Aller à la rencontre de son double numérique. C’est ce qu’ont pu faire les visiteurs de l’édition 2022 du Consumer electronics show (CES) de Las Vegas (Etats-Unis), du 5 au 7 janvier, en se rendant sur le stand de Dassault Systèmes. L’éditeur français de logiciels, dont l’outil de modélisation est largement utilisé dans l’industrie automobile et aéronautique, a profité de la grand-messe de l’électronique grand public pour affirmer ses ambitions dans un domaine où il est moins connu : la santé.
Plus ludique que scientifique, l’expérience se veut un aperçu des sérieux travaux menés par l’entreprise dans le domaine. Les visiteurs ont notamment pu y voir un jumeau virtuel de cœur et de cerveau déjà utilisés par des chercheurs et des médecins.
Préparer des interventions chirurgicales lourdes
Avec ce stand, Dassault Systèmes affiche sa nouvelle direction stratégique, après avoir acquis le spécialiste de la numérisation des essais cliniques Medidata en 2019. « L’entreprise a toujours fonctionné par grandes phases, par décennies, considère Claire Biot, vice-présidente chargée des sciences de la vie. En 2020, nous avons annoncé notre ambition de passer de la simulation des objets à celle de la vie, et d’appliquer notre expertise de la conception des objets à la santé. » Objectif : faire de la santé une activité équivalente à l’industrie.
Après avoir soutenu la réalisation de doubles numériques d’avions ou de voitures, Dassault Systèmes s’attaque aux organes, et en premier au cœur. « Nous sommes capables de reproduire la géométrie du cœur d’un patient à partir d’un scanner, ainsi que ses caractéristiques électromécaniques », présente Claire Biot. Utilisé à l’hôpital pour enfants de Boston par le chirurgien-ingénieur David Hoganson, ce modèle permet notamment de préparer des interventions lourdes, visant à soigner des malformations cardiaques congénitales. « Grâce à cet outil, le chirurgien peut simuler l’écoulement du sang selon différentes configurations », relate la vice-présidente.
Le jumeau numérique de cerveau développé par Dassault Systèmes, lui, est en cours d’essai clinique avec l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (APHM). Il permet de préparer des opérations visant à soigner l’épilepsie. « Il faut parfois retirer une partie du cerveau responsable des crises, relate Claire Biot. Cet outil permet de réduire la taille de la zone prélevée pour limiter l’impact sur le patient. » Le modèle numérique reproduit ainsi la géométrie de l’organe… mais aussi son connectome, les connexions neuronales, observé grâce à un électroencéphalogramme. « Cela nous aide à comprendre comment se propagent les ondes dans le cerveau du patient et permet d’anticiper et d’identifier les effets secondaires, sur la mémoire ou le goût par exemple », détaille la vice-présidente.
Des doubles précis plutôt qu'un jumeau exhaustif
D’autres projets sont actuellement développés par l’entreprise, comme un double virtuel de la peau ou des poumons. Ce dernier, développé pendant la pandémie, permet par exemple d’ajuster les paramètres d’un respirateur artificiel à chaque patient. « Est-ce un jumeau exhaustif qui permet de comprendre le cancer de la bronchiole ? Non, et ce n’est pas la question que nous lui posons », rappelle la polytechnicienne et docteure en immunologie.
Car ces doubles numériques ne visent pas à reproduire à la perfection les organes qu’ils ciblent. « En toute rigueur, nous ne pourrons jamais dire que c’est complètement abouti, car la biologie est trop complexe, admet la vice-présidente. Mais il suffit que ce soit assez précis pour répondre à nos questions. » De la même manière, « ce n’est pas la peine d’avoir une reproduction du corps entier pour répondre à certaines interrogations», rappelle-t-elle.
Ainsi, le groupe s’attaque au corps humain organe par organe. « Certaines aires thérapeutiques sont des enjeux forts de santé publique, rappelle la représentante. Les maladies cardiovasculaires sont par exemple la première cause de mortalité dans le monde. » Pour définir les modèles les plus robustes et exhaustifs possibles, l’entreprise s'entoure de partenaires scientifiques, académiques et universitaires. « La médecine est une discipline très spécialisée et coopérative, c’est pourquoi nous nous entourons de sachants », argue Claire Biot.
« Nous travaillons sur le passage à l’échelle de ces technologies et avons des raisons d’y croire », affirme la vice-présidente. Encore cantonnés à une poignée d’experts, les outils numériques développés par Dassault Systèmes devraient trouver leur place auprès des soignants au cours de la décennie à venir. Jusqu’à entrer dans les habitudes, au même titre que la conception assistée par ordinateur est devenue un standard de l’industrie.



