La CFDT veut profiter de la négociation sur les retraites pour rouvrir le chantier de la pénibilité

La secrétaire générale de la CFDT Marylise Léon a présenté le 28 janvier les trois priorités que son organisation syndicale fixe à la négociation sur les retraites. Une meilleure prise en compte de la pénibilité en fait partie.

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Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT (en rouge, au centre) aux côtés de Sophie Binet (CGT) et de Patrick Martin (Medef) lors d'une réunion avec François Bayrou.

Jeudi 30 janvier dans l’après-midi, la CFDT rencontrera le «tiers de confiance» chargé d’animer le chantier des retraites, relancé par le premier ministre François Bayrou le 14 janvier. Désigné il y a une semaine par le premier ministre, Jean-Jacques Marette, haut fonctionnaire, fin connaisseur du régime de retraites pour avoir dirigé l’Agirc-Arrco, régime de retraites complémentaires du privé, a démarré son tour de piste auprès des partenaires sociaux.

Deux jours avant cette rencontre, la CFDT a tenu à présenter, le 28 janvier, ses trois priorités pour la négociation à venir. «Un bougé sur l’âge légal de retraite» reste sa revendication numéro un. La CFDT réclame toujours un retour aux 62 ans, et annonce qu’elle ne proposera pas un allongement de la durée de cotisation. Marylise Léon, secrétaire générale, insiste sur deux autres priorités: «réparer l’injustice faite aux femmes» et «obtenir la reconnaissance de la pénibilité de certains métiers».

Favoriser les départs anticipés de certains métiers

«Nous souhaitons réintégrer les quatre critères qui ont été exclus du droit à un départ anticipé», a-t-elle indiqué, énumérant les quatre pénibilités sorties du compte pénibilité en 2017. «Oui, le travail abîme le corps lorsque, pour son travail, on porte de lourdes charges, on doit (…) rester dans des postures difficiles à tenir, lorsqu’on est exposés à des vibrations mécaniques ou des agents chimiques», plaide-t-elle. Avant de conclure : «Décaler l’âge de départ à la retraite, c’est nier les difficultés de ces métiers et accentuer les inégalités entre travailleurs.»

Ces critères avaient été sortis de tout dispositif de départ anticipé à la retraite car considérés comme impossibles à mesurer par les employeurs. La CFDT promet «des propositions pour répondre aux employeurs qui nous disent que c’est trop compliqué». En 2022, l’organisation syndicale avait travaillé sur les taux de sinistralité par métiers et secteurs, afin de préparer ses propositions. «Mais personne ne voulait reparler du sujet, on n’était pas allé au bout. On a repris le travail», indique Yvan Ricordeau, numéro deux de la CFDT. Qui se réjouit que lors des rendez-vous avec François Bayrou, «les trois organisations patronales [aient] prononcé le terme 'usure professionnelle' ; c'est nouveau. »

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L’U2P, qui représente notamment les artisans, réclame d’aborder le sujet depuis longtemps. Juste avant de quitter la présidence de la CPME, François Asselin s’était à son tour montré ouvert à un retour du sujet. Mais il parlait surtout de mieux utiliser le Fonds d’investissement dans la prévention de l’usure professionnelle (FIPU). Les 200 millions d’euros dont il disposait en 2024 pour financer des actions de prévention n’ont été utilisés qu’à hauteur de 38 millions d’euros, chiffre Marylise Léon, qui y voit «le témoignage que les entreprises ne veulent pas reconnaître qu’il existe des métiers pénibles». Quant au Medef, pourvu que le terme «pénibilité» ne soit pas utilisé…

Négociation sur les reconversions professionnelles

La troisième priorité de la CFDT sera de «réparer l’injustice faite aux femmes par le report de l’âge légal», qui «annule purement et simplement l’intérêt des trimestres acquis en cas de maternité, tout comme le bénéfice de la surcote passés 62 ans», estime Marylise Léon. La loi a prévu de compenser cette perte de trimestres de maternité par une surcote de la pension de retraite, mais ce n’est pas ce que réclame le syndicat.

Sur la méthode, la CFDT souhaite séparer la négociation sur les retraites du privé et celle sur les retraites du public, appelant l’Etat employeur à prendre ses responsabilités, «au même titre que le patronat». Elle demande à la Cour de comptes, pour le diagnostic sur l’état financier du régime, de prendre en compte les travaux du Conseil d’orientation des retraites (COR). Et de se contenter de dresser un constat, sans formuler des préconisations. «Ces dernières doivent être le fruit (…) de la concertation», martèle Marylise Léon.

Enfin, la CFDT attend beaucoup de la négociation sur le travail promise par la ministre du Travail et de l’Emploi : déroulements de carrière, temps de vie, reconversions, santé au travail, rémunérations, «conditionnent à la fois la vie professionnelle et vie à la retraite».

Le syndicat demande, comme d’autres organisations, une négociation sur les reconversions professionnelles.

«Au regard des difficultés de l’emploi, on a demandé une réunion d’urgence en décembre auprès de premier ministre et du ministre du travail, indique Marylise Léon. Au-delà des PSE, nous sommes très inquiets de ce qui est sous les radars, les destructions d’emplois dans les petites entreprises.» Les organisations patronales étant favorables à une négociation sur le sujet, elle pourrait se tenir en parallèle de celle sur les retraites, pour ne pas perdre de temps.

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