La start-up grenobloise Aledia vient de clôturer la première tranche de 80 millions d’euros de sa nouvelle levée de fonds de 120 millions d’euros. Il s’agit de son quatrième tour de table portant les montants levés depuis sa création à environ 160 millions d’euros. "C’est une étape importante pour nous, confie à L’Usine Nouvelle Girogio Anania, PDG-cofondateur de l’entreprise. Cela va nous permettre d’accélérer le développement de notre technologie et d’aller plus vite vers l’industrialisation. "
Substrat en silicium classique
Fondée en 2012 par essaimage du CEA-Leti à Grenoble, Aledia développe une technologie unique de LED en 3D. Alors que les LED traditionnelles émettent la lumière à la surface, ses LED le font en 3D grâce à des émetteurs en forme de nanofils. Elle a bâti son savoir-faire sur la croissance de ces nanofils en nitrure de gallium à la surface du substrat électronique traditionnel en silicium. Cela offre l’avantage d’une fabrication plus efficace et plus économique sur grandes tranches de 200 ou 300 mm, alors que les LED traditionnelles sont produites sur substrats plus petits et plus coûteux en saphir de 100 ou 150 mm.
Les MicroLED, des puces de la taille de quelques micromètres, sont annoncés comme la prochaine révolution de l’affichage électronique. Ils visent la construction d’écrans plats plus efficaces et plus performants pour succéder aux écrans Oled qui sont, eux-mêmes, en train de supplanter les écrans LCD. La technologie mobilise une myriade de start-up et intéresse trois géants mondiaux : Apple, Samsung et Facebook.

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"Nous pensons avoir l’avantage dans les petites puces de deux ou trois micromètres, affirme Giorgio Anania. Nous pouvons combiner dans la même puce les trois couleurs, rouge, verte et bleue, alors que, dans les MicroLED traditionnelles, il faut des puces différentes pour ces trois couleurs. Et le fait de nous appuyer sur le substrat de silicium nous confère la capacité d’intégration des circuits de traitement, comme ceux nécessaire à la commande des pixels."
200 familles de brevets essentiels
Aledia développe trois plateformes technologiques. La première adresse le marché des grands écrans, comme celui de la télévision. Pour s’imposer face à un géant comme Samsung, la start-up mise sur une nouvelle architecture de MicroLED protégée par pas moins de 40 brevets. La deuxième vise le marché des écrans de petit et moyen formats, comme ceux des PC portables, tablettes et smartphones. "C'est dans ce domaine que nous avons le plus d'avantages du fait de la capacité de notre technologie à réaliser des puces très petites de deux ou trois microns, tout en restant efficaces et performants", précise le PDG.
La pépite française, qui compte 125 salariés et détient près de 200 familles de brevets essentiels, travaille dans ce domaine avec Intel, qui développe le procédé d’assemblage des MicroLED sur la plaque de verre de l’écran. Le procédé sera ensuite transféré à un fabricant d’écrans plats. La troisième plateforme se destine aux petits écrans des dispositifs de réalité virtuelle et augmentée.
Pour passer aux gros volumes, Aledia prévoit la création d’ici à deux ans, à Champagnier, près de Grenoble, d’une usine où elle se contentera de créer les nanofils en nitrure de gallium sur le substrat de silicium. Ce projet représente un investissement de 40 millions d’euros. Les autres opérations de fabrication relèvent de la production classique de semi-conducteurs sur plaques de silicium. Elles seront confiées au fondeur israélien des puces TowerJazz. "C’est un gros avantage de notre technologie, souligne Girogio Anania. Nous n’avons pas besoin de tout faire en interne. Nous nous concentrons sur notre savoir-faire et nous reposerons pour le reste sur des fondeurs. Ce modèle nous libère des trois quarts de l’investissement industriel nécessaire."
Une chance pour l'Europe de revenir sur le marché
Cette technologie est présentée comme un grand pari pour le retour de l’Europe dans les écrans plats. Une industrie située depuis la fin des années 1990 exclusivement en Asie. "L’Europe a été à l’origine des écrans LCD mais tout est parti en Asie, rappelle le patron d’Aledia. Avec notre technologie de MicroLED, elle a une chance de revenir sur un marché estimé aujourd'hui à 120 milliards de dollars. C'est mon grand rêve. Les écrans LCD et Oled actuels utilisent des plaques de verre à circuits de commande de pixels dont la fabrication nécessite des usines à plusieurs milliards de dollars. Avec notre technologie, les circuits de commande des pixels peuvent être intégrés dans les MicroLED, ce qui est faisable dans une usine de 200 à 300 millions de dollars."



