Un peu de chimie et beaucoup d'écologie : voilà la recette à la base de BioInspir, la start-up fondée en 2020 par Claude Grison, directrice de recherche au CNRS. Cette pépite industrielle montpelliéraine s'appuie sur le pouvoir des plantes pour absorber les métaux lourds présents dans les effluents industriels. Objectif : dépolluer les sols grâce aux racines et aux feuilles des plantes et récupérer les métaux absorbés par la végétation pour créer la première filière d'éco-catalyseurs pour l'industrie de la chimie. Des travaux qui ont valu à sa fondatrice de recevoir, mardi 21 juin, le prix de l'inventeur européen de l'année, dans la catégorie recherche, décerné par l'Office européen des brevets.
A l'origine de la start-up, un constat : celui selon lequel « les plantes aquatiques exotiques envahissantes ont une extraordinaire capacité à absorber les métaux lourds présents dans les effluents », précise Claude Grison. Forts de cette observation, la chercheuse et son équipe mettent au point des filtres, à base de ces plantes transformées en poudre, pour capter les métaux polluants.
Des catalyseurs d'origine naturelle
Mais la start-up ne s'arrête pas là. Une fois les métaux récupérés dans les filtres, BioInspir propose de les optimiser en les transformant en éco-catalyseurs pour l'industrie chimique. « Nous étions convaincus que pour que l'utilisation se développe, il nous fallait travailler sur une technologie qui apporte de la valeur. C'est pourquoi nous avons également mis au point une technique pour récupérer les métaux concentrés dans ces filtres et les transformer en molécule », ajoute la chercheuse. Cette seconde partie de l'opération, réalisée via « un procédé sobre qui s'apparente à un traitement thermique sans intrant » permet à BioInspir de proposer des catalyseurs d'origine naturelle aux acteurs de la chimie.
Les industriels de la cosmétique parmi les clients
Parmi ses clients, la startup de 10 salariés compte déjà des acteurs de la cosmétique, des parfums et de la pharmacie. « Notre solution entre pleinement dans les attentes de naturalitéexprimées par ces secteurs », note Claude Grison. Grâce à sa technologie, BioInspir évite aux industriels d'avoir recours à l'extraction de minerais tout en leur permettant de réduire les coûts énergétiques liés à la transformation, très énergivore, de ces métaux en catalyseurs. Pour comparaison, selon les données communiquées par BioInspir, un gramme de poudre végétale permettrait de capter jusqu'à 20 grammes de palladium, le métal le plus cher au monde.
L'entreprise propose déjà plus de 60 molécules différentes. D'autres sont en cours d'élaboration. « La nature est bien faite. Chaque plante a sa spécialité et tous les métaux lourds peuvent être captés », résume la dirigeante. De quoi pouvoir décupler l'impact de la pépite et peut-être lui ouvrir de nouveaux marchés.



