Entretien

[L'instant tech] "Le clivage entre robot et cobot va disparaître", affirme le PDG d'OnRobot Enrico Krog Iversen

Enrico Krog Iversen est à la tête de la start-up danoise d’outillage robotique OnRobot depuis 2018, après avoir dirigé le leader mondial de la cobotique Universal Robots. De passage à Paris, il a détaillé à L’Usine Nouvelle sa vision du futur de la robotique industrielle et du rôle des outils pour flexibiliser la production.

Réservé aux abonnés
Griper sans air Onrobot
Positionné sur le créneau des outillages flexibles et simples d'utilisation, OnRobot propose par exemple un préhenseur à vide génère sa propre succion, sans alimentation externe en air comprimé.

L’Usine Nouvelle. Chez Universal Robot, vous vous êtes concentré sur la réalisation d’un cobot simple, en laissant de côté l’outillage et les applications. Pourquoi y revenir ensuite avec OnRobot ?

Enrico Krog Iversen. Quand j’étais chez Universal Robot, notre premier objectif était en effet de réaliser le robot lui-même et de le simplifier. Lorsque nous avons vendu l'entreprise à [l'américain] Teradyne, il était naturel pour moi de changer. Mon idée était simple : après avoir introduit la robotique collaborative sur le marché, j’ai voulu me concentrer sur les applications pour proposer des solutions complètes. Car le robot tout seul ne crée pas de valeur, il ne peut rien faire. Tout comme l’outil de préhension ou de fabrication seul… Pour réussir dans le futur, développer et déployer de nouvelles applications, il faut disposer de combinaisons de robots, d’outils et de logiciels.

Comment vous distinguez-vous sur le marché de l’outillage ?

Nous avons commencé par différents outillages de manutention et des préhenseurs, et nous nous installons maintenant dans les procédés, pour du retrait de matière (sablage, polissage…) ou des applications d’assemblage avec un tournevis. Nous visons des outils flexibles, mais il n’en reste pas moins que pour manipuler des formes et des types de matériaux différents, une diversité de préhenseurs est requise. Là où pour réaliser 50 tâches différentes, la robotique traditionnelle aurait pu faire appel à 50 préhenseurs différents, tous spécifiques à une tâche, il nous est possible d’utiliser un seul préhenseur, flexible et capable d’adapter sa force, sa forme ou ses extrémités en fonction de chaque tâche.

Portrait Enrico Krog IversenNils Lund Pederse - OnRobot
Portrait Enrico Krog Iversen Portrait Enrico Krog Iversen (Fotojournalist Nils Lund Pederse)

Enrico Krog Iversen est PDG de OnRobot depuis 2018 -  © Nils Lund Pederse - OnRobot

Comment va évoluer la robotique industrielle ?

Dans le futur, nous pourrons automatiser bien plus de tâches et bien plus simplement. Aujourd’hui, programmer des applications concrètes prend toujours un temps fou et nécessite des compétences techniques poussées, ce qui va changer. Que ce soit pour répartir de la colle sur une pièce ou pour palettiser des produits, de nombreuses applications pourraient être automatisées dès aujourd’hui, mais les gens ne le font pas car ils considèrent la mise en place trop longue et trop complexe. Les nouveaux outils permettent aussi de viser des marchés inaccessibles jusqu’alors. Par exemple, nos préhenseurs mous peuvent saisir des fruits et des légumes délicatement. Dans l’électronique, notre technologie adhésive gecko permet de saisir des pièces perforées, ce qu’un préhenseur à vide ne pouvait pas faire.

Quel est le moteur du progrès en robotique : le matériel ou le logiciel ?

Les deux sont importants. Nous travaillons aussi sur les capteurs, en proposant déjà une solution de vision et un capteur de force. Si les humains sont ultra-efficaces dans une usine, c’est parce qu’ils disposent de la coordination oeil-main : nous pouvons utiliser nos différents capteurs pour évoluer dans le monde. Avec davantage de capteurs temps-réel, il sera possible d’améliorer les possibilités et la précision des robots, donc de leur ouvrir plus de cas d’usages. Nous travaillons aussi sur les logiciels purs et nos deux premiers produits dans le domaine seront présentés plus tard dans l’année. Notre objectif est de présenter une suite de produits complète pour faciliter la programmation des robots, l’analyse des risques, ou encore la maintenance.

Cette dynamique de simplification risque-t-elle de rendre obsolète le travail des intégrateurs, qui programment les robots et leurs outils ?

Pas du tout. Les intégrateurs restent très importants car ce seront eux qui aideront les clients à choisir le matériel physique le plus adapté pour chaque tâche. Nos outils permettront aux intégrateurs de ne pas perdre de temps - nous espérons réduire le temps de programmation nécessaire de 80% - pour réaliser bien plus de projets. Aujourd’hui, le marché de la robotisation reste petit par rapport à son potentiel. Pour faire grandir le marché, nous devons rendre l’utilisation des robots plus simple pour l’utilisateur final.

La cobotique reste encore marginale dans le marché global de la robotique industrielle. Pensez-vous qu’elle la remplacera à terme ?

Je ne pense pas que tous les robots seront des cobots. Mais une proportion bien plus grande des usages sera collaborative. Il faut comprendre qu’avec les bonnes technologies, en termes de sécurité ou de facilité de programmation, des robots industriels classiques peuvent permettre des applications collaboratives. Quand nous avons amené les cobots sur le marché, nous avions besoin de nous différencier, de nous présenter comme une nouvelle catégorie pour être repérés par les clients. Dans le futur, le clivage entre robot et cobot va disparaître. Personne ne s’intéressera à la nature du robot, ce qui sera important, ce sont les applications que lui et ses outils permettront de développer.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.