Difficile, pour Jayson Laisné, 21 ans, d’échapper au soudage. Deux grands-pères soudeurs, un père, des oncles… «J’ai commencé à souder à 12 ans, chez moi, en famille, mais il fallait quand même que je complète par de la théorie», raconte le jeune homme, originaire du Cotentin. Après un bac pro en chaudronnerie dans un lycée de Cherbourg (Manche), il poursuit en mention complémentaire de technicien de soudage. Paré, désormais, à affronter 43 adversaires à l’épreuve de soudage de la compétition mondiale des métiers WorldSkills, en septembre à Lyon. Avec 44 pays participants, il s’agit du deuxième métier le plus disputé, après la cuisine.
Stéphane Gervaise, l’expert métier qui l’entraîne depuis un an, s’est fixé un objectif qu’il juge «réaliste» : «On ne vise pas le podium, parce que depuis 2007 le top 8 est trusté par des pays asiatiques ; mais la France a un réel savoir-faire, en matière de soudage, on espère être la première nation européenne ou décrocher une médaille d’excellence», attribuée aux compétiteurs dépassant un certain nombre de points. Ancien professeur de Jayson au lycée, Stéphane Gervaise, soudeur, a récemment quitté l’Education nationale pour entrer chez Naval Group. A condition de pouvoir continuer à s’investir sur WorldSkills.
Un investissement pour son entreprise
L’entreprise de construction navale militaire dans laquelle Jayson a effectué son alternance, Constructions mécaniques de Normandie (CMN), 400 salariés, l’a embauché à la fin de sa formation. Mais depuis octobre, elle le laisse s’entraîner. «J’ai carte blanche ou presque, se réjouit Stéphane Gervaise, plus bavard que son élève. L’entreprise soutient Jayson à fond, a acheté le matériel qui sera utilisé pour WorldSkills, pour qu’il puisse s’entraîner, fournit la matière, paie son salaire… Jayson va prendre 10 ans d’expérience, avec cet entraînement de plus de 1000 heures. Quand je vois ce qu’il sait faire à 21 ans !... C’est un bon investissement pour l’entreprise. Elle connaît bien WorldSkills et a toujours eu une bonne politique de formation, pour garder et valoriser les jeunes.»
Durant les quatre jours de compétition, dans un box isolé du public pour des questions de sécurité, les jeunes candidats devront réaliser des soudures avec des matériaux et des procédés variés, du soudage de tôle de 16 mm bout à bout ou de deux angles, aussi. Les sujets sont connus, mais 30% des détails ne seront dévoilés qu’au dernier moment. Alors Jayson soude, encore et encore. Il fait ses gammes, visant la qualité plus que la rapidité, même si celle-ci est indispensable.
Jayson soude… peut-être un peu trop. Début juillet, l’équipe qui l’accompagne lui a demandé de souffler un peu. «J’avais tendance à bricoler le week-end, à souder des remorques, des portails…» reconnaît le jeune passionné qui, épuisé, a dû lever le pied. A Lyon, sa famille viendra le voir, son PDG aussi. «Un surcroît de pression», souffle Jayson. Son expert aimerait, après la compétition, le voir intégrer l’équipe métiers, comme les autres anciens compétiteurs, pour qu’il transmette tout ce qu'il a appris. A 21 ans... C'est dire l'avance qu'a prise Jayson dans le métier !



