HyPrSpace n’a pas peur de la concurrence. Créée en 2019, la société bordelaise et ses 30 salariés savent pourtant qu’ils devront affronter près de 250 concurrents dans le monde, prêts à en découdre sur le marché des microlanceurs. La réussite de SpaceX et l’essor des constellations de minisatellites ont suscité des vocations spatiales aux quatre coins du monde.
Pas de quoi pourtant perturber les deux co-fondateurs d’HyPrSpace, Alexandre Mangeot, 37 ans, spécialiste de la propulsion des fusées, et Sylvain Bataillard, 31 ans, ingénieur aéronautique passé chez ArianeGroup. Ils rêvent de s’imposer avec leur microlanceur qu’ils n’ont pas hésité à baptiser… Orbital Baguette One (OB-1). D’une hauteur de 16 mètres, ce lanceur devrait effectuer son premier vol orbital en 2026 et pourra mettre jusqu’à 250 kg de charge utile sur orbite. Ce projet séduit déjà : HyPrSpace a remporté il y a un an l'appel à projet du programme de micro-lanceur de France 2030 et a levé 2 millions d'euros auprès d’un pool d’investisseurs mené par Bpifrance.
16 000 dollars par kilo mis en oribte
HyprSpace compte se différencier grâce à ses moteurs. «La très grande majorité des projets de minilanceurs reposent sur une technologie de propulsion liquide, explique Alexandre Mangeot. Nous avons fait un choix différent en misant sur une propulsion hybride qui mélange réactifs solide et liquide. Elle est moins chère à développer, à fabriquer et à exploiter.» Selon le dirigeant, cela permettra de mettre sur le marché des fusées deux fois moins chères que celles à base de propulsion liquide. Après quelques années de services et une montée en cadence de ses lancements, ses prix devraient même chuter de 32 000 dollars à 16 000 dollars par kilo de charge utile en orbite.
Alors que la propulsion liquide fait appel à deux ergols liquides (un combustible liquide, comme l’hydrogène ou le méthane, mélangé à un comburant liquide, comme l’oxygène), la propulsion hybride fait appel à comburant solide. En ce qui concerne HyPrSpace, le polyéthylène, un plastique recyclé. Les avantages sont multiples. Cela ne rend plus nécessaire la fabrication des complexes et coûteuses turbopompes, destinées à mettre sous très haute pression et très haute température les ergols avant de les réunir dans la chambre de combustion.
Fabrication simplifiée
« Nous pouvons produire l’ensemble des pièces de notre moteur à partir de procédés classiques de fabrication largement répandus dans l’aéronautique et le secteur spatial, explique Sylvain Bataillard. Nous n’avons pas besoin de faire appel à l’impression 3D métallique.» Les moteurs d’HyPrSpace devraient être assemblés d’une vingtaine de pièces, contre plusieurs centaines pour des moteurs à propulsion liquide.
Toutefois, la société bordelaise doit encore relever un défi de taille : montrer que la propulsion hybride fonctionne avec la forte puissance nécessaire aux lancements orbitaux. Cela n’a jamais été réalisé. «Nous ferons à la fin de l’année des essais avec notre moteur à l’échelle 1», assure le co-fondateur. Jusqu’ici, les seuls tests réussis ont concerné des démonstrateurs à l’échelle 1/20eme, qui tiennent sur un table, tandis que le moteur final fera 6 mètres de longueur et 1 m de diamètre pour une poussée de 10 tonnes.
Là encore, les jeunes dirigeants comptent se différencier des rares concurrents qui misent comme eux sur la propulsion hybride. Notamment les start-up américaines HyImpulse et Vaya Space ou encore la coréenne Innospace. Plutôt que de jouer à la marge sur la formulation du couple d’ergols mobilisé, HyPrSpace mise sur une architecture de moteur radicalement différente. «On intègre le réservoir d’oxydant directement dans la chambre de combustion, détaille Sylvain Bataillard. Cela permet de réduire le volume de chambre de combustion et favorise le mélange des réactifs. La combustion est plus efficace et complète.» Cette innovation a donné lieu à un dépôt de brevet.
Le soutien de la DGA
Pour atteindre ses objectifs, la start-up dispose d’un atout particulier : le soutien de la DGA. La Direction générale de l’armement, qui détient un centre d’essais de missiles à Biscarosse dans les Landes, s’est montrée intéressée par les potentiels débouchés militaires liés à la propulsion hybride. «La capacité de modulation de poussée apportée par la propulsion hybride pourrait être très intéressante pour des missiles dont la cible finale n’est pas encore acquise», précise Alexandre Mangeot. Ainsi HyPrSpace, avant même d’avoir fait voler une fusée, a réalisé environ 250 000 euros de chiffre d’affaires l’an dernier grâce à des contrats de recherche auprès de la DGA et du fabricant de missiles MBDA.
La start-up bordelaise vise un premier vol suborbital de son lanceur en 2025 et un premier vol orbital en 2026. En rythme de croisière, la société espère réaliser 15 lancements par an. De quoi envisager un chiffre d’affaires de l’ordre de 75 millions d’euros chaque année. La société a déjà levé plus de 2 millions d’euros pour mettre au point son moteur. Elle cherche désormais des levées de fonds supplémentaires de l’ordre de 50 millions d’euros pour terminer ses développements, effectuer un premier lancement orbital et démarrer l’industrialisation de ses lanceurs. Pour y parvenir, la société accélère ses recrutements et devrait compter 60 collaborateurs d’ici au début de l’année prochaine.



