240 TWh de gaz fossiles sont brûlés par l’industrie chaque année. La PME héraultaise Bulane se propose d'en remplacer une partie par... de l'eau et de l'électricité. L'entreprise, qui produit des chalumeaux à hydrogène alimentés par un électrolyseur mobile, a annoncé le 24 janvier avoir levé 14 millions d’euros pour déployer plus largement son innovation. Protégée par deux brevets, dont un du CNRS, la technologie de Bulane permet de produire in situ une flamme à 2 800°C, sans rayonnement UV ni émission de CO2, et sans bouteille de gaz. Son secret : une réaction d'électrolyse qui convertit de l'eau en hydrogène (un combustible) et en oxygène (un comburant). Ne manque plus qu'une étincelle pour générer une flamme.
La cleantech, créée en 2009, a déjà produit son électrolyseur Dyomix à plus de 1 000 exemplaires. «La technologie Bulane est utilisée en particulier pour le soudage dans le génie climatique et frigorifique, présente Nicolas Jerez, son PDG. Grâce à cette levée de fonds, nous allons pouvoir élargir les champs d’applications industrielles.»
Hybrider jusqu’à 50% des processus industriels
La société veut maintenant adapter sa technologie pour hybrider des brûleurs existants jusqu’à 1MW, réduisant ainsi la part de gaz fossiles utilisés, généralement du méthane ou du propane, dans les process industriels. Ce fonctionnement – équivalent à celui des voitures qui associent moteurs à combustion et électrique – intègre l'hydrogène produit par électrolyseur à une autre source de gaz, précise Nicolas Jerez. «Ces dernières années, nous avons travaillé avec différents industriels et laboratoires de recherche, dont l’institut de mécanique des fluides de Toulouse (IFMT), pour valider le couplage entre les brûleurs et la technologie Bulane, explique-t-il. Nous avons ainsi pu vérifier qu’il est possible d’hybrider jusqu’à 50% en respectant la sécurité des matériaux.»
Et les champs d’applications industrielles sont larges : l’agroalimentaire, la distillerie, la papeterie, la céramique, l’automobile, le bâtiment... «En consommant un kilowattheure électrique, nous pouvons restituer jusqu’à 95% de ce kilowattheure en énergie thermique décarbonée. C’est un rendement remarquable», considère Nicolas Jerez, qui espère aider à l’émergence d’une filière industrielle des technologies hydrogène en France. A ce jour, la société compte parmi ses principaux clients industriels les distilleries Hennessy, les acteurs du génie climatique De Dietrich et Atlantic, ou encore Nidec et Thales. L'entreprise travaille également pour le secteur du luxe.
Alors que l’Europe doit rapidement réduire ses combustibles et intrants fossiles pour réduire ses émissions de CO2 ainsi que sa dépendance géopolitique et économique au gaz importé, l’hydrogène – s'il est produit par électrolyse à partir d’électricité renouvelable –peut jouer un rôle majeur en remplaçant les combustibles fossiles dans des applications thermiques comme les procédés industriels ou le chauffage des bâtiments, aujourd’hui difficilement électrifiables, rappelle Bulane.
Les 14 millions d'euros levés ces dernières semaines auprès des investisseurs historiques de Bulane, d'acteurs de l'énergie et du bâtiment et de plusieurs banques, vont lui permettre de développer des modules d’hybridation pour différentes gammes de brûleurs industriels. «Pour cela, nous devons recruter rapidement 30 nouveaux employés pour augmenter nos effectifs à 50 personnes», détaille Nicolas Jerez. La société, basée à Fabrègues (Hérault), va également construire un nouveau bâtiment de 2 000 m². Qui deviendra l’usine de fabrication de ses électrolyseurs.



