Face au «tremblement de terre» causé par la réélection de Donald Trump, François Bayrou, qui intervenait jeudi 10 avril lors d’un Comité interministériel de l’innovation, a rappelé que «l’innovation est la clé de notre avenir». Devant 400 participants, membres du gouvernement, lauréats de France 2030 et représentants des grands centres de recherche français réunis au centre Pompidou à Paris, le Premier ministre a insisté sur la nécessité de «renforcer la base industrielle et technologique de défense», de «ne pas dépendre des technologies de pointe cyber et quantiques» et de «ne pas laisser à l’étranger la fabrication de nos médicaments critiques». D'où un recentrage de l'action du programme d'investissements France 2030, annoncé le même jour.
Depuis le 1er janvier 2025, le programme a investi quelque 1,5 milliard d’euros dans 250 nouveaux projets, notamment dans les domaines de la santé, de la décarbonation ou de la souveraineté numérique. Les priorités affichées restent les mêmes qu'à son lancement en 2021, mais certains réajustement sont opérés. Dans un contexte d’économie de guerre, l’entourage du Premier ministre a par ailleurs tenu à rappeler que si aucun programme spécifique à la défense n’a été soutenu, «10 milliards sur les 34 investis concernent des technologies duales».
Priorité sur l’IA, le quantique et le spatial
Moins pour l’hydrogène, plus pour le spatial, l’intelligence artificielle et le quantique. Voilà en essence le recentrage décidé pour les années qui viennent pour ce grand plan d’investissement, dans un contexte de ralentissement des financements. Validée de longue lutte le 31 janvier, la loi de Finances 2025 a en effet ramené les crédits annuels alloués à France 2030 de 7,7 milliards d’euros en 2024 à 5,32 milliards pour 2025. Mais ses ambitions restent ambitieuses.
En conséquence, le secrétariat général pour l’investissement (SGPI), qui pilote France 2030 sous l’autorité de Matignon, va étaler sur trois ans, et non deux, les décisions d’investissement sur les quelque 15 milliards d’euros restants de l’enveloppe initiale de 54 milliards d’euros. Si Bercy avait déjà largement détaillé en février ses nouvelles priorités, Matignon a donné des précisions sur les montants non utilisés qui vont être réalloués.
Alors que les applications de l’hydrogène pour les mobilités terrestres ou l’aviation peinent à décoller, Airbus venant notamment de reporter son projet d’avion à hydrogène, l’objectif est de «cibler les usages les plus pertinents». Comme le souligne l'entourage du Premier ministre, «on se rend compte que l’avion à hydrogène n’est pas pour demain. En revanche, il est porteur pour la décarbonation de l’industrie ou le transport frigorifique.»
Sur les quelques 1,8 milliard d’euros que France 2030 devait apporter sur l’hydrogène, Matignon a ainsi déjà décidé d’en réallouer 200 millions, non utilisés « en raison de projets qui n’ont pas aboutis ». En revanche, trois projets d’hydrogène décarboné vont bénéficier de financements en 2025. Ceux de Gen-Hy, Masshylia et Lhyfe Green horizon.
Une accélération des financements sur l’IA
Au total, ce sont 600 millions de reliquat qui vont être réalloués, avec l’objectif affiché «d’accélérer sur le spatial et l’IA», au service de la souveraineté numérique. Ces fonds s'inscrivent dans une enveloppe globale de 5 milliards d'euros consacrée à l’intelligence artificielle, au service notamment «de projets d’innovation» pour «l’extraction de données», ou encore pour construire «des assistants conversationnel qui parlent mieux français», a précisé Arthur Mensch, PDG de Mistral IA. Dans le quantique, plus de 2 milliards d'euros sont mises sur la table, notamment pour la construction de deux ordinateurs quantiques.
Autre priorité du gouvernement, le domaine spatial, où plus d’un milliard d’euros ont déjà été investis, au service notamment des microlanceurs Kayrros, Zéphyr et Unseenlabs destinés à concurrencer Starlink. La France veut aussi accélérer la production de biomédicaments sur le territoire français, 47 étant déjà produits aujourd’hui en France.



