C’est un positionnement qui peut paraître surprenant. EDF, un fournisseur de solutions blockchain ? Pas d’erreur pourtant. Sa filiale dédiée Exaion, créée en janvier 2020, compte une vingtaine de collaborateurs, entre la France et le Canada. Elle a présenté le 12 décembre son outil Exaion Node, une plateforme de gestion d’infrastructure blockchain permettant de créer et d'héberger des projets basés sur différents protocoles, dont Ethereum, Tezos, EWF ou encore Avalanche. Un outil permettant aux entreprises de développer plus facilement des cas d'usages des chaînes de blocs... qui se veut par ailleurs bas-carbone.
«EDF est un des principaux acteurs mondiaux du nucléaire et des énergies renouvelables, argue Fatih Balyeli, PDG et cofondateur de la filiale. La blockchain est un secteur très énergivore et polluant – car beaucoup déployé aux Etats-Unis et en Chine – et nous avons une carte à jouer pour la décarboner.»
Faire de l'effacement et décaler des calculs
Outre le mix énergétique d’EDF en France, le responsable liste la récupération de la chaleur émise par ses trois datacenters (un en France et deux au Canada) ainsi que le recours à des protocoles utilisant la preuve d’enjeu – plutôt que la très énergivore preuve de travail – comme les leviers majeurs lui permettant d’être «dix fois moins polluant que nos concurrents américains et 15 fois moins que les asiatiques», calcule-t-il. «Nous allons aussi mettre en ligne un tableau de bord pour suivre ses émissions carbone en direct et nous sommes en train de regarder comment faire de l’effacement et décaler certains calculs en période creuse», ajoute Fatih Balyeli.
«La blockchain est utile pour les processus répétitifs, longs, faisant intervenir de multiples acteurs, nécessitant un registre immuable et sur lesquels s’opèrent des transferts de valeur, pas seulement d’information, rappelle cet ancien responsable d’investissements du fonds de capital-risque EDF Pulse Venture. Un tiers des cas d’usages de la blockchain se trouvent dans le secteur de l’énergie, dans la recharge de véhicules électriques ou la traçabilité d'électricité.»
A cela s’ajoute des projets dans le suivi logistique ou la banque. «Nous avons déployé toute l’infrastructure d’une émission d’obligations faite sur la blockchain par la Banque européenne d’investissement (BEI) avec la Société générale», présente-t-il. Rebelote en juillet 2022 avec BNP Paribas et l’émission d’obligations tokénisées pour financer un projet d’énergie solaire porté par… EDF.
«Du vrai Web3, sans collecter les données»
C’est ce genre de projets qu’Exaion cherche «à industrialiser et automatiser à grande échelle» avec Node, relate Fatih Balyeli. «Nous avons exploré de nombreux cas d’usages différents et avons rassemblé ce que nous avons fait sur la plateforme, présente-t-il. Ce n’est pas une superposition d’applications : nous avons créé un outil agnostique, utilisable pour n’importe quel cas d’usage, que les utilisateurs peuvent customiser [personnaliser] pour l’adapter à leurs besoins.» Ainsi, estime l’entrepreneur, refaire un projet d’émission d’obligations prendrait «moins d’une minute» avec cette application, qui capitalise sur les projets précédents du même genre.
Si d’autres plateformes du même type existent en Asie et aux Etats-Unis, Exaion fait valoir une différence de taille: «Nous proposons la plateforme, mais aussi l’infrastructure qui la supporte», assure son PDG. De quoi permettre à ses clients d’utiliser sept différents protocoles, quand ses concurrents se contentent d’Ethereum et ses dérivés. «La plupart des plateformes sont limitées à ces protocoles car ce sont ceux qui sont proposés par les grands acteurs du cloud, qui ne sont pas structurés pour faire de la blockchain», pointe-t-il.
Contrairement à la filiale d'EDF, qui, elle, a «développé une architecture pensée pour répondre aux besoins de la blockchain et du Web3 dès le départ», note Fatih Balyeli. Qui précise faire «du vrai Web3, sur une infrastructure qui nous appartient et sans collecter ni exploiter les données de nos utilisateurs». Un argument qui pourrait rassurer les entreprises encore frileuses, pour la plupart, à se lancer dans le déploiement de projets basés sur la chaîne de blocs.



