"C'est inédit. Pour la première fois, tout le monde s’est arrêté en même temps, dans les fonderies, les sites d’assemblage, les bureaux... ", note Anh-Quan Nguyen, délégué syndical central CFE-CGC chez PSA. Pour la première fois aussi dans l’histoire du constructeur automobile, les cadres ont versé des jours de congé dans un fonds de solidarité, tout juste créé, pour que tous les salariés du groupe en chômage partiel touchent l’intégralité de leur revenu.
Depuis les années 2000, la convention collective de la métallurgie prévoit que les cadres, passés au forfait jours, touchent 100 % de leur salaire en cas de chômage partiel. Les autres catégories professionnelles restent indemnisées comme prévu par la loi, à 84 % de leur revenu net. "C’était une compensation faite aux cadres pour le passage au forfait jours, mais elle n’a quasiment jamais été utilisée chez PSA", précise Anh-Quan Nguyen.
L’idée d’un geste de solidarité des cadres est venue des employeurs.
"Face au recours massif à l’activité partielle, alors que des fractures commençaient à apparaître entre salariés en télétravail et salariés obligés de venir travailler, les employeurs, inquiets, ont trouvé nécessaire de créer une plus grande équité entre catégories, raconte Gabriel Artero, le président de la CFE-CGC de la métallurgie. Ils nous ont proposé que soient mis en place des mécanismes de solidarité, ce que nous avons bien sûr accepté." La branche a réfléchi à des systèmes de solidarité, mais ne les a pas imposés. Charge à chaque employeur de trouver un accord avec ses représentants.

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Trois jours de congé au maximum
Chez PSA, tout le monde a versé des jours au fonds de solidarité, y compris les 10 % de salariés qui ont continué à travailler. Les ouvriers et techniciens ont donné un jour par mois, les cadres et techniciens en forfait jours, deux jours par mois. Sur une période d’un mois et demi. L’employeur aussi a participé. "Pour que chacun touche 100 % de son salaire, il fallait récupérer 83 000 jours par mois, détaille Anh-Quan Nguyen. PSA en a versé l’équivalent de 33 000." La période couverte par l’accord s’est terminée fin avril. "L’élan de solidarité reposait sur la garantie que personne ne perdrait plus de trois jours de congé, note Anh-Quan Nguyen. Je n’ai pas de solution pour la suite…"
Chez Renault, un fonds de solidarité avait déjà été créé après la crise de 2008-2009. Il a suffi de le réactiver. Mais ici, seuls les salariés en activité partielle ont versé des jours. Un chacun, d’emblée, pour amorcer la pompe, puis un jour par semaine de chômage partiel depuis début avril.
Chez Renault Trucks (groupe Volvo), les cadres versent des jours pour que tous perçoivent 92 % de leur rémunération, eux compris. "Ceux qui travaillent à 100 % n’auront pas à contribuer à l’effort de solidarité, contrairement à ce qui avait été fait lors de la crise de 2008", note avec satisfaction la CFE-CGC de Renault Trucks.
Des dirigeants qui réduisent aussi leur rémunération
Chez Renault, les deux principaux dirigeants ont renoncé à 25 % de leur rémunération au deuxième trimestre 2020 – et iront peut-être au-delà – et les mandataires sociaux à 25 % de leurs jetons de présence. Des économies qui alimenteront le fonds de solidarité. Les dividendes 2019 ont été supprimés. À la tête de PSA, Carlos Tavares a réduit sa rémunération fixe de 35 %, et les 100 premiers dirigeants ont donné pour 4 millions d’euros d’actions à la Fondation PSA.
D’autres patrons de grands groupes ont baissé leur rémunération, Jean-Pascal Tricoire chez Schneider Electric, Christel Bories chez Eramet, Pierre-André de Chalendar chez Saint-Gobain, Christopher Guérin chez Nexans, Alexandre Bompard chez Carrefour… L’Association française des entreprises privées (Afep) avait demandé à ses membres de réduire de 25 % le salaire de leur dirigeant s’ils avaient recours à l’activité partielle. Même les entreprises qui n’utilisaient pas ce dispositif financé par l’État ont participé au mouvement. Par solidarité avec leurs salariés, ou avec les hôpitaux, les soignants, des fondations…
Pour limiter le ressentiment de ceux qui ont continué à se rendre au travail à l’égard de ceux qui se seraient "planqués" en télétravail, le gouvernement a révisé les modalités de la prime exceptionnelle de pouvoir d’achat (prime Pepa, ou prime Macron), pour qu’elle puisse être attribuée aux seuls salariés en première ligne. Jusqu’ici, la seule discrimination légale entre salariés sur le versement de cette prime défiscalisée reposait sur le niveau de revenu. Plusieurs enseignes de la grande distribution l’ont promise, tout comme Danone et Coca-Cola. Les syndicats, majoritairement, critiquent ce qu’ils qualifient de "prime de risque". Chez PSA, le représentant de la CFE-CGC milite pour une autre forme de reconnaissance : "Les salariés qui sont venus travailler étaient volontaires, il faudrait valoriser leur comportement après la crise par une évolution de carrière ou une augmentation salariale", prévient Anh-Quan Nguyen.
Gabriel Artero, très inquiet de la crise économique et sociale qui s’annonce, préconise, lui, d’autres formes de solidarité, au niveau des filières. "Dans l’aéronautique, on est dans l’urgence absolue. La filière est habituée à jouer collectif sur les questions business, ce n’est pas le cas sur le social. Or il faut absolument anticiper le jeu de massacre qui s’annonce. Le problème, c’est le timing…"
Dominique Marion, cadre administratif chez PSA, représentant CFE-CGC, 57 ans
« Si on sauve une seule vie, ça valait le coup »
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Pourquoi avoir été volontaire pour fabriquer des respirateurs chez Air liquide ?
Cela s’est fait tout naturellement. J’étais en chômage partiel, je voyais le nombre de morts chaque jour... Participer à une chaîne de solidarité fait partie de mes valeurs, de mon éducation, de mon engagement syndical. Et il s’agissait de fabriquer du matériel qui pouvait sauver des vies, c’est fort ! J’ai eu l’impression de faire partie d’un commando qui partait aider ceux qui sont au front, les soignants. Et puis dans le sport automobile, on a le sens des challenges ! -
Comment cela se passe ?
Très, très bien, c’est très motivant. Depuis la mi-avril, je travaille dans les locaux d’Air liquide à Antony (Hauts-de-Seine), en équipe de nuit, avec des salariés de PSA, Valeo, Schneider Electric, Air liquide. On vient tous de l’industrie, mais d’univers différents, c’est très enrichissant. Je découvre le monde du médical, passionnant. On a été très bien formés en arrivant. Je travaille aux réglages et tests finaux sur les respirateurs. Je vois des camions qui partent chaque jour, je suis très fier et très heureux de faire ça. Si on sauve une seule vie, ça valait le coup. -
Comment envisagez-vous la suite ?
Chez PSA, il faudra se retrousser les manches pour redresser la barre. J’espère qu’il restera quelque chose de toute cette solidarité qui s’est mise en place pendant la crise, que les gens auront pris conscience que celle-ci apporte beaucoup de solutions.



