Ce n'est pas une innovation de rupture mais elle s'attaque à un défi de taille, celui d'attirer davantage de jeunes vers les métiers techniques. Ingénieur en robotique, Romain Boutrois a imaginé un robot pédagogique avec l'objectif qu'il soit le plus simple possible à monter et à programmer. L'automate de dix centimètres de long sur huit de large vise à démocratiser la robotique et la rendre accessible dès le plus jeune âge. «Les enfants peuvent le monter tout seul à partir de dix ans», promet l'entrepreneur de 28 ans.
Pour élaborer son Eliobot, Romain Boutrois a eu recours à une armada de petits testeurs : une centaine d’enfants, qui lui ont conseillé de «doubler la taille du robot, travailler son apparence… C’était surtout lié à la façon de le prendre en main, quelles fonctionnalités on pouvait rajouter pour leur simplifier la vie en termes d’ergonomie», raconte l’ingénieur, à la barbe aussi longue que ses ambitions.
Le codage, aussi simple qu'un jeu de lego
Le robot est composé d’une carte électronique toute simple, d’une batterie au lithium de 3,7 volts, de deux roues et une roue à bille. Le tout se monte en un tour de tournevis et coûte 119 euros. Une fois branché, l’utilisateur peut s'atteler à la programmation, mais pas de panique : le codage se fait par blocs, sans une ligne à écrire. « Ça revient à empiler des Lego sur une interface numérique », rassure Romain Boutrois.
De par sa forme brute, le robot peut accueillir plusieurs équipements, qui entrent en jeu dans sa programmation. Grâce à des capteurs, Eliobot peut être en mesure de suivre une ligne sur une feuille ou d'éviter des obstacles sur son chemin, si un enfant l’a programmé pour. Il pourra être guidé par une caméra et peut-être même sera-t-il doté d’un bras mécanique, pour interagir avec son environnement. Fabriqué en Europe de l’Est, sa production devrait être prochainement rapatriée en France, espère son créateur.
Répondre à la pénurie d'ingénieurs hardware
Romain Boutrois a déjà vendu une cinquantaine de kits, y compris à des écoles, qui l’ont contacté directement. Des professeurs de technologie bien sûr, mais aussi de mathématiques, afin d’aborder plus facilement l’apprentissage du code, obligatoire en primaire et au collège depuis 2016, et même présent dans les épreuves du brevet.
Voir son robot dans les mains de jeunes élèves, voilà une perspective qui enchante Romain Boutrois. «On veut rendre la technologie accessible et amusante, s'enflamme-t-il. On utilise notre téléphone et plein d’autres gadgets aujourd’hui mais on ne sait pas toujours comment s’en servir. » Le jeune homme espère susciter des vocations, en particulier dans les secteurs les plus en tension : « On est très bons sur le software, avec des profils de développeur ou de programmeur en intelligence artificielle, dont l’image est très bonne, de qualité. Mais on manque d’ingénieurs hardware, sur le matériel, l’électronique, la robotique…»
Un projet qui n'a pas complètement fait l'impasse sur les parents. « Avec nos ressources en ligne, on les accompagne pour qu’ils apprennent avec leurs enfants et puissent leur venir en aide »,précise le Niortais. Pari visiblement gagné, à en croire un avis laissé sur le site Internet.« J'ai acheté le robot pour mon fils et c'est trop top. Je joue autant que lui », s'enthousiasme un père de famille. De quoi peut-être aussi susciter des vocations chez des travailleurs aguerris... en quête d'une reconversion.



