entre Clermont, Lyon et Paris. Parmi ses clients, de grands noms comme le PSG, RTL et la plate-forme Eurovision. Perfect Memory vient de signer avec l’américain Movie Labs un projet baptisé Useable VFX Archive. L’objectif est d’apporter une réponse aux enjeux de l’exploitation des archives d’effets spéciaux numériques. Un important contrat lorsque l’on sait que derrière Movie Labs se cachent les studios Disney, Paramount, Twentieth Century Fox, Sony Pictures, Universal et Warner Bros.
MyBus : poursuit sa route

Ça roule pour MyBus. L’application gratuite d’information et de billetterie de transports en commun, créée à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) et au Puy-en-Velay (Haute-Loire) en 2015 par Franck Raynaud et Frédéric Pacotte, est tombée à point nommé en ces temps de pandémie. La start-up de 25 salariés propose l’achat de tickets dématérialisés, le calcul d’itinéraire en temps réel et des guides horaires sur smartphone. MyBus a conquis la France et le Canada. Présent dans 360 villes, il a finalisé en 2019 une levée de fonds de 2,4 millions d’euros, devenant une valeur montante du MaaS (Mobility as a Service). D’ici à la fin de l’année, une deuxième version de l’application devrait être déployée à Lyon et à Paris.
Troops : met les RH en ordre de marche numérique
L’entrepreneuriat est dans l’ADN d’Émilie Legoff. La formule n’est pas usurpée pour la fondatrice de la start-up Troops. Son père, sa mère, ses frères et sœur ont aussi la fibre entrepreneuriale. Après avoir fondé et dirigé D2L Group (ex-GEL Groupe), une société d’intérim pour les métiers de la logistique, elle s’est lancée dans la numérisation des contrats de travail et de la gestion des ressources humaines. Elle s’est entourée d’une trentaine d’experts et a pris deux ans pour développer sa solution, commercialisée depuis septembre 2019. Elle vient de prendre la présidence de la French tech one Lyon Saint-Étienne, qu’elle entend internationaliser davantage.
Aledia : fait briller Grenoble

Aledia confirme les espoirs placés en elle. La start-up grenobloise issue de travaux du CEA-Leti va investir 140 millions d’euros dans une usine à Champagnier (Isère) afin d’industrialiser la production d’une nouvelle génération de LED. Ces diodes, qui utilisent des nanofils en nitrure de gallium déposés sur des plaques de silicium contribuent à accroître la brillance des écrans des smartphones, tablettes, montres connectées, ordinateurs et télévisions. Elles améliorent le confort de lecture et de visionnage en plein soleil, à un coût compétitif. L’an passé, Aledia a investi 60 millions d’euros dans le transfert de ses équipes de R & D, de salles d’essais et de prototypage à Échirolles (Isère), où travaillent 126 personnes. À terme, quelque 2 000 emplois directs et indirects pourraient être créés dans le sillage de cette étoile filante de la deeptech.
Pas de crise pour l’innovation numérique
La crise sanitaire n’a pas tari les projets d’innovation numérique. Sur 26 labellisés par Minalogic, 16 ont été financés pour un montant de 27,7 millions d’euros. 'Les entreprises se sont recentrées sur leur futur et (re)posé la question du financement de leurs innovations et activités de R & D", indique le pôle de compétitivité des technologies du numérique en Auvergne-Rhône-Alpes. Même constat à French tech one Lyon Saint-Étienne, qui réunit un millier de start-up et une centaine de scale-up et entend mieux profiter à l’avenir des « connexions européennes et internationales » du réseau. En s’appuyant notamment sur le laboratoire d’innovation sociale du Centsept à Lyon (Rhône) et sur la Grande usine créative aménagée près de la Cité du design à Saint-Étienne (Loire).
En Auvergne, où l’on dénombre quelque 150 start-up, des pouponnières émergent, tel le Village by CA Centre France, qui héberge 18 pépites. Accélérateur de start-up de la Métropole clermontoise, le Bivouac a, lui, ouvert une antenne au Puy-en-Velay (Haute-Loire). Un autre pôle va s’imposer dans les mois à venir : le campus Région du numérique à Charbonnières-les-Bains (Rhône), qui accueillera 2 000 étudiants et un espace dédié à la recherche et à l’innovation.



