Chez ZF-PWK Mécacentre à Saint-Étienne (Loire), plus personne ne se fait d'illusion. Ni les 178 salariés qui occupent sans interruption, jour et nuit, le site de production de la zone industrielle La Chauvetière depuis 15 jours, ni la direction du groupe qui a conseillé à son manager, Paul-Henri Cécillon, nommé en 2020 dans la préfecture de la Loire, de ne pas revenir dans l’entreprise compte tenu de la situation sociale très tendue. Les uns et les autres savent que l’avenir de cette filiale de l’équipementier automobile allemand, spécialisée dans la fabrication de sous-composants de pièces de châssis (rotules de direction) par forgeage à froid, est suspendue à l’audience du tribunal de commerce de Saint-Étienne du 25 octobre. Et tous savent que ZF ne devrait pas échapper à une liquidation judiciaire.
Les salariés espèrent une indemnité supra-légale
Depuis le 3 octobre, date à laquelle le mandataire liquidateur désigné, après le placement en redressement judiciaire de l’entreprise l’été dernier, a annoncé le retrait de l’offre d’un éventuel repreneur (il s’agissait du fonds d’investissement brésilien Teak capital), les machines de l’usine stéphanoise sont à l’arrêt. À l’appel de la CGT, syndicat majoritaire sur le site, suivi par les trois autres syndicats représentés (CFDT, FO et CFE-CGC), la très grande majorité des salariés a cessé le travail. «Notre actionnaire est prêt à détruire un outil de travail ancien, performant et précieux et c’est nous les salariés qui, avec nos familles, allons en subir les conséquences», déplore l’intersyndicale qui espère négocier une indemnité supra-légale qui s’ajouterait à l'indemnité légale de licenciement dont le paiement est garanti par l’Association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés (AGS), financée par une cotisation patronale obligatoire pour tous les employeurs.
Un déplacement au siège social envisagé
Les syndicats demandent 40 000 euros par salarié ainsi que 2 000 euros par année d’ancienneté. Soit une enveloppe totale d’un peu de 14 millions d’euros quand la direction allemande proposerait cinq millions d’euros. Le bras de fer se poursuit sans que l’une ou l’autre des parties ne puissent certifier que les négociations sont arrêtées ou se poursuivent par la voix de leurs avocats respectifs.
Cette semaine, les grévistes ont organisé une journée portes-ouvertes afin que leurs familles et leurs amis puissent venir visiter l’usine. Les syndicats envisagent toujours d’organiser un déplacement en car jusqu’au siège de leur actionnaire de référence, à Friedrichshafen, ville située sur la rive nord du lac de Constance, dans le sud de l’Allemagne, avant le jugement du 25 octobre. Initialement prévu pour le week-end dernier, il a été reporté faute d’un nombre suffisant de participants.
Créée en 1946, Mécacentre avait été reprise en 1981 par Lemförder devenu par la suite ZF. Le groupe allemand s'était associé à un autre groupe germanique, PWK, lui-même en difficultés financières depuis deux ans maintenant et qui a fini par se retirer, pour reprendre l’usine stéphanoise en joint-venture. La société a réalisé un chiffre d’affaires de 22 millions d’euros en 2022 alors que le groupe, lui, a enregistré un chiffre d’affaires de près de 40 milliards d’euros «dont deux milliards de bénéfices nets», soulignent les syndicats. ZF s’oriente vers une croissance modérée en 2023 avec un chiffre d’affaires estimé à 45 milliards d’euros.



