Une semaine après le déconfinement, les industriels numérotent leurs abattis pour se préparer à une nouvelle bataille, celle du retour à la production. Pas sûr que ce bilan de santé soit positif pour tous. Déjà des faiblesses se font sentir dans certains secteurs.
L’équipementier automobile Novares s’est placé en redressement judiciaire le 11 mai. Avec ses 45 sites à l’arrêt, l’entreprise brûle 4 millions d’euros de cash par jour. À Blagnac, près de Toulouse (Haute-Garonne), les couloirs de l’entreprise de maintenance Derichebourg Aeronautics Services bruissent d’un projet de plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), alors que 55 % des salariés du site sont en chômage partiel.
Il faut dire que la France a joué la carte du confinement à fond. "Dans la construction, la baisse d’activité a été beaucoup plus forte en France qu’à l’étranger", constate Hervé de Maistre, le président de l’Association française des industries des matériaux et produits de construction, qui emploie 500 000 personnes sur le territoire. Résultat, le taux d’utilisation des capacités de production est tombé à 46 % en avril, contre 77 % en février. Aujourd’hui, il faut remonter l’activité avec une demande chancelante et des conditions de production très particulières.

- 0.3-40
Trim 3 2025
Salaire ouvriers - Ensemble DE à RU% sur dernier mois du trimestre précédent
- 1784.36+3.25
2024
Smic brut mensuel - moyenne annuelleen €/mois
- 145.1+0.21
Décembre 2025
Indice mensuel du coût horaire du travail révisé - Salaires et charges - Tous salariés - Industrie manufacturière (NAF rév. 2 section C)base 100 en décembre 2008
Frais fixes toujours présents, coûts de production en augmentation
Le pire pourrait être derrière nous, selon les prévisions de la Banque de France. Les secteurs qui ont le plus calé sont aussi ceux qui devraient progresser le plus fortement. L’industrie automobile devrait retrouver 44 % d’activité en mai par rapport à la normale, contre seulement 10 % en avril. L’industrie pharmaceutique tournerait à 90 % de ses capacités normales et les machines et équipements à 63 %, contre 46 % le mois dernier. Face à la baisse des commandes, les frais fixes courent toujours, en partie atténués par le chômage partiel pris en charge par l’État. Dans cette bataille, les combattants sont grevés par des coûts de production qui augmentent. À Annecy (Haute-Savoie), Gilles Mollard, le dirigeant de Thermocompact, une ETI de traitement de surfaces de 400 salariés, explique qu’"entre les équipements de protection, la location d’Algeco pour agrandir les vestiaires, les gardiens pour le contrôle de la température et de la distanciation, les prestations et le temps de désinfection, la facture s’élève à environ 2 % de la marge brute".
Le secteur de l’agroalimentaire, lui, chiffre à 9 % la hausse de ses coûts de production, en incluant le sanitaire, le transport et les matières premières. Technetics, une PME de joints métalliques haute performance, fait désormais tourner ses ateliers de Saint-Étienne (Loire) avec une équipe du matin et une du soir, contre une seule à la journée auparavant. Avec à la clé, pour les collaborateurs, une prime de poste de 5 à 8 % du salaire. "Nous travaillons pour le nucléaire et le médical. Le maintien du lien avec les clients est très important. Nous n’avons jamais arrêté la production ni transigé sur la sécurité", fait valoir José Pereira, son directeur de production.
Certains pourront répercuter ces coûts, d’autres verront leur marge se réduire. Ou alors une réflexion s’imposera. Jacques Aschenbroich, le PDG de Valeo, s’en ouvrait librement lors d’une visioconférence le 4 mai : "Après cette phase de reprise, dans laquelle nous allons perdre en productivité, il va bien falloir continuer à en gagner. Qu’allons-nous apprendre de cette expérience en matière de télétravail ? Comment s’organiser autrement ? Cette crise va-t-elle nous permettre d’économiser des mètres carrés ? Il est trop tôt pour le dire. Comment, dans les mois qui viennent, allons-nous assurer à la fois la qualité, la santé, la sécurité, et revenir à des gains de productivité, indispensables dans notre activité ?" La bataille de la production ne fait que commencer.

Un fonds souverain paneuropéen pour les entreprises stratégiques
Le commissaire européen à l’économie, Paolo Gentiloni, a confirmé l’étude d’un outil paneuropéen qui pourrait prendre des parts au capital d’entreprises stratégiques. L’idée est d’éviter que, affaiblis par la crise, des acteurs importants ne passent dans le giron de pays tiers, notamment de la Chine et des États-Unis. Aujourd’hui, chaque pays de l’Union intervient selon ses moyens. La France a mobilisé 20 milliards d’euros pour ses fleurons et envisage de lancer des fonds spécifiques pour l’automobile et l’aéronautique. L’Allemagne s’est dotée d’un fonds d’investissement en fonds propres de 100 milliards pour renforcer ses entreprises et les protéger de rachats hostiles. Mais tous les pays n’ont pas ces moyens. Et certains acteurs, par exemple dans la 5G, présentent un intérêt général pour la souveraineté européenne. L’idée d’un fonds souverain n’est pas nouvelle. On la trouve dans des documents de la Commission européenne à la fin de l’été 2019, dans l’objectif de créer des champions de la tech. Elle renaît aujourd’hui pour contrer un danger immédiat. Reste à mettre d’accord les pays, en particulier sur son financement. A.-S. B.



