Inquiétudes sur des délocalisations chez Schneider Electric, malgré des résultats record

Schneider Electric est un groupe en bonne santé. Ses bénéfices nets pour 2022 sont en hausse de 9% pour s’élever à 3,5 milliards d’euros. Mais FO, le syndicat majoritaire, s’inquiète d'une éventuelle stratégie de délocalisation d'activités industrielles vers l'Europe de l'Est.

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Schneider Electric
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Schneider Electric poursuit avec ses bonnes performances. Le spécialiste des équipements électriques et des automatismes industriels présente des résultats 2022 historiques. Ses bénéfices nets s’élèvent à 3,5 milliards d’euros, soit une hausse de 9% par rapport à l’année 2021... qui affichait déjà des résultats record. Le chiffre d’affaires, en hausse de 18%, s’élève à 34 milliards d’euros. Les objectifs pour 2023 sont d’atteindre une croissance organique de l’Ebitda ajusté comprise entre 12% et 16% ainsi qu’une croissance organique du chiffre d’affaires comprise entre 9% et 11%. 

Jean-Pascal Tricoire prend du recul

«Nous publions une année record en terme de chiffre d’affaires, de rentabilité et de résultat net, félicite Jean-Pascal Tricoire, PDG de Schneider Electric dans un communiqué. Nous terminons l’année avec une forte génération de cash-flow libre, signe d’une amélioration progressive des tensions sur la chaîne logistique et de notre capacité à honorer le carnet de commandes que nous avions constitué et qui reste élevé.»

Jean-Pascal Tricoire, actuel président et directeur général de Schneider Electric, n’occupera plus cette seconde fonction à partir de mai. Il est remplacé à ce poste par Peter Herweck, l'actuel directeur général d’Aveva, un éditeur de logiciels industriels britannique dont s’est emparé Schneider Electric en 2022. Ce changement de direction cadre avec la stratégie de l’entreprise, qui souhaite orienter son offre vers davantage de logiciel et de numérique. «Les choix stratégiques que nous avons effectués ces dernières années nous permettent de nous positionner sur les tendances simultanées de l’électrification et de la digitalisation» ce qui contribue aux bons résultats du groupe, selon le dirigeant français.

Des inquiétudes sur des délocalisations

C'est dans ce contexte que FO, le syndicat majoritaire au sein de l'entreprise, s'inquiète d'un éventuel transfert d'activités vers l'Europe de l'Est.  Le syndicat parle de "milliers d’emplois" en jeu. Le mot licenciement n’est pas prononcé, mais le syndicat évoque des «délocalisations programmées par la direction.» Des effectifs des parties production et R&D seraient concernés.

L’inquiétude nait d'un projet de réorganisation du site de Chasseneuil-du-Poitou (Vienne). La direction de Schneider Electric explique vouloir transférer une partie de la production de certaines familles de contacteurs (des équipements électriques) vers le site du Vaudreuil (Eure) ainsi qu’une «toute petite volumétrie d’heure à Riga», en Lettonie. En compensation, la direction promet de «réinternaliser» des charges de travail actuellement réalisées par des sous-traitants afin de «compenser les heures parties», comme des activités de packaging ou de montage des câblages de tableaux électriques complexes.

L'entreprise et les syndicats ont deux lectures différentes de la situation. La direction assure que sont concernées 70 000 heures de travail : 50 000 heures iraient sur le site du Vaudreuil et 20 000 à Riga. Emmanuel Da Cruz, coordinateur FO chez Schneider Electric, affirme de son côté à L'Usine Nouvelle que près d’un million d’heures seraient en jeu, aux bénéfices d’usines en Europe de l’Est. Dans un tract, FO explique qu’un «expert diligenté par les membres du CSE central a remis un rapport accablant» mettant en lumière cette stratégie.

Ce sera l'un des dossiers sur le bureau de Peter Herweck début mai. Sa nomination au poste de directeur général ne rassure pas forcément l’ensemble du personnel. Son profil moins industriel que celui de Jean-Pascal Tricoire, ainsi que son expérience au sein d’Aveva, en charge de la partie logicielle, font naître des inquiétudes. A lui de rassurer les salariés.

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