L’intelligence artificielle, le deep learning, les drones, les lidars haute densité… Depuis 2021, l’Institut national de l’information géographique et forestière, établissement public placé sous la tutelle du ministère de la Transition écologique (IGN) s’est engagé à observer en continu le territoire français. Et ne lésine pas sur les moyens pour produire des données très utiles à l’Etat, aux collectivités et aux entreprises sur l’anthropocène. Ce néologisme (ère de l’humain) fait référence à cette période dont l’origine remonte à la révolution industrielle, quand l’activité humaine est devenue la contrainte écologique dominante. Forte des données récoltées, l'IGN a ainsi publié le 27 septembre son premier atlas de l’anthropocène, qui a vocation à devenir un rendez-vous annuel et traitera des cinq thèmes suivants: l’artificialisation des sols, le suivi de l’état des forêts, l’observation de l’érosion des reliefs et tout particulièrement le trait de côte, la cartographie prédictive des zones de biodiversité à protéger ainsi que les épisodes naturels extrêmes.
Un outil pour réduire l’artificialisation des sols
«Nous développons une meilleure connaissance du territoire, se félicite Véronique Pereira, cheffe de service projets et prestations à la direction des programmes de l'IGN. Nous travaillons sur l’artificialisation des sols depuis plus de deux ans et aurons terminé fin 2024. C’est un vrai sujet d’être dans la sobriété foncière. Pour cela, il faut un outil qui permette à l’Etat (qui veut une artificialisation neutre) et les collectivités (qui ont parfois des intérêts contraires) de débattre.» C’est aussi un outil permettant d'identifier les terrains constructibles, pour densifier plutôt que d’étaler et pour repérer les friches.
Tous les trois ans, l’IGN va produire un «millésime» de l’occupation des sols à grande échelle. Avec une cartographie d’urgence, l’Institut suivra les épisodes naturels extrêmes. Un programme basé sur des lidars 3D permet aussi de modéliser les abords des rivières. Sur la biodiversité, l'IGN constate «que la France est encore un beau vivier, y compris dans les DOM», résume Véronique Pereira. «Si la biodiversité est menacée, il existe une réelle prise de conscience. De vrais efforts sont réalisés, mais comme tout sujet concernant le développement durable, il faut trouver un équilibre avec le monde économique», ajoute-t-elle.
Recruter 20 personnes dans l'intelligence artificielle
Pour réaliser ces objectifs avec ces cartes thématiques réalisés ou en cours, et permettre selon l’IGN de «co-construire un véritable poste de pilotage pour la transition et la planification écologique», il faut obtenir des données beaucoup plus fréquemment, ce qui passe par l’innovation, l’intelligence artificielle, le deep learning, les lidars à haute densité, qui permettent d’avoir une observation en continu. L’IGN utilisait des lidars à basse densité pour effectuer des relevés, mais a investi 60 millions d’euros dans des lidars 3D de haute densité qui permettent de produire un modèle en trois dimensions, avec des relevés de 10 points par mètre carré. Toutes ces technologies innovantes permettent de couvrir la France en trois ans, alors qu’il n’était possible de traiter que cinq ou six départements auparavant dans ce même laps de temps. En plus de l’IA et des lidars, l’IGN utilise l’observation satellitaire, des prises de vues aériennes avec des drones, des données produites par d’autres acteurs de l’observation des territoires (ONF, Cerema, Shom…).
«Nous utilisons l’intelligence artificielle depuis deux ou trois ans, après une phase de développement dans notre laboratoire de recherche, explique Véronique Pereira. Nous avons une feuille de route pour recruter rapidement une vingtaine de personnes dans l’IA.» Au total, le plan de recrutement et de formation de l’Institut concerne 150 nouvelles compétences. L’objectif est de créer à terme un jumeau numérique du territoire national et à l’horizon 2030. Cette France modélisée servira pour réaliser des simulations de certains phénomènes (pollution, îlots de chaleur, captation de CO2…). Dès 2025, les données seront en open data.



