Outsight ouvre un nouvel horizon pour sa technologie de perception 3D par ordinateur : celui des applications de LiDAR, capteur de détection et géolocalisation au laser des objets et personnes aux alentours. La pépite française entend ainsi valoriser son savoir-faire tout en poursuivant le développement de sa « caméra 3D sémantique », qui permet non seulement de voir son environnement en 3D mais de le comprendre aussi. «La perception 3D avec LiDAR devient une tendance de fond, explique à L’Usine Nouvelle Raul Bravo, président et cofondateur de la start-up. Pas moins de cinq sociétés cotées en Bourse aux Etats-Unis sont actives sur le sujet. C’est un grand changement, qui ne nous a pas surpris. Cela devient évident sur le marché. C’est pourquoi nous avons décidé d’y aller.»
Instrument clé de la voiture autonome
Le LiDAR (Light imaging detection and ranging) se présente comme un capteur de détection et télémétrie au laser. En balayant son environnement avec un faisceau laser, il détecte les objets et personnes aux alentours et dit à quelles distances ils se trouvent. Il est considéré comme un instrument clé des systèmes d’assistance à la conduite automobile et de la voiture autonome. Selon le cabinet TrendForce, le marché mondial devrait grimper de moins de 700 millions de dollars en 2020 à près de 3 milliards de dollars en 2025, dont plus de 80 % dans l’automobile.
«Au-delà de cette application emblématique de voiture à conduite assistée ou autonome, il y a une prise de conscience générale de l’importance du LiDAR et de l’intérêt à utiliser ses données de perception 3D de l’environnement dans des applications comme la sécurité, la gestion du trafic ou le monitoring des flux de personnes, note Raul Bravo. Or tous ces acteurs ne sont pas experts de cette technologie. C’est pour les aider que nous lançons notre box ALB (Augmented LiDAR Box) qui rend le LiDAR intelligent.»
Outsight Boitier ALB d'Ousight (crédit photo: Outsight)
Outsight s’appuie sur le développement de sa « caméra 3D sémantique ». L’une de ses innovations réside dans son logiciel de traitement à l’intelligence artificielle, sans aucun apprentissage automatique. C’est cette intelligence, protégée par plus de 80 % des 63 familles de brevets déposés par la start-up, qui est portée dans la Box ALB.
Première sur le marché
«La Box ALB est construite sur des composants standards du marché, avec un processeur à architecture ARM du commerce, précise Raul Bravo. Elle se connecte à n'importe LiDAR du marché pour le transformer en LiDAR intelligent. Elle mâche l’énorme quantité d’information du capteur – des millions de points de détection – pour ne fournir que les données pertinentes pour l’application.»
La solution est en cours d'évaluation pilote avec une petite vingtaine de partenaires (universités, autorités de transports, municipalités, start-up, clients…) dans l’automobile, les transports intelligents, la robotique, les hélicoptères ou encore la sécurité. Des collaborations sont également nouées avec des fournisseurs majeurs de LiDAR, dont les américains Velodyne et Ouster, et les chinois Hesai et Robosense. Raul Bravo espère livrer plusieurs millions de sa Box ALB dans quatre à cinq ans. Il est fier d’être le premier à proposer sur le marché cette solution. Mais il ne se fait guère d’illusion : d’autres fournisseurs lui emboiteront le pas.
«Nous prenons une avance décisive dans la perception 3D par ordinateur, se flatte-t-il. Un atout pour l’Europe qui ne dispose pas aujourd'hui d’acteurs dans le LiDAR à usage général. Tous les fournisseurs sont américains ou chinois. Avec notre initiative, l’Europe dispose d’une opportunité unique pour faire émerger, par le biais du logiciel, des champions du LiDAR. C’est important car cette technologie va se diffuser dans un grand nombre d’applications. Apple commence à l’intégrer déjà dans ses iPad et iPhone» L’Europe compte des fournisseurs de LiDAR comme Valeo ou Continental, mais ils se cantonnent à l’automobile.
Une autre levée de fonds en vue
Fondée en 2019, Outsight compte aujourd’hui 50 collaborateurs, dont 40 en France, et le plan de développement de la start-up prévoit d’atteindre 100 personnes à la fin de 2021. Après avoir levé 20 millions d’euros à la fin de 2019, la pépite prépare un autre tour de table à la fin de l’année ou en 2022.



