Une corne de brume retentit. Jeudi 10 septembre au matin, le navire VN Rebel s’apprête à quitter le port de Toulon (Var). Entouré d’écrans, le capitaine Ludovic Gin tient les commandes de navigation. Une traversée comme les autres dans les eaux méditerranéennes ? Pas vraiment… À bord du bateau, il n’y a personne derrière la barre. Le pilote se trouve à plus de 800 kilomètres, dans les locaux de l’école Polytechnique à Palaiseau (Essonne). Ici, l’entreprise française SeaOwl dévoile pour la première fois son navire autonome téléopéré.
Un projet à 5 millions d’euros
Fondé en 2008, SeaOwl se spécialise dans les services maritimes pour la défense et l’énergie. Basée à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), l’entreprise revendique 1 400 salariés. Elle a investi 5 millions d’euros dans ce projet, avec le soutien de l’Ademe, de Naval Group ou encore Total.
Simon Chodorge (Le capitaine Ludovic Gin sur la passerelle de téléopération à l'école Polytechnique. Crédit : SC)

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La démonstration a également nécessité quatre ans de recherche et développement. “En 2015, l’industrie pétrolière a subi une grave crise des prix bas du pétrole. À ce moment là, nous avons proposé un dossier à l’Ademe pour nous financer et pour travailler sur la digitalisation de certains services maritimes”, retrace Xavier Genin, PDG de SeaOwl.
En téléopération, “on peut encore ressentir les éléments”
Sur le bateau de 80 mètres, aucun équipage ; seulement des journalistes et du personnel pour assurer leur sécurité. Pour commander le VN Rebel, une tente géode a été installée à l’école Polytechnique avec une passerelle de téléopération. Le capitaine Ludovic Gin fait face à une quinzaine d’écrans et de pupitres : caméras embarqués, radar, contrôle des commandes de propulsion, cartographie… “C’est l’équipement ordinaire du navire mais téléopéré. La seule fonction nouvelle est la veille visuelle”, décrit Vincent Boutteau, PDG adjoint de SeaOwl.
Simon Chodorge (Commandes de navigation et pupitre de contrôles des commande de propulsion. Crédit : SC)
Sur les écrans, la mer semble calme. Que se passerait-il en cas de conditions moins favorables ? “Nous pouvons retirer la géostabilisation des caméras. Lorsque la mer commence à se former, cela permet de se rendre compte des mouvements de l’eau. On peut encore ressentir les éléments”, assure Ludovic Gin.
Entre les manipulations du capitaine et les mouvements du bateau, le temps de latence se limite à quelques millisecondes. Les équipes de SeaOwl ont également travaillé sur la redondance du lien télécom et la cybersécurité pour assurer une bonne navigation. Lors de la démonstration, une coupure de la connexion satellitaire a tout de même été simulée. Dans ce cas de figure, le navire signale par des coups de corne de brume qu’il ne peut plus manoeuvrer. Il s’arrête ensuite dans une zone sécurisée pré-définie par le capitaine.
Des applications dans l’énergie… Et la défense ?
La téléopération des navires représente de nombreux avantages selon SeaOwl : réduction des risques dans les zones maritimes dangereuses, diminution de l’empreinte carbone et surtout baisse des coûts. “Cela évite d’envoyer des équipages par avion et d’avoir des coûts de rotation d’équipage très importants, argumente le PDG qui insiste sur l’actualité de ces problématiques. La crise du Covid-19 a été un gros problème pour nous. Nous encore aujourd’hui 20 marins bloqués au Nigeria depuis six mois.”
Pour l’instant, SeaOwl destine sa technologie à des marchés de niche. “Nous ne sommes pas du tout sur le segment des navires de charge qui transportent des conteneurs d’un continent à l’autre. Nous sommes sur des navires de service qui sont captifs d’une zone géographique, que ce soit un champ éolien, un champ pétrolier ou une zone portuaire. Ces nouvelles technologies de téléopération peuvent très bien s’adapter sur ces niches précises”, détaille Xavier Genin.
Simon Chodorge (Cédric O, secrétaire d'État à la Transition numérique, au centre du groupe. Crédit : SC)
Mais pour le gouvernement, ces technologies représentent aussi un intérêt stratégique. D’autant plus que la France dispose de la deuxième plus grande zone économique exclusive (ZEE) dans le monde. “Cette question de la maîtrise des mers et de la maîtrise technologique est absolument clef aujourd’hui”, a déclaré Cédric O, secrétaire d’État à la Transition numérique, présent lors de la démonstration. Et d’autres pays s’intéressent au navire autonome, comme les Etats-Unis.
Vendredi 11 septembre, la Direction des affaires maritimes doit remettre un permis de navigation pour un navire de commerce téléopéré à SeaOwl. “Nous allons voir nos grands comptes clients pour présenter ce succès. Nous allons faire tourner un business model de navire téléopéré sur des missions très précises. En fonction du succès de business model, nous allons participer à une levée de fonds pour construire le premier bateau téléopéré”, dévoile le PDG de l’entreprise.



