C’est un rapport qui donne à réfléchir. Alors que le petit monde des batteries se concentre sur les annonces très attendues de Tesla à l'occasion de sa keynote annuelle "Battery Day" ce mardi 22 septembre au soir, le très épais rapport publié quelques heures plus tôt par l’Office européen des brevets (OEB) et l’Agence internationale de l’énergie (AIE) remet les pendules à l’heure. Et surtout sur le bon continent.
Certes, l’innovation dans les batteries a connu une croissance constante ces dernières années, portée principalement par l’essor des véhicules électriques, mais cette dynamique est principalement due à des géants asiatiques, qui laissent l’Europe et les Etats-Unis loin derrière.
Sept fois plus de brevets en 18 ans
Intitulé "L’innovation dans le domaine des batteries et du stockage de l’électricité", le rapport donne un aperçu précieux des dynamiques à l’oeuvre concernant le stockage de l’électricité dans le monde. Pour ce faire, l’OEB et l’IEA ont comptabilisé l’ensemble des familles internationales de brevets (qui désignent une invention unique déposée devant au moins deux pays ou un office de brevet régional) dans le secteur entre 2000 et 2018.
Premier résultat : ces dernières ont connu une croissance constante, notamment à partir de 2005. En 2018, quelques 7100 brevets internationaux relatifs au stockage électrique ont été déposés, soit plus de 7 fois plus qu’au tournant du siècle. Une dynamique principalement portée par le stockage électrochimique – plus communément appelé batteries – qui représentent près de 9 brevets déposés sur 10. Les accumulateurs lithium-ion tenant sans surprise le haut du panier de cette catégorie, avec 45% des innovations liées aux cellules de batteries.
OEB Cette dynamique s’explique notamment par la recherche d’alternatives électriques aux moteurs thermiques, générateurs de dioxyde de carbone et d'effet de serre, notent les auteurs du texte. "Le stockage d'énergie devra se développer de manière exponentielle au cours des décennies à venir pour que le monde puisse répondre aux objectifs internationaux concernant le climat et l'énergie durable", souligne ainsi le directeur exécutif de l'AIE, Fatih Birol, dans le communiqué de presse. Pour être en phase avec le scénario de transition de “développement durable” de l’AIE, le marché du stockage de l’énergie devrait atteindre 10 000 GWh en 2040. 50 fois plus que le marché actuel.
L'allemand Bosch, seul européen dans le top 10
Mais malgré les velléités du Vieux Continent et des challengers américains, la course de l’innovation est très largement dominée par les géants japonais et coréens. Seul l’allemand Bosch parvient à se positionner dans le top 10 des entreprises qui déposent le plus de brevets, trusté sinon par des acteurs asiatiques dont Samsung, Panasonic et LG Electronics en tête. L’Europe place néanmoins six entreprises dans le top 25 alors que les Etats-Unis n’y sont représentés que par deux grands groupes : Ford et General Motors. Un classement établi à partir des données 2000-2018, ne tenant donc pas compte de l’irruption récente de Tesla, qui se positionne depuis peu sur la production de batteries.
OEB La France n’est pas en reste puisqu’elle se place sur la seconde marche du podium européen, avec 138 brevets déposés en 2018 (dernière année inclue dans l’étude), mais loin derrière l’Allemagne et ses 598 brevets. Parmi les acteurs français, le CEA fait honneur en se plaçant à la 23ème place. Loin devant Total (122ème) et Renault (149ème).
OEB "Les données de brevets révèlent que si l'Asie est fortement en tête dans ce secteur stratégique, les États-Unis et l'Europe peuvent compter sur un riche écosystème en matière d'innovation, notamment un grand nombre de PME et d'instituts de recherche capables de les aider à rester en lice pour la prochaine génération de batteries", a estimé le président de l'OEB, António Campinos, insistant sur l'importance des PME dans les écosystèmes d'innovation européens. De Tesla aux Etats-Unis aux différents consortiums et projets de gigafactory en Europe, les alternatives pour en profiter sont nombreuses. Et espèrent rebattre les cartes.



